David Abiker, homo internetus

J’aimais beaucoup les chroniques de David Abiker dans feu Arrêt sur images, l’émission de décryptage des médias sur la cinquième. C’était toujours assez drôle et perfide. Et en plus il avait l’air très sympa.

Hier soir donc, direction la belle bibliothèque Gaston Deferre à Marseille pour une discussion sur les blogs et les nouvelles pratiques journalistiques. Devant un parterre composé en grande partie de journalistes pour qui internet semblait être un outil quasi diabolique, David Abiker a parlé de sa revue de presse du net sur France Infos, à écouter ici, et débattu sur le thème Demain tous journalistes ?


Alors, demain tous journalistes ? Certainement pas, les blogs s’alimentant principalement d’infos déjà diffusées et les blogueurs ne prétendant pas faire de l’investigation. C’est finalement aux journalistes de s’adapter à internet, comme l’a souligné l’auteur du Musée de l’homme et du Mur des lamentations. Il existe désormais des journaux créés pour internet et ces sites sont de plus en plus souvent à la pointe de l’info, à l’image de Rue 89, le premier à avoir annoncé que Cecilia S. n’avait pas voté au deuxième tour des présidentielles.
Evidemment, toutes ces sources d’information sont à notre disposition. Reste encore à trier dedans sans se perdre… Pour David Abiker, internet est comparable au rayon des vins d’un supermarché, avec ses appellations, ses médaillés et ses étiquettes. Une question d’éducation au goût, en quelque sorte. Et c’est finalement avec beaucoup d’humour qu’il nous a parlé pendant 1h30 de cet homo internetus, adepte du picorage médiatique, que nous sommes en train de devenir.

L’info sur le web :
Rue89, créé par Pierre Haski un ancien de Libé, un site d’infos très complet
Arrêt sur Images, l’émission continue en ligne avec des abonnés payants
Bakchich, informations, enquêtes et mauvais esprit, le Canard Enchaîné du net
Nonfiction, monde des idées et critiques littéraires
Marianne2, une rédaction indépendante de Marianne édition papier.

Désolée pour le manque de photo mais je n’ai pas osé aborder David, très cool en slim, boots et parka, avant que le débat commence, et après il est parti en vitesse attraper son train…(Crédit photo : lemague.net)

Journées du Grand Reportage
29-30 novembre et 1er décembre 2007
Archives et Bibliothèque Départementale
18-20 rue Mirès
13003 Marseille
Contact : 04 91 55 07 59

Bilan : rentrée littéraire 2007 (part 1)

La saison des prix littéraires s’est achevée avec l’attribution du prix Interallié à Birmane de Christophe Ono Dit Biot. Conclusion : un grand gagnant - les éditions Gallimard, une seule femme récompensée - Amélie Nothomb (prix de Flore) et quelques polémiques ici et .
Et les livres dans tout çà ?
Pour la première fois cette année, j’ai lu un certain nombre des romans parus lors de cette rentrée littéraire. Petit tour d’horizon…

A l’abri de rien
Olivier Adam
Editions de l’Olivier, 18€

Dans A l’abri de rien, Olivier Adam nous entraîne à Sangatte, là où en 2002 Sarkozy et Blair ont fermé en grandes pompes un centre d’accueil de réfugiés.

Le centre n’existe plus mais des réfugiés kurdes, pakistanais, afghans, éthiopiens, iraniens ou irakiens continuent d’affluer à Sangatte. Sans lieu d’accueil, ils errent dans la ville, vivent de la soupe populaire et c’est tout. Ils dorment sur les plages ou le bitume, été comme hiver, attendant le jour où un passeur leur soutirera 1000 euros pour traverser la Manche et rejoindre l’Angleterre encastrés sous un camion.
Dans cette région sinistrée les gens simples ont eux aussi une vie dure et Olivier Adam nous raconte l’histoire poignante de Marie, jeune mère de famille désemparée, qui peu à peu délaisse sa famille pour venir en aide à ces réfugiés clandestins.

L’écriture est simple et brute à la fois. Le destin brisé de ces réfugiés arrivés en Europe plein d’espoir est magnifiquement évoqué par Adam. Par contre, le mal être de Marie ne m’a pas vraiment ému. Je n’ai pas ressenti d’empathie pour elle et j’ai trouvé son personnage agaçant, voire exaspérant.

Qui se souvient de David Foenkinos ?
David Foenkinos
Gallimard, 16,90€

Qui se souvient de David Foenkinos ? est l’histoire d’un écrivain, David Foenkinos, qui après avoir connu un certain succès littéraire devient un total has been dont même la propre femme ne supporte plus le décalage. David Foenkinos l’écrivain du livre attend donc qu’une idée géniale de roman surgisse et le propulse à nouveau dans le cercle des écrivains qu’on reconnaît dans la rue et que les femmes trouvent sexy.
Dans un train Paris Genève, l’idée géniale surgit enfin, mais de retour chez lui au moment de la coucher sur le papier c’est le néant.

C’est un livre facile à lire, le personnage de Foenkinos est emminement sympathique, d’autant plus qu’amis et famille se détournent de lui, le succès n’étant plus au rendez vous. Cependant aux deux tiers du livre l’histoire devient un peu trop abracadabrantesque à mon goût et j’ai commencé à m’ennuyer.

Je m’appelle François
Charles Dantzig
Grasset, 18,90€

C’est une histoire à la Rocancourt, ce français qui a séduit et arnaqué le tout Hollywood dans les années 90. Dans le roman de Dantzig, le séducteur s’appelle François Darré, vient de Tarbes et montre très tôt une propension à embellir la réalité. Il quitte Tarbes pour Paris, se fait passer pour un fils de bourgeois, arnaquant et flouant de quelques milliers de francs ses victimes. A Hollywood, il est François Depardieu, le neveu de Gérard, et côtoie les stars du cinéma.

Prison, meurtre, rédemption médiatique, ce roman est un véritable concentré de notre monde moderne en ce début de siècle. Un livre émouvant aussi, parce que l’histoire de ce garçon né dans la mauvaise famille est celle d’un individu qui ment pour être meilleur.

¡Viva Cuba Libre!

Castro, l’infidèle de Serge Raffy

Des milliers de Cubains ont été emprisonnés dans les geôles castristes, des milliers d’autres sont exilés, réfugiés aux Etats-Unis en attendant le retour de la démocratie. Pourtant, dans les années 60, le régime cubain a beaucoup fait fantasmer la gauche et l’extrême gauche. Alors, Fidel Castro a-t-il toujours été le dictateur que l’on connaît aujourd’hui ?
A la lecture de ce livre la réponse est, hélas, 100 fois oui.

La démocratie sous Castro n’a duré qu’un mois ! Après la chute de Batista, l’armée rebelle, réfugiée dans la sierra Maestra, entre triomphalement à La Havane, le 7 janvier 1959, avec à sa tête, Fidel Castro et les barbudos Camilo Cienfuegos et Huber Matos.
Cependant, dès le mois de février, Fidel dissout l’assemblée nationale et se nomme lui-même premier ministre. La dictature est en marche et elle sera sans pitié pour tout ceux qui l’ont aidé à prendre le pouvoir.
En octobre, l’avion de Camilo Cienfuegos n’arrivera jamais à destination : il est abattu par… erreur. Quant à Huber Matos, il est condamné à 20 ans de prison et reste, à ce jour, le dernier cubain à avoir pu s’exprimer librement devant un tribunal.

 

On apprend aussi que le Comandante était membre du réseau Caraibes, un organisme secret créé par le KGB. Destiné à propager le communisme dans toute l’Amérique latine, il compte parmi ses membres des activistes de toutes sortes qui ont pour mission d’organiser des manifestations, des assassinats politiques, des grèves ou des soulèvements populaires afin de déstabiliser le régime en place.

Le style de Raffy est foisonnant, les anecdotes loufoques (notamment le voyage aux Etats Unis) succèdent aux épisodes les plus noirs de l’histoire cubaine (la rafle d’Escambray), et Fidel est un personnage hors normes.

En défaveur de l’ouvrage de Raffy, cependant, trop de partis pris et pas mal de raccourcis. Ainsi, toute l’enfance de Castro est racontée à l’aune du dictateur qu’il est devenu. L’auteur nous explique que le petit Fidel était un monstre en puissance parce qu’il aimait disséquer des… lézards ! De même, tous les aspects ‘positifs’ du régime sont complètement occultés, notamment la politique en matière d’éducation et de santé.
Un livre à sens unique donc, mais à lire pour ouvrir les yeux sur le plus vieux dictateur du monde.

Castro, l’infidèle.
Serge Raffy
Le livre de Poche
699 pages

Rien de mieux que les classiques!

Jane Eyre de Charlotte Brontë

Orpheline de naissance, Jane est confiée à sa tante. Traitée différemment de ses petits cousins, au mépris de la promesse faite par sa tante à son mari décédé, Jane se rebelle. Elle a 10 ans lorsque sa tante l’envoie en pension à Lowood. Huit ans plus tard, Jane devient gouvernante à Thornfield, demeure du ténébreux Edward Rochester. Elle tombe peu à peu amoureuse de Rochester, mais le passé de celui-ci va resurgir et Jane sera obligée de quitter Thornfield.

Si vous n’avez jamais lu ce grand classique de la littérature anglaise, je vous le conseille vivement car l’histoire et surtout la personnalité de l’héroïne restent étonnement modernes.

Jane Eyre 2006 : mini série de la BBC

Une des spécialités de la BBC, c’est l’adaptation des grands romans classiques de la littérature anglaise. Parmi les plus récentes, on retrouve Nord et Sud d’Elisabeth Gaskell, Bleak House de Dickens, Orgueil et Préjugés de Jane Austen ou La châtelaine de Wildfell Hall de Anne Brontë. Cette version 2006 est la quatrième adaptation du roman de Charlotte Brontë réalisée par la chaîne britannique (1983 avec Timothy Dalton, 1973 et 1947). Comme toujours avec la BBC, c’est un sans faute dans le choix des décors, des costumes et des acteurs. Toby Stephens campe un Rochester rugueux et cynique mais très attachant et Ruth Wilson joue une Jane Eyre pleine de fraîcheur. Les quelques libertés prises avec le roman n’entament pas la qualité de cette mini série. Mise en scène moderne, camera qui bouge beaucoup, utilisation de flashbacks… On est loin de l’austérité d’Orgueil et Préjugés, mais cette adaptation est une réussite totale.

jane_eyre-2006.jpg



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