Bilan : rentrée littéraire 2007 (part 2)
Posté le 3 décembre 2007
Catégorie rentrée littéraire
Cendrillon
Eric Reinhardt
Editions Stock, 24€
Une bonne dose de Martin Amis, un soupçon de Bret Easton Ellis, une pincée de Houellebecq, et hop, voilà Cendrillon, le dernier roman d’Eric Reinhardt !
En France, ce roman a été salué par la critique comme le livre monde par excellence, la bombe de la rentrée littéraire 2007. Personnellement, le livre de Reinhardt m’a laissé une impression de déjà lu car il s’approprie un style littéraire anglo-saxon, l’anticipation sociale, sans réellement apporter quelque chose de neuf.
Le point de départ, on le trouve sur la 4ème de couverture, avec cette simple phrase : « que serais-je devenu si je n’avais pas rencontré Margot à 23 ans ? ». Donc, tout au long de ces 580 pages, Eric Reinhardt nous explique qui il aurait pu devenir : un trader, un obsédé sexuel ou un paumé aux pulsions meurtrières. C’est l’idée fondatrice du livre mais bizarrement on ne croit pas à ce postulat de départ.
Eric Reinhardt se met lui-même en scène au milieu de ces loosers : un écrivain raffiné qui passe ses journées à la terrasse d’un bar à réfléchir. Il écrit dans une chambre de bonne et punaise au mur les critiques élogieuses de ses livres ; il a deux amis, un chorégraphe et un architecte, il n’aime pas la gauche - son précédent roman a été étripé sur France Culture. Et, pour tout dire, tout cela est un peu ennuyeux.
En fait, les 4 histoires n’ont pas vraiment de lien entre elles. J’ai bien aimé le parcours du trader Laurent Dhal et le décryptage des mécanismes de fonctionnement de la finance internationale, mais les autres personnages ne sont pas aussi creusés, l’un d’eux disparaît d’ailleurs pendant 300 pages.
Au final, il y a quand même de très belles pages dans le roman de Reinhardt, notamment sur l’amour, sur Margot sa femme ou l’automne (sa saison préférée), mais il reste comme un goût d’inachevé.
Ni d’Eve ni d’Adam
Amélie Nothomb
Albin Michel, 17,90€

Amélie Nothomb figure régulièrement en tête des baromètres des meilleures ventes de livres et chaque rentrée littéraire voit la publication du nouveau Nothomb.
Ce dernier opus se déroule à la même époque que Stupeur et Tremblements qui racontait l’expérience d’Amélie Nothomb dans le monde de l’entreprise japonaise. L’auteur retourne dans ce Japon qu’elle a quitté enfant pour y faire ses études et rencontre Rinri, un japonais fils de bonne famille.
D’une écriture directe et alerte, Nothomb raconte son histoire d’amour avec Rinri, mais aussi son histoire d’amour avec le Japon.
Avec humour elle retrace la passion japonaise pour les mallettes portatives de fondue suisse, les délices culinaires nippons qu’elle affectionne et la tradition ancestrale de l’ascension du mont Fuji que chaque japonais doit gravir au moins une fois dans sa vie.
Ce n’est pas stéréotypé, c’est parfois assez touchant et souvent très drôle.
Ce roman a obtenu le prix de Flore 2007. Un prix censé récompenser un auteur apportant du sang neuf dans le paysage littéraire français…
Mais bon, pourquoi pas…La liste de tous les prix littéraires décernés cette année, c’est ici.
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Comme le Beaujolais nouveau en novembre, il est un rituel bien français, qui démarre tous les ans la troisième semaine du mois d’août : la rentrée littéraire.
Une avalanche de titres, plus de 600 encore cette année, qui déboulent dans cette fin d’été et attendent tous reconnaissance, éloge et pourquoi pas récompense aux prix littéraires de l’automne. Ainsi va la vie rythmée par les maisons d’éditions. Mais il y a un évènement tout particulier qui marque ces rentrées littéraires depuis plus de vingt années: la sortie du nouvel Amélie Nothomb.
Fidèle à sa bonne vieille recette qui marche, Amélie Nothomb a donc publié hier son dernier roman Barbe bleue. Comme tous les ans, j’attendais avec délectation ce nouvel opus, l’ayant même réservé en ligne pour gagner du temps.Comme un enfant le matin de Noël, j’ai donc ouvert ce cadeau avec enthousiasme tant son roman l’an dernier Tuer le père m’avait procuré plaisir, jubilation et hilarité.
Cette année, son attention s’est portée sur les contes de notre enfance en revisitant Barbe Bleue. Une jeune femme Saturnine (ah les prénoms de ses héroïnes … et en plus belge !) qui enseigne à l’École du Louvre recherche un logement sur Paris. Elle répond à une étrange petite annonce pour une co-location dans un appartement luxueux du VIIè arrondissement. Il appartient à un riche photographe célibataire, descendant de Grand d’Espagne qui y vit comme un reclus mystique entouré de quelques domestiques. Un mystère entoure cet homme et son appartement. Qu’est-il arrivé aux huit co-locataires précédentes qui ont toutes disparues dans d’étranges circonstances. Contre toute attente, elle est choisie parmi les vingt-cinq femmes qui postulaient ce jour là. Elle prend donc possession d’une magnifique chambre et aura accès à toutes les pièces de l’appartement. Toutes ? Non ! car une pièce noire lui est interdite par le maître des lieux sous peine de graves conséquences… Ça ne vous rappelle rien ?
S’en suit un jeu de séduction-répulsion réciproque, arrosé des meilleurs champagnes et accompagné de desserts un peu trop sucrés, jusqu’à un épilogue coup de théâtre qui est le secret de fabrication de cet écrivain.
Le choix de construire une intrigue autour d’un conte pour enfant était certainement séduisant au départ. Mais pourquoi vouloir faire du neuf avec du vieux ? Comment garder en haleine le lecteur alors que l’on connaît a priori la fin ? Pourquoi se mettre une telle contrainte pour faire vivre une intrigue, des personnages et un style. Amélie Nothomb n’est vraiment à l’aise que dans Son monde. Pourtant elle avait su sublimer le huis clos du bourreau et de la victime dans son chef d’oeuvre l’hygiène de l’assassin. Mais là point de sublime. Que diable est-elle allée faire dans cette galère ? Les clins d’oeil culturels, l’humour et les plaisirs de la table sont présents comme à l’accoutumée mais on reste sur sa faim tant l’intrigue et les rebondissements sont minces.
Alors conte ou roman ? A la fin de la journée, j’ai refermé le livre mais le charme était rompu. Quelle barbe !