Flash sur Palahniuk
J’ai refermé Monstres invisibles de Chuck Palahniuk depuis quelques jours déjà, et pourtant je ne sais toujours pas si j’ai aimé ce livre. Il ne m’a en tout cas pas laissé indifférente. L’auteur brouille continuellement les pistes. Et nous embarque dans un univers de faux semblants où personne n’est exactement ce qu’il semble être : les femmes sont en fait des hommes, les victimes des coupables et les gentils pas si innocents que çà.
L’auteur déstabilise aussi le lecteur avec une narration non linéaire. Quelques lignes au début du chapitre 2 donnent le ton : « Le déroulement des évènements donnera plus une impression de magazine de mode, style chaos modèle Vogue ou Glamour, avec numéros de pages toutes les deuxième, cinquième, ou troisième pages. Avec des cartes-échantillons de parfums qui dégringolent quand on l’ouvre, et des femmes nues pleine page sortant de nulle part pour vous vendre des produits de maquillage. »
Ce n’est donc pas une histoire avec un début, un milieu et une fin. D’ailleurs, un livre de Palahniuk, çà n’est jamais comme çà. Les scènes ne se suivent pas et les personnages ont de multiples identités. On bascule d’une histoire à l’autre, du présent au passé, d’un personnage à un autre.
C’est après avoir feuilleté toute une série de magazines de mode (dont Style, Mademoiselle, Glamour et Vogue) que Chuck Palahniuk écrit Monstres Invisibles, d’abord sous la forme d’une nouvelle : un jeune mannequin défiguré à la suite d’un accident réalise qu’elle est devenue un monstre et que plus personne n’ose la regarder. Et c’est ce passage de la lumière des flashs à l’invisibilité totale, de la beauté à la laideur, qui lui permet de trouver la rédemption. Le regard que pose Palahniuk sur l’Amérique contemporaine est extrêmement cynique et cruel et il s’en prend avec force à la quête de la célébrité, au mythe de la beauté ou à l’obsession de la chirurgie esthétique.
Certains passage de Monstres Invisibles ne sont pas faciles à aborder pour le lecteur - c’est parfois vraiment très (trop ?) trash, limite dérangeant. Cependant, profondément original et anticonformiste, son discours vaut la peine de s’accrocher.
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Et vous Palahniuk, vous connaissez ? Vous en pensez quoi ?
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Monstres Invisibles
de Chuck Palahniuk
Folio policier
7, 40 euros
L’écrivain marmiton
Chaud Brûlant de Bill Buford
Les aventures d’un amateur gastronome en esclave de cuisine, chef de partie, fabricant de pâtes fraîches et apprenti chez un boucher toscan amoureux de Dante.
Tout commence au cours d’un dîner. Bill Buford demande à Mario Batali, le célèbre chef du restaurant branché de New York, de l’engager comme commis. Aussitôt dit, aussitôt fait, le journaliste du New Yorker rejoint le staff de Babbo comme esclave de cuisine. C’est le commencement d’une immense épopée gastronomique.
Les débuts au sein le la brigade professionnelle sont difficiles. A 50 ans, Buford se considère plutôt comme un bon cuisinier, même s’il n’a pas fait d’école de cuisine. A Babbo, il passe sa première journée à désosser, découper, zester, émincer, hacher. De quoi réaliser que cuisiner au sein d’une brigade pro n’a rien à voir avec la cuisine à la maison.
Les premiers chapitres sont pleins d’humour et Buford restitue à merveille le stress et la tension d’une brigade. Le récit prend son envol lorsque l’auteur part sur les traces de Mario Batali. Batali considère qu’un américain ne peut apprendre la cuisine qu’en Europe, et en particulier en Italie, là où les traditions culinaires se transmettent encore de génération en génération. Buford part donc pour l’Europe. A Londres, il rencontre le chef fou Marco Pierre White (un véritable psychopathe !), puis direction La Volta, un restaurant niché dans les collines du Chianti, l’endroit même où Batali a appris son métier. Entre Florence et Bologne, il s’initie à la fabrication traditionnelle des pâtes fraîches. En Toscane, il devient apprenti dans une boucherie tenue par l’illuminé Dario Cecchini : la musique classique y résonne à fond et le boucher récite la Divine Comédie de Dante !
Buford est aussi un érudit et Chaud Brûlant se déguste comme un bon plat. Le récit est parsemé d’anecdotes culinaires que l’auteur puise dans de vieux manuscrits.
Cette première réussie aura peut être une suite, puisqu’il serait question que l’écrivain marmiton renouvelle l’expérience cette fois avec la cuisine française.
Chaud brûlant
Bill Buford
éd. Christian Bourgois
Trad. de l’anglais (américain) par Isabelle Chapman.
542 pages, 25 €
On the Road again
J’avais prévu de lancer ma rubrique films avec un film culte/rock afin de donner le ton des futures chroniques, mais voilà, hier, j’ai eu un énorme coup de cœur pour Into the wild, le dernier film de Sean Penn sorti début janvier.
Son quatrième opus raconte la véritable histoire de Christopher McCandless, un américain de 23 ans promis à un brillant avenir. Sauf que, une fois son diplôme d’université en poche, le jeune homme décide de partir sur la route, dans la grande tradition beatnik américaine. Tel Neal Cassady (le héros de On The Road de Jack Kerouac), McCandless, rebaptisé Alexander Supertramp, s’embarque pour un périple à travers les Etats-Unis. Une aventure qui doit l’amener jusqu’en Alaska, où il veut faire l’expérience de la liberté totale et de la survie en pleine nature (d’où le titre du film, into the wild).

C’est en Alaska, justement, que le film débute. On y voit McCandless, magnifiquement interprété par Emile Hirsch, descendre d’un camion au beau milieu de nulle part, empoigner son sac à dos et s’enfoncer seul dans la forêt. Ces premières images sont superbes, les paysages saisissants de beauté et le spectateur immédiatement emporté par cette histoire extraordinaire.

Le film alterne les scènes de voyage et la vie en Alaska dans un vieux bus abandonné. Au cours de son périple, Alexander Supertramp rencontre un couple de hippies, un ouvrier agricole, un vieux retraité - toute une série de personnages un peu marginaux sur lesquels Sean Penn pose un regard assez touchant.
La vie dans le bus commence, elle, dans l’euphorie. Mais la fable naturaliste se transforme peu à peu en tragédie, la solitude devenant pesante et la nature reprenant ses droits.
Petite réserve, le film tire un peu sur la longueur (2h20). Et la musique d’Eddie Vedder (chanteur de Pearl Jam), extrêmement présente, n’est pas toujours raccord avec les images. Pour autant, ces petits défauts n’enlèvent rien à la magie d’Into the Wild. Allez-y vite !
Mansfield Park de Jane Austen
Pour : une héroïne droite et honnête
Contre : un début laborieux, une fin trop manichéenne et pas assez développée
Mansfield Park est le quatrième roman de Jane Austen (après Orgueil et Préjugés, Raison et Sentiments et Persuasion) que je lis, mais c’est surtout le premier que je n’ai pas vraiment apprécié. Bon, apparemment, je ne suis pas la seule puisqu’il s’agirait en fait du livre que les lecteurs de l’écrivain britannique aiment le plus critiquer. Et, en effet, il ne contient pas les ingrédients qui font d’ordinaire son succès, à savoir une héroïne vive, gaie, avec un sens aigu de la répartie, un héros masculin ténébreux et romantique, des études de caractère poussées.
Mansfield Park est d’abord un énorme pavé dans lequel il est très difficile de rentrer (oui, il faut s’accrocher pendant 200 pages). Un mot sur l’intrigue : Fanny Price a 10 ans lorsqu’elle quitte sa famille pour aller vivre chez son oncle et sa tante à Mansfield Park. Timide, effacée, manquant de confiance en elle, Fanny est traitée durement par sa tante et délaissée par ses cousines. Seul son cousin Edmond s’occupe d’elle. Deux nouveaux arrivants, Henry et Mary Crawford, vont semer le trouble dans le cœur et les esprits de cette petite communauté. Les 2 cousines de Fanny se disputent l’attention d’Henry Crawford et Edmond tombe sous le charme de Marie, sa sœur.
Ce n’est qu’après le départ de ses cousines que l’intrigue se concentre sur Fanny. Henry Crawford décide au départ de la séduire par défi, puis il est pris à son propre piège et tombe réellement amoureux. Fanny, elle, n’a d’yeux que pour son cousin et va même jusqu’à refuser la demande en mariage d’Henry - ce qui n’est pas du tout dans les mœurs de l’époque, où la situation financière d’une femme détermine le type de mariage qu’elle peut faire.
Certains passages sont vraiment trop longs. Ainsi, par exemple, de la pièce de théâtre organisée par les résidents de Mansfied Park, qui ne verra d’ailleurs pas le jour, considérée comme obscène par Sir Thomas : même en se remettant dans le contexte de l’époque on a du mal à comprendre où se situe vraiment le problème. Ensuite, il y a Fanny Price qui ne ressemble en rien aux héroïnes habituelles de Jane Austen. A l’inverse de Lizzie dans Orgueil et Préjugés, Fanny manque d’envergure et d’enthousiasme et on peine à s’attacher à son personnage. De plus, beaucoup de considérations morales émaillent le récit et la fin très manichéenne (les bons trouvent le bonheur et les méchants sombrent dans la honte) semble trop précipitée.
Mansfield Park
de Jane Austen
510 pages
Editions 10/18
XXI, l’info grand format
Partant du constat que trop d’infos tuent l’info, un éditeur, Laurent Beccaria, et un journaliste, Patrick de Saint-Exupéry, ont lancé XXI, un magazine trimestriel d’infos sur le modèle des récits journalistiques des grandes plumes d’antan.
Magazine grand format, sans publicité, épais (198 pages), XXI (vingt et un et pas XXL !) traite de l’actu en profondeur et de manière décalée : des grands reportages, une BD reportage (un dessinateur part en reportage puis raconte son sujet en image), un arrêt sur documentaire (les plans d’un film dessinés par un illustrateur et commenté par le réalisateur)… Mais la véritable originalité de XXI, c’est son mode de distribution : il n’est pas vendu en kiosque mais en librairie, pour ne pas être perdu dans la masse des publications qui sortent quotidiennement et pour toucher un lectorat différent.
Je n’ai pas encore lu les grands reportages, mais la lecture du sommaire et des articles plus courts qui ouvrent le mag m’ont laissé une bonne impression - tout comme le portfolio du photographe Carl de Keyzer sur les bagnes russes (étonnantes photos, comme celle d’un mafieux russe drapé d’une serviette de… blanche neige !). La maquette et la couverture (à l’italienne) sont également convaincantes.
Bel objet, à mi chemin entre le coffee table book (le beau livre qu’on laisse sur sa table basse pour frimer) et la revue littéraire, XXI vaut bien ses 15 euros.
XXI
numéro 1, 15 euros
Points de vente : librairies, magasins Relay et grandes surfaces culturelles.
Le blog de XXI : http://www.leblogde21.com/








