Technikart - Hors-série Littérature

Juste un mot pour signaler la sortie d’un Hors-série spécial Littérature du magazine Technikart, avec en couverture l’écrivain canadien Craig Davidson.
Pas mal d’articles et de sujets originaux dans ce numéro. Des dossiers sur le roman écossais et sur les chefs d’œuvre méconnus de la BD. Des idées marrantes comme les séries vues par les écrivains (Dallas par Géraldine Maillet, avec JR et Bobby en vieux croulants). Egalement les interviews de Naulleau, Dantzig et Davidson.

En supplément, le DVD de L’Attrape-Salinger, le road-movie littéraire réalisé par Jean-Marie Perrier avec Beigbeder sur les traces de son écrivain préféré. Une petite note sur le film sous peu.

Technikart - Hors-série Littérature
Mars 2007
5 euros (10,90 euros avec le DVD)

technikart

L’année du Castor

Beauvoir au Flore2008 est l’année Beauvoir. En effet, on célèbre cette année le centenaire de sa naissance. La presse s’en est déjà largement faite l’écho, notamment le Nouvel Obs avec sa fameuse couverture, que certain(e)s ont trouvé scandaleuse. Personnellement, cet emballement médiatique m’a donné envie de relire cet écrivain que j’aime beaucoup.

Au lendemain de la guerre, le monde est divisé en deux camps. Les intellectuels de gauche qui ont combattu le fascisme s’interrogent sur l’engagement et l’action politique qu’ils vont désormais mener. Pour ne pas laisser l’Europe aux mains des américains, certains deviennent membres du parti communiste, d’autres cherchent une voie entre le gaullisme et le communisme. C’est le cas d’Henri Perron, romancier, ancien résistant et journaliste à L’Espoir, de Robert Dubreuilh, fondateur d’un parti politique et écrivain, et de sa femme Anne, psychanalyste.

Les Mandarins est une évocation brillante de ces années là. Le journal de la résistance doit-il devenir celui d’un mouvement politique, faut-il s’allier avec le parti communiste, peut-on parler des camps soviétiques sans faire le jeu des Etats-Unis, le socialisme triomphera-t-il un jour… Autant de questions qui paraissent aujourd’hui d’un autre âge, mais pour lesquelles on se passionne dans Les Mandarins.
Le roman alterne deux visions, celle d’Henri et celle d’Anne, qui va vivre une grande histoire d’amour avec un écrivain américain, sans pour autant quitter son mari.

A sa sortie, Les Mandarins a fait grand bruit. Qualifié de roman à clé par ses détracteurs, le livre raconterait en fait l’histoire de Camus (Henri), de Sartre (Robert) et de Beauvoir (Anne). Albert Camus a considéré ce livre comme une véritable trahison : son personnage dans le roman fait un faux témoignage afin de protéger une actrice dont il est amoureux. Une histoire qui serait en fait celle de Sartre… Mais tout cela n’est plus vraiment d’actualité. Reste aujourd’hui un très beau roman, d’une étonnante modernité.
Les Mandarins comme toute l’oeuvre de Simone de Beauvoir contient évidemment des aspects autobiographiques.

Pour Simone de Beauvoir, faire de sa propre existence le sujet de ses livres aura été en réalité une façon de ne jamais choisir entre la vie et l’écriture.

Les Mandarins, TI et II
Simone de Beauvoir
506 et 500 pages
Gallimard, Folio

Photo : Simone de Beauvoir au Café de Flore

Le cinéma vérité des frères Maysles

En 1968, Albert et David Maysles obtiennent un immense succès critique avec Salesman (Le vendeur de bibles). Filmé en noir et blanc, le film suit une équipe de quatre vendeurs de bibles en tournée dans l’Amérique profonde. Un film qui est aujourd’hui considéré comme un grand classique du cinéma documentaire, et certainement un des meilleurs films des frères Maysles.

salesman

Albert (caméra) et David (son) sont les pionniers du cinéma direct. Ici pas de scénario. Ils établissent une relation de confiance avec leurs sujets pour, qu’au moment du tournage, ces derniers oublient la caméra et se laissent complètement aller. C’est particulièrement le cas dans Grey Gardens (Edie et Mrs Beale). A sa sortie en 1976, ce film a eu un énorme impact aux Etats-Unis, la mère et la fille étant des parentes des Kennedy - respectivement la tante et la cousine de Jackie Onassis.

Dans Grey Gardens, le spectateur pénètre dans l’intimité d’Edith Bouvier-Beale et de sa fille Edie qui vivent recluses dans leur immense villa délabrée de East Hampton. Au milieu de dizaines de chats, des détritus qui s’empilent, Little Edie ‘s’occupe’ de sa mère et rêve. De la vie qu’elle aurait pu avoir si elle s’était mariée à un milliardaire, de sa carrière de danseuse qu’elle a abandonné, de New York où elle veut aller vivre… Enfin, de toutes ces choses qu’elle aurait pu faire s’il n’y avait pas cette mère. Cette mère – elle s’appelle Edith également - est abusive et étouffante. Durant tout le film, on l’entend ainsi appeler sa fille à grands cris dans l’immense demeure, dès que celle-ci s’éloigne un peu.

grey gardens

GreyGardens
est aussi dérangeant. Le spectateur a parfois l’impression d’être un voyeur devant le spectacle de ces 2 femmes un peu barrées, complètement isolées du monde. Heureusement, elles sont drôles. En réalité, Edie et sa mère composent une sacrée paire : elles ne se supportent plus mais ne peuvent pas vivre l’une sans l’autre.

Le cinéma des frères Masyles observe sans juger. C’est, à mes yeux, ce qui rend leurs films précieux.

Le coffret Salesman /Grey Gardens est disponible en France :
Salesman (Le vendeur de bibles) / Grey Gardens (Edie et Mrs Beale)
Édition 2 DVD par Albert Maysles et David Maysles (DVD - 2005).

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