Autofrictions

A 20 ans, Louise épouse en grandes pompes son amour d’enfance, fils du meilleur ami de son père (membre comme le sien de l’intelligentsia parisienne). Jeune, beau et plein d’ambitions, Adrien est follement amoureux de Louise. Mais voilà, des vacances avec son beau-père et sa petite amie, Paula, transforment le prince charmant en vilain crapaud, et le conte de fée en mauvais vaudeville. Adrien pique la fiancée de son père et quitte Louise.

Second roman de Justine Lévy, Rien de Grave raconte la descente aux enfers de Louise, après sa rupture. L’auteur décrit avec des mots simples et beaucoup de justesse les situations difficiles que vit son héroïne (divorce, addiction aux amphétamines, cancer de sa mère et décès d’un proche), sans tomber dans le pathos. Ce n’est donc pas un livre déprimant, la rupture avec Adrien marquant finalement la renaissance de Louise et son passage à l’age adulte. L’écriture est fluide, légère même, rythmée par des phrases parfois très longues mais qui ne nuisent pas à la lecture.

Reste une question, évidemment. Fiction ou autobiographie ? Autobiographie, bien sûr ! Et nous savons tous qui est qui : Louise, c’est Justine Lévy, la fille de Bernard-Henri Lévy ; Adrien, son ex-mari, c’est Raphaël Enthoven, et la méchante Paula (surnommée Terminator dans le roman), c’est évidemment… Carla B., devenue depuis première dame, comme ça n’aura échappé à personne.

Rien de Grave n’est pourtant pas le énième livre d’une « fille de ». S’il est certes possible d’identifier tous les protagonistes, il n’y a pas d’exhibitionnisme, et le lecteur ne se sent pas dans une position de voyeur. Même si, il faut bien l’avouer, certaines descriptions de Paula sont assez jubilatoires - d’autant plus que ces derniers mois la réalité a carrément rattrapé la fiction !

Au total, Rien de Grave est un roman prenant et attachant, comme son héroïne, tour à tour léger et grave. A lire sans à priori.

Rien de Grave
de Justine Lévy
Livre de Poche
5,50 euros.

Rien de grave

Vivo in Typo

En ce dimanche d’avril, entre pluie et soleil, direction l’Espace Topographie de l’Art, au coeur du marais, pour découvrir Vivo in Typo, l’exposition consacrée aux travaux de Philippe Apeloig. Dans un grand espace lumineux, un hangar à la déco très brut, le graphiste expose une trentaine d’affiches et une vidéo de lettres animées.

Depuis 20 ans, Apeloig a travaillé pour les plus prestigieuses institutions, comme le musée d’Orsay ou le musée du Louvre (dont il est le directeur artistique, depuis 2003). Il réalise également l’identité visuelle de diverses manifestations culturelles - la Fête du livre d’Aix en Provence, le festival Brésil Brésils, et des entreprises (la SNCF, par exemple). La base de son travail, c’est la lettre. Le mot qu’il coupe, qu’il tord, qu’il transforme et assemble pour créer une image. Son style est épuré et minimaliste, fonctionnel même. Avec le temps, il utilise de moins en moins le support photographique.

Cette expo à l’Espace Topographie présente son travail d’affichiste et ses créations typographiques. Les affiches sont suspendues au plafond par des filins, avec au verso de grandes lettres imprimées en noir et blanc.


expo_apeloig1expo_apeloig2

J’aime aussi son travail pour l’Association des Bibliothécaires de France. La typo créée pour l’occasion est composée de cinq formes (2 rectangles et 3 ronds). De simple feuilles de papier  A4, dont les coins sont repliés et colorés, deviennent des lettres (The P.O.S.T.E.R).

abftheposter

Vivo in Typo
Philippe Apeloig
12 Avril - 25 Mai 2008

Espace Topographie de l’Art
15, rue de Thorigny 75003 Paris
du mercredi au dimanche de 15 h à 19 h
Entrée libre

L’attrape-Salinger

Un écrivain mythique retiré du monde (J.D Salinger), un écrivain germanopratin médiatique (Frédéric Beigbeder), de grands auteurs de la littérature américaine contemporaine (Jay McInerney, Rick Moody, Jonathan Ames…), New York et Paris en toile de fond… Voilà à priori tous les ingrédients nécessaires à la réalisation d’un véritable road-movie littéraire. Sur une idée du magazine Transfuge, L’attrape-Salinger suit Frédéric Beigbeder sur les traces de J.D. Salinger, un de ses écrivains préférés.

L’Attrape-Salinger1

L’Attrape-Cœurs est le premier et unique roman de Salinger. Publiée en 1951, l’histoire de Holden Caulfield, un adolescent qui fait une fugue après avoir été renvoyé de son lycée, devient immédiatement un roman culte. Et fait de son auteur un des écrivains majeurs du XXème siècle. Mais très vite Salinger choisit l’isolement. Son dernier recueil de nouvelles, Dressez haut la poutre maîtresse, charpentiers, date de 1963. Une dernière nouvelle paraît dans le New Yorker, en 1965. Depuis, plus rien. Pas un mot. Même si Salinger continue, apparemment, d’écrire. De quoi attiser les curiosités et engendrer de folles rumeurs sur cette grande figure de la littérature américaine.

L’Attrape-Salinger2

Le film réalisé par Jean-Marie Périer n’est pas à la hauteur de son sujet. Le documentaire repose, en grande partie, sur les entretiens de Frédéric Beigbeder avec des auteurs français et américains. Mais ces entretiens sont bâclés. Il s’agit plus de mondanités que de véritables discussions d’écrivains. C’est presque du people : Beigbeder au Flore, Beigbeder en train de boire un verre de vin sur la terrasse de Jay McInerney, Beigbeder à Washington Square, etc. La réalisation participe à ce ratage, notamment avec cet écran coupé en deux, qui n’a aucune raison d’être.

L’Attrape-Salinger3

En réalité, le film vaut le coup d’œil pour la fin. Les seuls moments vraiment intéressants du film surgissent dans les 15 dernières minutes, quand Frédéric Beigbeder part dans le New Hampshire. Là, enfin livré à lui-même, il se pose des questions. Se demande s’il veut, et surtout, s’il a le droit de briser l’intimité de Salinger. On découvre alors un Beigbeder touchant, sensible et un peu midinette, loin de la superficialité qu’il aime afficher. Les images filmées sur le chemin qui mène chez Salinger sont réussies. Malheureusement, ce sont les derniers instants du film…

Photos : Magazine Transfuge N°17

L’attrape-Salinger
De Jean-Marie Périer
2007

dvd_salingez

Le bon goût des éditions de l’Epure

caviar1.jpgSi je vous parle de fabrication à l’ancienne, de piqûre de cahier d’écolier et de recettes à thèmes, ça vous dit quelque chose ? Non… Et si je vous dis livrets de cuisine imprimés sur du papier de création ? C’est, bien sûr, de la fameuse collection culinaire, les « 10 façons de préparer », publiée aux éditions de l’Epure, dont il s’agit.

Ici on est loin des canons traditionnels du livre de cuisine. Le maître mot est sobriété. Il n’y a aucune photo - le comble, pour un livre de cuisine. Une simple illustration au trait orne la couverture, de couleurs différentes selon le thème. Les ouvrages au format léger de 24 pages sont imprimés sur du papier Ingres, vergé, Velin ou stone, et reliés avec un fil de lin. Les pages ne sont pas rognées, alors, comme avant, il faut utiliser un coupe-papier. La collection repose sur un principe simple : la déclinaison de 10 recettes autour d’un produit. Des produits classiques comme la roquette, le citron, le chocolat ou le gingembre ; actuels comme le thé matcha et le yuzu ; ou originaux comme l’oxalis et le cigare ! Serial Colors, la collection chromatique créée par Frédérick Grasser-Hermé, l’écrivain cuisinière iconoclaste, rassemble des recettes élaborées autour d’une couleur (rouge, noir, vert etc.). Réunis dans un coffret noir, très chic, les 9 livrets contiennent de surprenantes recettes.

Lorsque au début des années 90, Sabine Bucquet lance les éditions de l’Epure, elle a une idée en tête : faire des livres jolis et bien écrits. Aujourd’hui, la collection ‘les 10’ comporte plus d’une centaine de titres remplis de recettes savoureuses que les gastronomes bibliophiles aiment collectionner. Pari réussi donc.

Collection 10 façons de préparer
Editions de l’Epure
24 pages, 6,50 euros

Tous les titres sont disponibles sur le site des éditions de l’Epure. Egalement la liste des libraires diffuseurs.

Hunter S. Thompson, serial writer

hunter-s-thompson1.jpgLire la correspondance de Hunter S. Thompson peut sembler a priori une drôle d’idée. Pourquoi ne pas lire plutôt Las Vegas Parano ou La Grande Chasse au requin ou Hell’s Angels, sa fameuse étude sociologique sur les Hell’s ? Réponse simple : sa correspondance est parmi ce qu’il a fait de mieux. Formidablement bien écrit, Gonzo Highway permet de découvrir l’homme derrière le personnage du Docteur - un titre qu’il s’est donné une nuit de beuverie.

La sélection des lettres réunies dans Gonzo Highway n’a pas été une mince affaire. Son éditeur a du piocher parmi les milliers (20 000 exactement !) de missives que Thompson conservait religieusement depuis l’âge de 11 ans. Il a débuté tôt mais, surtout, il a écrit à beaucoup de monde. A son banquier pour se plaindre de la couleur des chèques, à son dentiste, au rédacteur des discours de Bobby Kennedy pour offrir ses services, à Tom Wolfe ou William Faulkner, ainsi qu’à un certain nombre d’éditeurs et de rédacteurs en chef. Un serial writer en somme.

Dans la première partie (les années 1955 à 1967), on découvre un jeune homme sûr de son talent, mais qui rencontre énormément de difficultés dans l’exercice de son métier. Ses démarches pour obtenir une pige ou un poste sont particulières : il écrit souvent bourré et il est fréquemment grossier, voire insultant, avec ses correspondants ! Mais son talent pour l’écriture est incontestable. C’est finalement grâce à Hell’s Angels que Thompson va connaître le succès. Epuisé dés sa sortie et en tête des meilleures ventes, Hell’s Angels va faire de Thompson un des journalistes les plus en vus du ‘nouveau journalisme’.

La deuxième partie (de1968 à 1976) est une période extrêmement faste pour Thompson. Il est très demandé et travaille pour les plus grandes publications : Rolling Stone, Esquire, The New York Times… C’est à cette époque qu’apparaît le terme Gonzo. Voici comment Hunter S. Thompson définissait le journalisme Gonzo : « Gonzo fait référence à un style de reportage fondé sur l’idée que la meilleure fiction est bien plus vraie que n’importe quel journalisme - ce que les meilleurs journalistes ont toujours su ». Le plus bel exemple de journalisme gonzo serait donc Las Vegas Parano. Ainsi, les aventures de Duke et du Doc seraient une fiction, un roman tout simplement. Ce que personne ne veut croire. Et pourtant…

Gonzo Highway est un chef d’œuvre d’humour et de férocité. Cette correspondance nous permet de découvrir un être sincère, profondément original, toujours lucide et en phase avec son temps. Il s’est rarement trompé dans son analyse de l’état de l’Amérique. Que ce soit à la mort de Kennedy, durant la présidence de Nixon ou la guerre du Vietnam. Une personnalité attachante aussi : lorsqu’il n’est pas en voyage ou en virée de défonce, Thompson vit tranquillement dans son ranch d’Aspen, Colorado, avec sa femme et son fils, s’engageant même dans la politique locale (il lui a manqué quelques centaines de voix pour être élu shérif du comté).
Génial et instructif sur les années 60/70.

Gonzo Highway : Correspondance de Hunter S. Thompson
de Hunter S. Thompson
Editions 10/18
623 pages
9,40 euros

gonzo_highway

Related Posts with Thumbnails