Hunter S. Thompson, serial writer
Posté le 3 avril 2008
Catégorie coups de coeur, rock'n book
Lire la correspondance de Hunter S. Thompson peut sembler a priori une drôle d’idée. Pourquoi ne pas lire plutôt Las Vegas Parano ou La Grande Chasse au requin ou Hell’s Angels, sa fameuse étude sociologique sur les Hell’s ? Réponse simple : sa correspondance est parmi ce qu’il a fait de mieux. Formidablement bien écrit, Gonzo Highway permet de découvrir l’homme derrière le personnage du Docteur - un titre qu’il s’est donné une nuit de beuverie.
La sélection des lettres réunies dans Gonzo Highway n’a pas été une mince affaire. Son éditeur a du piocher parmi les milliers (20 000 exactement !) de missives que Thompson conservait religieusement depuis l’âge de 11 ans. Il a débuté tôt mais, surtout, il a écrit à beaucoup de monde. A son banquier pour se plaindre de la couleur des chèques, à son dentiste, au rédacteur des discours de Bobby Kennedy pour offrir ses services, à Tom Wolfe ou William Faulkner, ainsi qu’à un certain nombre d’éditeurs et de rédacteurs en chef. Un serial writer en somme.
Dans la première partie (les années 1955 à 1967), on découvre un jeune homme sûr de son talent, mais qui rencontre énormément de difficultés dans l’exercice de son métier. Ses démarches pour obtenir une pige ou un poste sont particulières : il écrit souvent bourré et il est fréquemment grossier, voire insultant, avec ses correspondants ! Mais son talent pour l’écriture est incontestable. C’est finalement grâce à Hell’s Angels que Thompson va connaître le succès. Epuisé dés sa sortie et en tête des meilleures ventes, Hell’s Angels va faire de Thompson un des journalistes les plus en vus du ‘nouveau journalisme’.
La deuxième partie (de1968 à 1976) est une période extrêmement faste pour Thompson. Il est très demandé et travaille pour les plus grandes publications : Rolling Stone, Esquire, The New York Times… C’est à cette époque qu’apparaît le terme Gonzo. Voici comment Hunter S. Thompson définissait le journalisme Gonzo : « Gonzo fait référence à un style de reportage fondé sur l’idée que la meilleure fiction est bien plus vraie que n’importe quel journalisme - ce que les meilleurs journalistes ont toujours su ». Le plus bel exemple de journalisme gonzo serait donc Las Vegas Parano. Ainsi, les aventures de Duke et du Doc seraient une fiction, un roman tout simplement. Ce que personne ne veut croire. Et pourtant…
Gonzo Highway est un chef d’œuvre d’humour et de férocité. Cette correspondance nous permet de découvrir un être sincère, profondément original, toujours lucide et en phase avec son temps. Il s’est rarement trompé dans son analyse de l’état de l’Amérique. Que ce soit à la mort de Kennedy, durant la présidence de Nixon ou la guerre du Vietnam. Une personnalité attachante aussi : lorsqu’il n’est pas en voyage ou en virée de défonce, Thompson vit tranquillement dans son ranch d’Aspen, Colorado, avec sa femme et son fils, s’engageant même dans la politique locale (il lui a manqué quelques centaines de voix pour être élu shérif du comté).
Génial et instructif sur les années 60/70.
Gonzo Highway : Correspondance de Hunter S. Thompson
de Hunter S. Thompson
Editions 10/18
623 pages
9,40 euros
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3 Responses to “Hunter S. Thompson, serial writer”
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(Mudhoney, “What’s this thing ?”)
Gonzo. Le seul journaliste qui a donné son nom (enfin…son petit nom) à une forme de journalisme (en voie d’extinction depuis qu’une poignée de fous a inventé l’anti-gonzo journalisme !). Forme qui, cependant, ne recoupe pas uniquement l’introduction d’éléments fictionnels…mais aussi l’accumulation d’expériences limites (littéralement, dans l’esprit du Gonzo writing induit pourrait être résumé par sex, drugs & journalism).
“Gonzo Highway” est d’autant plus incontournable en France, pays où Thompson est surtout connu pour “Las Vegas Parano”, qui est très loin d’être son chef d’œuvre. Car j’avoue (mais là j’enfonce une porte ouverte) que Thompson écrivain n’était pas à la hauteur de Thomspon journaliste (il suffit de feuilleter n’importe lequel des quatre volumes des “Gonzo Papers” pour s’en convaincre). C’est cette facette là du bonhomme qu’on retrouve dans “Gonzo Highway”, excellent condensé de son talent (c’est assez rare qu’un volume de correspondance soit le meilleur bouquin pour découvrir un auteur, on en conviendra !)…le seul, peut-être, qui ai jamais su hisser le journalisme au rang d’art majeur. Et son unique roman *** a ceci d’étonnant qu’il est une fusion parfaite de journalisme et de littérature, très supérieure (en terme d’aboutissement) à tous les bouquins de Tom Wolfe réunis…il est d’autant plus dommage que Thompson soit mort peu après : je suis persuadé qu’il était en passe d’inventer un nouveau genre littéraire…
(”The Rhum Diary”, dument commenté ici : http://legolb.over-blog.com/article-3141630-6.html)
Si Thompson est connu en France c’est surtout grâce au film de Terry Gilliam avec Johnny Depp. j’ai l’impression que très peu de gens ont lu ses livres.
Je suis d’accord sur le fait que Gonzo Highway est nettement supèrieur à Las Vegas Parano (qui ne m’a pas laissé un souvenir marquant).
Et ce mouvement anti-gonzo dont tu parles, c’est quoi ?
ha ! je sais pas si ça interesse quelqu’un mais je suis en ce moment même en train de lire Gonzo Highway ! et c’est… coolissime ! je suis fan, vraiment, j’ai aussi beaucoup aimé Las vegas parano (le livre… et le film aussi d’ailleur) !
Si quelqu’un connait autre choses dans le même genre (du moins état d’esprit…) je suis preneur ! pas forcément des romans, mais plutot des journalistes qui seraient proche de Thompson, et des journaux ou articles etc… merci et bonne défonce !
Jus de cadavre