L’Irlande au coeur
Posté le 30 mai 2008
Catégorie coups de coeur
+ Titre : Chimères
+ Auteur : Nuala O’Faolain
+ Genre : balade irlandaise
+ pour : un roman lumineux
+ contre : lent à démarrer
J’ai été touchée par la manière dont l’écrivain irlandaise Nuala O’Faolain a choisi d’affronter la maladie, non pas en se soignant mais en se jetant à corps perdu dans la vie. On m’avait offert Chimères, son premier roman, que j’avais commencé puis très vite abandonné. En matière de littérature, mon impression initiale n’est pas toujours juste. J’ai donc fait une nouvelle tentative. Une fois encore, l’écriture neutre et impersonnelle de l’écrivain irlandaise m’a désarmée, et j’ai failli remettre le livre à sa place sur l’étagère. Mais l’histoire singulière de Nuala O’Faolain commandait de faire un effort. Parce que Chimères est un livre beaucoup plus passionnant et riche qu’il n’y parait.
Lorsque Jimmy son meilleur ami et collègue de travail disparaît, Kathleen de Burca décide (après 30 ans d’absence) de retourner en Irlande. Pour enquêter sur une affaire judiciaire qui a défrayé la chronique après la grande famine. L’histoire de Marianne Talbot, une aristocrate, est en effet particulière. Accusée d’adultère avec un palefrenier, son mari l’expulse hors du domaine et la poursuit en justice pour adultère, un cas unique dans l’histoire judiciaire de l’époque (1850).
« Pouvais-je, à partir d’une représentation momentanée du passé, finir par en dégager un sens ? Non pas une explication, mais un sens ? Et pas un sens historique, mais un sens par rapport à ma propre vie ? »
A 50 ans, Kathleen a l’impression que sa vie est derrière elle. Pour cette journaliste de voyage, ce retour aux sources est l’occasion de trouver le sens de sa vie. Au début du livre, l’héroïne semble insaisissable. Manquant totalement de relief. De longs passages décrivent en détail des instants (insignifiants) de son quotidien. Les périodes d’activité sont réglées en quelques lignes (inquiétude…). Puis une rencontre décisive avec un homme libère l’héroïne. L’écriture de O’Faolain, elle aussi, se libère. S’envole presque. Et on plonge avec la narratrice dans l’histoire tragique de la grande famine irlandaise. Celle de la misère, de la mort, de l’indifférence anglaise et des landlords oppresseurs. Les paysages magnifiquement décrits dans Chimères (on a l’impression d’y être) portent les stigmates de la famine : les murets de pierre, qui soulignent si joliment la campagne irlandaise, ont été construits par des hommes qui mourraient de faim.
L’héroïne s’identifie à Marianne Talbot et à la passion qu’elle a (peut-être) vécue. En cherchant à comprendre comment une aristocrate anglaise a pu céder à un simple palefrenier, Kathleen de Burca s’interroge sur ses relations avec les hommes ; des souvenirs enfouis du passé resurgissent, dont elle va progressivement s’affranchir.
Chimères est un roman de femmes. De femmes irlandaises qui ont souffert. A l’image de Marianne Talbot, vilipendée par un mari machiavélique. Ou de la mère de la narratrice, martyrisée dans sa chair par la loi catholique des hommes. C’est justement pour échapper au destin de sa mère que Kathleen décide, à 20 ans, de quitter l’Irlande.
J’ai été bluffée par la construction de ce roman. La manière dont l’auteur passe d’une époque à une autre est impressionnante. Les histoires personnelles et l’Histoire de l’Irlande sont complètement enchevêtrées. Nuala O’Faolain effectue de constants allers-retours entre le présent et le passé ; entre la vie de Kathleen de Burca et celle de Marianne Talbot. Avec un dénominateur commun : l’Irlande. Au final, un roman prodigieux sur la réconciliation d’une femme avec ses racines et son passé.
Chimères
Nuala O’Faolain
Sabine Wespieser Editions
727 pages, 29 euros
(également aux éditions 10/18)
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2 Responses to “L’Irlande au coeur”
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Encore un livre que j’ai lu et aimé ! Ca va devenir une habitude
http://legolb.over-blog.com/article-4662228.html
Je m’aperçois d’ailleurs que je l’avais peut-être un peu sous-évalué à l’époque, dans la mesure où pas mal de temps après je m’en rappelle encore très bien et ai vraiment été marqué par lui…
[…] assez rare pour être signalé puisque le dernier livre qui figure dans cette rubrique est Chimères de Nuala O’Faolain chroniqué… en mai. Un bail donc. Cette fois, j’ai été […]