Spooky Gibson
Posté le 1 mai 2008
Catégorie littérature anglo-saxonne
William Gibson livre avec Code Source un thriller à mi-chemin entre politique et espionnage, dans lequel une multitude de personnages s’engagent à la poursuite d’un mystérieux container. Estampillé « pape » du cyberpunk par les médias dès son premier roman (Neuromancien, en 1984, dans lequel il invente le terme de cyberespace), l’auteur s’aventure une fois encore loin de la science-fiction qui a fait son succès.
Depuis Identification des schémas en 2003, William Gibson n’écrit plus sur l’avenir mais sur le présent : la réalité virtuelle de Neuromancien est devenue la réalité tout court et ses outils d’analyse obsolètes. La technologie a investi notre quotidien et l’être humain est au cœur du réseau. Pour simplifier, le futur c’était avant (au XXème siècle) ; désormais, nous sommes dans l’ère du présent perpétuel.
Second tome d’une trilogie commencée avec Identification des schémas, Code Source se déroule en Amérique du Nord dans un présent post 11 septembre. Le titre original (Spook Country, littéralement le pays fantôme) est une expression utilisée par les soldats américains pour désigner la jungle vietnamienne dans laquelle l’ennemi est toujours invisible. Dommage que la traduction française n’ait pas restitué cet élément, éminemment politique, dans le contexte américain actuel.
L’intrigue est complexe et les personnages nombreux. Ancienne chanteuse d’un groupe de rock, Hollis (le héros principal) s’est reconvertie comme journaliste au magazine Node, propriété du magnat de la finance Hubertus Bigend. Pour les besoins d’un article sur le locative art (réalité virtuelle qui utilise le GPS), elle rencontre l’énigmatique Bobby Chombo, un artiste de locative, qui ne dort jamais deux fois de suite au même endroit. Tito, lui, appartient à une famille mafieuse sino-cubaine. Son job ? Facilitateur Illégal. En réalité, ce jeune homme de 20 ans fait du transfert de données. Autre personnage, Milgrim : addict aux antidépresseurs Rize, il est retenu prisonnier par Brown, un ancien des renseignements. Tout ce petit monde est à la recherche d’un mystérieux container dont personne ne sait ce qu’il renferme, puisque personne ne l’a jamais vu. Tout repose sur la rumeur, donc.
Dans l’ensemble, j’ai trouvé Code Source difficile à aborder. Ce petit résumé vous en a peut-être laissé l’impression… On dit grand bien de l’écriture de Gibson. Personnellement, je l’ai trouvée plutôt hermétique. Peut-être la faute de la traduction…
L’intrigue, aussi, laisse le lecteur un peu sur sa faim. Par contre, le livre renferme quelques trouvailles très gibsoniennes, comme ces installations de locative art, qui font apparaître des événements réels du passé (par exemple la mort d’une célébrité à l’endroit même où elle s’est produite). La réalité virtuelle est ici superposée à la réalité.
En résumé, Code Source n’est certainement pas le meilleur roman pour aborder l’univers de William Gibson. Pour les fans only.
Code Source
William Gibson
Editions Au Diable Vauvert
493 pages, 22 euros
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