Noir c’est noir

Posté le 25 juin 2008 
Catégorie littérature française

détailsSolitude, frustration, dureté des rapports sociaux, individualisme exacerbé… Tous les thèmes chers à Michel Houellebecq sont déjà présents dans Extension du domaine de la lutte. Avec ce premier roman paru en 1994, l’écrivain français signe un ouvrage extrêmement pessimiste dans lequel l’humour n’est pourtant pas absent. Car ce livre déprimé et déprimant est également, et c’est le plus surprenant, très drôle.

D’emblée, l’auteur avertit le lecteur. Le livre qu’il s’apprête à lire n’appartient pas à ceux qu’on range dans la belle littérature : « nous sommes loin des Hauts de Hurlevent, c’est le moins qu’on puisse dire ». Le lecteur ne doit pas s’attendre à y trouver une galerie de personnages ni des études de caractères très poussées. La forme et le propos sont en phase avec l’époque. La simplicité est donc de mise. Houellebecq prévient aussi la malheureuse lectrice : « il se peut, sympathique ami lecteur, que vous soyez vous-même une femme. Ne vous en faites pas, ce sont des choses qui arrivent.»
Dès le début, le ton est donné.

L’histoire tient dans un mouchoir de poche : le narrateur a trente ans, il n’aime pas particulièrement son travail d’analyste-programmeur et éprouve énormément de difficultés à se faire des amis. Au cours d’un déplacement professionnel en province, le héros va s’isoler de plus en plus du monde qui l’entoure. Dans sa dérive, Tisserand, un cadre commercial qui a la particularité d’être… très laid, l’accompagne. D’une laideur tellement repoussante qu’elle en a fait un handicapé de la vie. Le narrateur assiste au naufrage de Tisserand et l’encourage à se rebeller. Sans succès bien évidemment.

Le plus frappant dans ce roman reste l’hyper solitude du narrateur. La vie n’a pas de prise sur lui. Il observe les gens vivre mais il ne fait déjà plus partie du même monde. C’est cet « effacement progressif » des rapports humains qui fait d’Extension du domaine de la lutte un livre particulièrement pessimiste. Ajouté aux éléments habituels de l’univers houellebecquien, le tableau est carrément noir. Car dans un roman de Houellebecq, les héros dînent au Flunch, passent leurs soirées dans des boites de nuits ringardes, rentrent chez eux avec leurs désirs inassouvis et écoutent sur leurs répondeurs téléphoniques le long bip sinistre de la solitude.
Le monde contemporain dans toute sa tristesse.

Photos : les Inrocks

Extension du domaine de la lutte
de Michel Houellebecq
Editions J’ai Lu
156 pages, 3,70 euros

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