Requiem pour l’Amérique perdue

Posté le 16 juin 2008 
Catégorie littérature anglo-saxonne

Stephen shore+ Titre : Pastorale américaine
+ Auteur : Philip Roth
+ Genre : paradis perdu

+ pour : un sujet fort
+ contre : 200 pages en trop

A travers l’histoire de Seymour Levov, petit-fils d’immigrés juifs, Philip Roth retrace la période mouvementée des années 60 et la fin de l’american dream.

Meilleur joueur de baseball de son lycée, Seymour Levov (surnommé le Suédois à cause de sa tignasse blonde) épouse miss New Jersey, une catholique irlandaise. A force de travail, le Suédois transforme l’entreprise familiale de fabrication de gants en un business florissant. Le petit-fils d’immigrés est millionnaire. Cette vie, le Suédois l’a rêvée jusque dans les moindres détails : la belle maison entourée d’arbres centenaires, l’enfant qui cours dans les verts pâturages et la réussite professionnelle bâtie à la sueur de son front.

Pourtant, cette pastorale américaine n’est qu’un château de cartes. L’édifice, qui repose sur l’effort et le labeur des générations passées, porte en lui les germes de la tragédie. Et c’est Merry, l’enfant roi, qui va être à l’origine du drame. Car elle s’en fout, du rêve américain, Merry. L’assassinat de Kennedy puis la guerre du Vietnam ont changé la donne. La petite fille formatée pour le bonheur s’est muée en terroriste : un jour elle fait sauter la poste d’Old Rimrock et un homme meurt. Le Suédois prend la bombe en pleine face. La vie des Levov vole en éclats.

« Voilà sa fille qui l’exile de sa pastorale américaine tant désirée pour le précipiter dans un univers hostile qui en est le parfait contraire, dans la fureur, la violence, le désespoir d’un chaos infernal qui n’appartient qu’à l’Amérique. »

Philip Roth décortique le rêve américain jusqu’à en extraire l’extrême banalité - la vacuité même. Le livre repose sur l’antagonisme entre le père et la fille, le Suédois cherchant la faille qui expliquerait le passage à l’acte de Merry. Il s’interroge : comment deux créatures issues du même moule peuvent-elles être si dissemblables ? Deux générations se font face : celle du Suédois nourrie à l’american dream et celle de Merry pétrie de l’esprit contestataire des sixties.

Le thème de cette Pastorale Américaine est indéniablement un sujet fort. L’écriture de Roth est magnifique, foisonnante même, et les traits d’ironie ne manquent pas. Pourtant une question demeure : comment avec tel savoir-faire Philip Roth réussit-il l’exploit d’accoucher d’un roman par moments aussi soporifique ? Tout simplement parce que l’auteur américain s’éparpille : ses personnages font des digressions à n’en plus finir (sur le thème du ‘c’était mieux avant’) et Roth impose au lecteur de trop longues pages sur tous les aspects de l’industrie du gant (du tannage jusqu’à la coupe, en passant par la teinture, aucun aspect de cette industrie ne nous est épargné).
L’intrigue, elle, tient finalement peu de place. On est dans la tête de Seymour Levov et ça tourne en boucle. Dommage…

Pastorale américaine
de Philip Roth
Folio
580 pages, 7,40 euros.

Cover_pastorale
………………………………………………………………………………………

Photo : Stephen Shore

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Comments

5 Responses to “Requiem pour l’Amérique perdue”

  1. thom on 30 juin 2008 18:01

    Ce doit être le seul Philip Roth que je n’ai lu qu’une seule fois. Et effectivement, autant j’avais bien aimé sur le coup, autant j’en garde quelques années après le souvenir d’un roman un peu ronronnant…

  2. Emma on 30 juin 2008 18:27

    Ce livre m’a énormément décu, sans doute parce que j’avais lu tellement de bonnes choses sur cet auteur.
    Mais au vu de ton commentaire, La Pastorale n’était peut être pas le roman idéal pour découvrir Philip Roth.

  3. thom on 2 juillet 2008 18:02

    Ah non ! Assurément pas !

    Bon… je ne voudrais pas faire mon auto-promo, mais tous les livres de Roth (sans exception) sont évoqués sur Le Golb… ;-)

  4. Emma on 3 juillet 2008 12:53

    Sans faire ta promo ton blog est extrêmement riche, personne ne peut avoir le temps de tout lire ;-)

  5. thom on 4 juillet 2008 20:39

    Parce que tu crois que j’ai vraiment le temps de tout écrire ? :-)

    (je suis vraiment LE grand mystificateur de ce siècle ;-)

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