Les livres meurent aussi

livres au pilonC’est la saison du pilonnage ! Pour faire place aux 676 livres annoncés pour cette rentrée littéraire, les libraires n’ont pas d’autre choix que de renvoyer livres abîmés et livres en sur-stock aux éditeurs. Pour ces livres c’est la mort : direction le pilon, de grands entrepôts où les livres sont détruits à la pelleteuse. Mais il existe un autre cas de pilon, beaucoup plus triste. Lorsque les possibilités de vente sont nulles, l’éditeur peut se séparer de tout le stock d’un livre. Un faire-part est bien sûr adressé à l’auteur qui ne peut en principe s’y opposer - même s’il a la possibilité de négocier le rachat du stock. Ce fut le cas de Résidence, de l’écrivain Jean-Pierre Théolier, sauvé du pilon par son frère, qui a racheté tous les exemplaires à l’éditeur Calmann-Lévy (à lire sur Rue 89). Des associations s’occupent, elles, de récupérer quelques livres pour les envoyer dans des pays francophones en manque crucial de livres. Mais hormis ces exemples, point de salut pour les livres sans lecteurs, l’espérance de vie d’un livre étant de plus en plus courte et les livres de plus en plus nombreux…

A lire : Le grand cimetière des livres, l’article de karine Papillaud sur lepoint.fr
A découvrir : le site de l’association Trait d’union France -Madagascar

Photo : William Daniels

Seventies trash

liberatiRater sa vie avec flamboyance, voilà la proposition faite par Simon Liberati dans Anthologie des apparitions. Avec ce premier roman, Liberati frappe un grand coup dans la fourmilière du paysage littéraire français. A sa sortie, d’ailleurs, les critiques ne s’y sont pas trompés : chef d’oeuvre ou roman trash, énième avatar littéraire d’un parisianisme branché et sous-Bret Easton Ellis, tout ou presque a été écrit sur ce roman. Sauf qu’Anthologie des apparitions est un livre qui frappe, claque et laisse parfois une drôle d’impression, tant la descente aux enfers de son personnage est vertigineuse. Car ce qui inspire Liberati ce sont les failles, les destins qui prennent la tangente et qui ne suivent pas la direction du vent. Et des failles, les protagonistes d’Anthologie des apparitions en possèdent quelques unes, en particulier Claude le personnage principal. En effet, Claude n’a pas seulement raté sa vie, il l’a foiré dans les grandes largeurs. Et dans cette dérive sans fin et sans but, il a entraîné sa jeune sœur Marina. De Paris à Saint-Tropez en passant par Ibiza, ils vont tous deux se perdre dans les mailles des glorieuses années 70, la décennie de tous les excès. Celle du night-clubbing, de l’héroïne et des fêtes décadentes où s’entrecroisent homos, junkies, travesties, prostituées, milliardaires et gigolos.

Mais à la quarantaine passée notre noctambule désoeuvré a perdu de son aura. Alors, question de survie, Claude se replonge dans ses plus belles années. Et fait resurgir les fantômes de sa jeunesse, notamment ceux de Nikki sa femme et de Marina, qu’il a toutes les deux trahies. Non que cela le dérange. Car Claude n’est pas du genre à avoir des états d’âme. Pour tout dire, la morale il s’en fout un peu : « selon les critères moraux ordinaires, Claude aurait eu tort de n’avoir pas su protéger Marina. Mais pourquoi la protéger alors qu’une faiblesse aussi stupéfiante constituait l’essentiel de sa grâce ? »

C’est à un voyage au bout de la décadence auquel nous convie Simon Liberati dans son Anthologie des apparitions. Et si le lecteur s’y perd parfois un peu (notamment dans la deuxième partie) la plume de l’auteur, elle, est toujours là pour le ramener à bon port.

Anthologie des apparitions
de Simon Liberati
Editions J’ai Lu
155 pages, 4, 80 euros

anthologie

La fête est finie

Je vous annonce avec tristesse que Jay McInerney n’est plus… Ou du moins ses livres. Dans La belle vie, l’écrivain américain se démarque du ton caustique et léger qui a fait sa renommée. Bien sûr, c’est toujours la vie des riches New-yorkais de l’Upper West Side ou de Tribeca qu’il décrit dans son dernier opus. On y retrouve même des personnages déjà croisés précédemment, notamment Corinne et Russel, le couple « parfait » de Trente ans et des poussières. Et La belle vie n’échappe pas non plus à la règle qui veut que même un « mauvais » McInerney reste un bon moment de lecture. Non, ce qui cloche dans La belle vie c’est cette histoire d’amour un peu mielleuse qui débute le lendemain de la tragédie du 11 septembre.

Les ex-traders des années 80 reconvertis en écrivains, scénaristes ou éditeurs se sont un peu assagis après une décennie d’excès en tout genre. Ils mènent désormais une belle vie de famille, faite de dîners dans les restaurants les plus en vus, de vacances d’été dans les Hamptons et d’amis célèbres. Comme si de rien n’était… jusqu’à cette funeste matinée du 11 septembre 2001. Pour Corinne et Russel, d’un côté, et Sasha et Luke, de l’autre, rien ne sera plus comme avant. C’est en tout cas la promesse qui nous est faite. Et autant vous le dire tout de suite, c’est une promesse non tenue.

La désintégration des deux tours conduit naturellement les protagonistes à s’interroger sur le sens de leur vie. A réévaluer leur couple à l’aune de cet événement hors du commun. Mais c’est un terrain glissant sur lequel s’aventure Jay McInerney : la rencontre entre Corinne et Luke sur les cendres encore chaudes du WTC est digne d’un mauvais téléfilm de M6. Et je ne vous parle pas de l’histoire d’amour qui s’ensuit… Une histoire dont, sans rien dévoiler, l’auteur ne pourra se dépêtrer autrement que par un pied de nez. Dommage, car dès qu’il s’agit de raconter l’impact de la tragédie sur la vie des New-yorkais JMI trouve les mots justes. Et on réalise alors l’ampleur du traumatisme pour quiconque a vécu cet événement d’aussi près.

Je vous recommande aussi la lecture de la critique de Thom, très différente de la mienne, ainsi que le dossier de buzz littéraire, sur les romans du 11 septembre à découvrir cet été. En particulier Falling Man de Don DeLillo, Elégie pour un américain de Siri Hustvedt ou Les enfants de l’empereur de Claire Messud.

La belle vie
de Jay McInerney
Editions Points
464 pages, 8 euros

Bardot+Godard = Le Mépris

Au début des années 60, Jean Luc Godard est le réalisateur le plus en vu de la Nouvelle Vague. Un cinéaste qui peut se permettre toutes les audaces. Et c’est ce qu’il fait en adaptant le roman éponyme d’Alberto Moravia. Pour jouer aux côtés de Piccoli, le réalisateur choisit Bardot, l’actrice emblématique de ce nouveau cinéma, et installe tout ce petit monde à Capri, dans le cadre idyllique de la Villa Malaparte.

Le Mépris explore à la loupe, avec le miroir grossissant de la caméra, l’intimité de Paul et Camille, et saisit le moment exact où l’amour commence à se transformer en mépris. Paul (Michel Piccoli) est un scénariste appelé en renfort par un producteur américain pour réécrire le scénario de L’odyssée (le film dans le film, réalisé par Fritz Lang qui joue son propre rôle). Un événement à priori insignifiant va modifier l’attitude de Camille (Brigitte Bardot) à l’égard de son mari et entraîner le couple sur le chemin de la rupture. Si Le Mépris a autant marqué les esprits c’est que BB n’a jamais été aussi belle que dans ce film. Sublimée par la caméra de Godard, elle livre une interprétation très juste du personnage de Camille, à l’instar des autres acteurs eux aussi excellents. La couleur joue un rôle primordial dans Le Mépris. Godard distille çà et là des touches de couleurs vives qui s’avèrent être des éléments essentiels : le canapé rouge de l’appartement romain, le bandeau noir dans les cheveux, le peignoir jaune… Accrochée à flancs de rochers, la Villa rose de l’écrivain Malaparte est, elle, comme une incongruité magnifique, la cerise sur le gâteau au milieu de la splendeur méditerranéenne.

La rencontre de Bardot et Godard sous le soleil plombant de Capri, c’est l’équation cinématographique parfaite, la Nouvelle Vague à son apogée. D’ailleurs, les images du Mépris font aujourd’hui partie de l’imaginaire collectif. Particulièrement la scène d’ouverture dans laquelle on entend la fameuse tirade « et mes fesses, tu les aimes, mes fesses ? » (une scène rajoutée à la demande de la production américaine). Finalement, c’est ça, un film culte : un film dont on a les images plein la tête avant même de l’avoir vu.

Silence donc, et place aux images.

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Le Mépris
de Jean Luc Godard
avec Brigitte Bardot, Michel Piccoli, Jack Palence, Fritz Lang
DVD, 10, 99 euros

Gomorra, Naples et puis mourir

Gomorra s’ouvre sur une scène hallucinante : dans un ballet incessant de containers, des  marchandises entrent et sortent du port de Naples. Soudain, un container suspendu dans les airs déverse des dizaines de cadavres congelés qui se fracassent en mille morceaux sur le bitume. Ce sont des travailleurs chinois, la main d’œuvre la moins chère employée sur le port… Bienvenue à Naples, dans l’empire de la camorra, la mafia la plus puissante d’Europe.

Oubliez un instant les images d’Epinal de la mafia (le racket, les beaux costumes, le parrain vieillissant), les héros de Scarface et du Parrain, le code d’honneur de Cosa Nostra (la mafia sicilienne)… Ce que relate Saviano est pire que ce que vous pouvez imaginer : pas de code d’honneur et une violence inter-clanique telle que l’espérance de vie d’un chef de clan ne dépasse pas quarante ans. Ces dernières années, Le Système, comme l’appelle ses membres, est devenue une véritable entreprise criminelle internationale. Avec un seul but : s’enrichir à n’importe quel prix - si on peut dire.

Fruit de plusieurs années d’enquête, le premier livre de Roberto Saviano est à la fois un document historique, une enquête journalistique et un récit autobiographique. Un livre complexe qui ne se résume pas aisément. Si l’auteur mélange les genres, au risque parfois d’égarer le lecteur, la force de son propos et de sa démarche ne peut que convaincre. Car Roberto Saviano connaît bien son sujet : il est né à Casal di Principe, le fief de la mafia napolitaine. Et naître sur les terres de la camorra, ce n’est pas anodin. Forcément ça marque et ça colle à la peau. Toutes ces choses vues et entendues depuis l’enfance, tous ces destins qui n’ont pu se réaliser, toutes ces victimes réduites au silence, Roberto Saviano a décidé de leur donner corps dans son livre. Un témoignage que personne avant lui n’avait osé apporter.

L’analyse du mode de fonctionnement et des piliers sur lesquels repose le pouvoir tentaculaire de la camorra est fascinante (et compliquée vu le nombre de clans qui se partagent la Campanie). Mais c’est dans la petite histoire qu’on réalise pleinement l’emprise de la mafia sur la ville et ses habitants. Celle de ces adolescents qui rêvent de mort violente, comme au cinéma, et qui préfèrent vivre dix ans comme des princes plutôt qu’une vie entière de misère. Celle de ces retraités qui participent à l’achat mutualisé de drogue pour arrondir leurs fins de mois, et qui sans le savoir deviennent des trafiquants. Celle de ces « visiteurs » (junkies) sur qui on teste la cocaïne avant de la mettre sur le marché et qu’on laisse crever comme des chiens. Ces bouts de vie, Gomorra en contient des dizaines…

Reste que si Gomorra est par moment imparfait (un poil trop descriptif), on ne peut que saluer le courage de Roberto Saviano qui a mis sa propre vie dans la balance. C’est un livre écrit avec les tripes et qui résonne comme un cri. A nous de l’entendre.

Adapté au cinéma par Matteo Garrone, Gomorra a obtenu le Grand Prix au dernier festival de Cannes. Le film sortira en France le 13 août.

Gomorra dans l’empire de la camorra
de Roberto Saviano
Editions Gallimard
357 pages, 21 euros

Gomorra

Première (et dernière) fois

Vous ne le savez peut être pas mais j’ai été taguée et les tags, je déteste ça ! Néanmoins j’ai décidé de jouer le jeu. Parce que c’est la première fois et parce que cela vient de Thom, un des premiers à intervenir régulièrement sur ces pages.
Le tag concerne mes habitudes de lecture. Pas sûr que cela soit très intéressant mais au moins la pseudo perfection de ce blog aura du plomb dans l’aile !

Habitudes de lecture 

Où et quand ?
Dans mon lit, le matin au réveil (parfois) et le soir avant de m’endormir (toujours).
Je suis légèrement insomniaque, donc je lis également la nuit. L’été, j’aime lire à la plage (vous ne le savez peut être pas mais j’habite dans le sud), de préférence en fin d’après midi, allongée sur du sable ou sur de grands rochers plats.

Comment je choisis mes lectures ?
Pas vraiment de règles pour décider de ma prochaine lecture : les rayons d’une librairie, un coup de cœur à la suite d’un article dans un magazine ou le dernier roman d’un de mes auteurs fétiches. Ca, c’était bien sûr avant mon blog et la découverte de la blogosphère littéraire. Depuis, j’ai découvert une multitude d’écrivains (surtout français) dont je n’avais jamais entendu parler.

Quel style de lectures ?
En caricaturant, je dirais que je n’aime que la littérature anglo-saxonne (classique et contemporaine). C’est en tout cas celle que je préfère, celle vers laquelle je reviens toujours. J’ai un grand faible pour les classiques anglais du XIXéme siècle - que je relis quand j’ai l’impression de les avoir oubliés.  Mais en fait je lis bien d’autres choses : des essais, des documents, des livres politiques (!), un peu de polar et de science fiction. De tout, en fait !

Qu’est-ce que j’attends de mes lectures ?
J’attends d’être complètement transportée par un livre et c’est une des raisons pour lesquelles les grands classiques me plaisent autant. J’aime que les livres m’accompagnent pendant un long moment, donc plus ils sont épais mieux c’est !

Mes petites manies ?
Je ne crois pas avoir de manies quand je lis. On me reproche souvent de négliger les livres ou de les laisser traîner. Ceux qui disent ça sont des hyper maniaques ! Dans ma famille, les livres sont une obsession. On recouvre les livres de papier transparent pour les protéger, c’est dire. Alors, ceci explique peut être cela.

Je refile le tag à Gaël et à Laurence.

Bureaux d’écrivains #2

Deux nouveaux bureaux d’écrivains, piochés une fois encore sur le site du quotidien britannique The Guardian.

- Virginia Woolf

Virginia Woolf

Virginia Woolf a installé son bureau dans une construction en bois attenante à la maison du Sussex dans laquelle elle vit avec son mari. Avec ses grandes fenêtres ouvertes sur le jardin, la pièce est un véritable havre de paix. La sobriété du mobilier, le lawn so british… on imagine aisément l’écrivain membre du Bloomsbury Group assise à sa table en train d’écrire. De nombreux romans (Mrs Dalloway, Les Vagues) ont vu le jour dans ce bureau. C’est également là que Virginia Woolf a rédigé une dernière lettre à Leonard, son mari. Juste avant de remplir ses poches de pierre et de se jeter dans la rivière Ouse, en contrebas de la maison.
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- George Bernard Shaw

George Bernard Shaw

A l’âge de 50 ans, le dramaturge irlandais George Bernard Shaw quitte l’agitation londonienne et part vivre à la campagne. L’auteur, socialiste engagé et membre fondateur de la très progressiste Fabian Society, a besoin de tranquillité pour écrire. Son petit bureau, qui pour le coup ressemble à une cabane à outil, a quelque chose d’étonnamment moderne pour l’époque (1905). Sûrement à cause du téléphone (seulement relié à la maison), de la machine à écrire et du chauffage électrique. On remarque également une grande banquette -  pour faire de longues siestes sans doute !

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