Daniel

daniel emilforkUn nom qui ne vous dit sans doute pas grand-chose, un visage reconnaissable entre mille : je vous présente Daniel Emilfork, surtout connu pour son rôle du savant maboul dans La cité des enfants perdus de Jeunet et Caro. L’écrivain François Jonquet est devenu son ami durant la dernière année de sa vie. Dans un livre écrit juste après sa mort en 2006, l’auteur tente de restituer la personnalité de ce personnage pour le moins atypique. Un récit court (121 pages) et sobrement intitulé Daniel.

En prenant comme point de départ leurs rencontres et leurs conversations téléphoniques, l’auteur dévoile une partie de la vie de ce comédien que le cinéma a trop peu utilisé. Et brosse avec élégance le portrait d’un homme vivant dans une grande solitude. Dans une minuscule pièce qui fait office de chambre, de salon et de bureau, dans un « dénuement de fakir frileux », Daniel Emilfork confie à Jonquet des bribes de sa carrière. Les films et les metteurs en scène prestigieux avec qui il a tourné : Fellini, Polanski… Les heures de travail passées pour ne jouer, au final, qu’une unique scène. Une situation tragique pour un acteur, mais à laquelle il s’était accoutumé : « vous ne pouvez pas imaginez, François, comme il est dur de ne dire qu’une phrase ». Homme orgueilleux s’il en est, Emilfork voulait avant tout être « bien affiché ». Peu lui importait l’argent, c’est son nom en gros caractères sur les affiches qui comptait le plus.

De l’aveu même de sa mère, Daniel Emilfork était laid. Lui, il a mis longtemps à le savoir : « je bataille depuis mon enfance, pour qu’au-delà de mon visage, on sente ce qu’il y a à l’intérieur de moi ». Robbe-Grillet disait qu’avec sa tête de gargouille il était parfait pour les rôles de gangster. Pour Emilfork, c’est « une idiotie totale, un gangster ne peut avoir ma gueule, il serait repéré tous les deux mètres et passerait sa vie en prison ».
Né au Chili de parents lithuaniens qui avaient fui les pogromes d’Europe de l’Est, Emilfork a beaucoup fantasmé sur la France avant de venir y vivre à l’âge de 26 ans : « j’ai été si déçu lorsque je me suis rendu compte que fort peu de Français avait lu Proust ! ». De toute manière « le monde se divise en merdes et en sous-merdes : les merdes ont lu Proust et les sous-merdes, non ».

Toute en retenue, l’écriture laisse deviner des choses bien plus tragiques que ce que l’on nous dit, autant pour Daniel Emilfork que pour l’auteur atteint d’un cancer (le nom de la maladie n’est pas prononcé). Elle imprime l’image d’un comédien pas comme les autres, qui n’a jamais voulu transiger avec la réalité.

Daniel
de François Jonquet
Editions Sabine Wespieser
121 pages

Photo : Christophe Berhault

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At home with Tom Wolfe

Tom Wolfe est un de mes écrivains préférés. Il a pourtant écrit peu de livres : des essais, qui l’ont consacré dans les années 60 comme un des papes du nouveau journalisme (avec Hunter S. Thompson) et quelques romans. Trois seulement, dont le monumental Bûcher des vanités publié en 1987. Quand j’aime un écrivain, je veux tout savoir de lui. Rien à voir, je vous rassure, avec la terrifiante number one fan interprétée par Kathy Bates dans le film Misery ! Je suis simplement curieuse des manies, des habitudes et de l’environnement de travail d’un auteur qui a su me captiver avec ses mots. Alors vous imaginez ma joie lorsque je suis tombée sur ces photos de Tom Wolfe.
Réalisés par Todd Selby, et publiés sur son site The Selby, ces clichés nous montrent l’écrivain américain chez lui à New York, entouré de tableaux et d’objets à son effigie. Car l’homme à l’éternel costume blanc est un ineffable égocentrique. Et un grand écrivain, cela va de soi.

Tom Wolfe 1
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tom Wolfe2_________________________________________________________

Tom Wolfe3_________________________________________________________

Tom Wolfe 4

Photos : Todd Selby

Magnifique Zelda

zeldaDes yeux dans le vague, une tenue de danseuse, tutu et pointes compris, deux grandes malles de voyage empilées l’une sur l’autre où on a inscrit le nom et l’adresse du couple Fitzgerald [819 Felder St, Montgomery, Alabama]… Voilà la photo de Zelda Fitzgerald qui m’a donné envie de lire Accordez-moi cette valse, son unique roman paru en 1932. Un livre écrit, selon la quatrième de couverture, en « six furieuses semaines ». Accusée par Hemingway d’avoir tué le génie littéraire de Fitzgerald, vilipendée par son mari pour s’être emparé des miettes de ses romans pour écrire le sien, Zelda accuse Fitzgerald de plagiat : il aurait utilisé dans ses romans des passages entiers de ses journaux intimes. Accordez-moi cette valse, roman largement autobiographique, lève une partie du voile sur la vie troublée du couple. Zelda y apparaît sous le nom d’Alabama Beggs et Francis Scott Fitzgerald sous celui de David Night, un peintre célèbre. L’enfance en Alabama, le mariage avec David Night, le départ pour la France et l’apprentissage de la danse sont autant de similarités avec la vie de Zelda.

La vie étourdissante de David et Alabama prend un tour nouveau lorsque les jeunes mariés embarquent pour la France. Après un été sur la Riviera le couple s’installe à Paris où se retrouvent de nombreux américains qui, comme eux, ont quittés les Etats-Unis : « des Américains insouciants s’accrochaient à de coûteuses excentricités, tels des domestiques cramponnés à un manège de foire en folie, un samedi soir ». Les Knight s’oublient et se perdent dans le tourbillon parisien : « personne ne savait qui donnait la party. Elle durait depuis des semaines. Quand on sentait qu’on ne pourrait pas tenir une autre nuit, on rentrait chez soi pour dormir et quand on y retournait une nouvelle fournée de gens s’était consacrée à la maintenir en vie ». Désoeuvrée et solitaire, Alabama se lance dans une carrière de ballerine à l’âge de 27 ans. Une passion soudaine et irrationnelle dans laquelle elle se jette à corps perdu pour « se libérer d’elle-même ». Mais autant d’efforts en si peu de temps ont brisé son corps, et elle est forcée d’abandonner.

L’écriture de Zelda Fitzgerald est tout à fait singulière. Ses comparaisons parfois surprenantes sont empreintes de poésie. Quant à ses maladresses elles donnent l’impression d’être voulues. Finalement, au-delà de la curiosité pour la vie de ce couple mythique, c’est aussi dans cette écriture étonnante que réside justement tout le charme de Accordez-moi cette valse.

Accordez-moi cette valse
de Zelda Fitzgerald
Edition Robert Laffont
Pavillon poche

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Teasing

Merci à tous ceux qui sont passés sur Cafebook durant les trois dernières semaines. En attendant un véritable article, je vous propose cette vidéo, très courte, découverte tout à l’heure sur You Tube. Il s’agit de F.S Fitzgerald en train d’écrire frénétiquement quelques lignes. C’est évidemment un indice sur la teneur de mon prochain billet…

Ailleurs, si j’y suis

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Ca y est, enfin les vacances ! Dés demain, direction l’Italie pour des vacances en famille (non, là où je vais ne ressemble pas à la photo (Marie si tu passes par là ;-))). Cafebook se met en pause pour le mois d’août, même si j’espère pouvoir partager avec vous quelques unes de mes lectures de vacances.
A bientôt !

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