Le coup de chameau
Posté le 2 septembre 2008
Catégorie littérature française
Le Chameau Sauvage possède, aux yeux de nombreux blogueurs, une aura particulière. La liste des lecteurs enthousiastes est impressionnante, suffisamment d’ailleurs pour y réfléchir à deux fois avant de critiquer un livre que beaucoup ont porté aux nues. Car à l’inverse de la plupart de mes petits camarades, je n’ai pas été conquise par le livre de Philippe Jaenada : trop d’idées, trop de foisonnement, trop d’éparpillement, au détriment d’une écriture pourtant brillante.
Même si je n’ai pas été convaincue, j’ai bien cru, au tout début, que Jaenada tenait avec le personnage d’Halvard Sanz un héros avec qui on pouvait faire un bout de chemin : un type un peu naïf, lunaire et eminemment sympathique. L’anti-héros parfait en quelque sorte. Hélas, le périple a vite tourné court. A peine les présentations terminées, Jaenada lâche, sans ambages, le jeune homme en pleine ville. Et entraîne son héros dans une suite d’errances, de déambulations et de rencontres improbables - dont on craint alors qu’elles ne s’étirent tout au long des 380 pages du roman. Halvard provoque les catastrophes, s’y complait comme pour donner du relief à une vie un peu morne : il se bourre la gueule avec un malfrat, il tente de sauver un petit vieux qui se fait agresser, il ramène chez lui la première venue. Là où le bât blesse, c’est que tout cela est supposé être drôle. Mais l’auteur force le trait. Et enfonce tellement le clou, que lorsque situation drôle il y a, le lecteur est trop épuisé pour trouver la force de rire… voire même de sourire.
Une fois ce long exercice de style terminé, on n’attend qu’une seule chose : pouvoir enfin s’installer dans une histoire. Encore tout faux. C’est à une suite de digressions que nous invite le lauréat du prix de Flore 1997. Qui s’avèrent être infiniment trop éparses ou absurdes pour pouvoir réellement captiver la lectrice que je suis. Car la trame narrative est mince : échaudé par son passage en prison et alors qu’il est, à nouveau, poursuivi par la police, Halvard rencontre la femme de sa vie dans un hall d’immeuble. Lorsqu’il la retrouve, elle disparaît aussitôt. Entre temps, le personnage principal vagabonde et l’esprit du lecteur aussi.
Tout n’est cependant pas mauvais dans ce livre, au contraire. L’écriture est impressionnante, très (trop) dense. Certaines saynètes sont vraiment drôles et, je dois l’avouer, j’ai parfois bien rigolé. La fin se trouve être également plutôt touchante. Autant de bonnes choses qui sont malheureusement noyées dans un trop-plein.
Voici donc comment, emballée par la lecture de nombreuses critiques, je me retrouve dernière de la classe : regardez, au fond, près du radiateur, en train de tapoter mine de rien sur son portable… C’est moi, la mauvaise élève, celle qui n’a pas aimé Le Chameau Sauvage de Philippe Jaenada (Ouh, la vilaine !).
Ils ont aimé Le Chameau sauvage : Laiezza, Gaël, Ingammic, Thom, Caro[line], Praline, Lily, Cécile.
Le chameau sauvage
de Philippe Jaenada
Editions J’ai Lu
Nouvelle Génération
282 pages
Comments
17 Responses to “Le coup de chameau”
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Et la fameuse profusion de parenthèses, non? Je m’étais pas mal fait plaisir sur “Vie et mort de la jeune fille blonde” - et aussi, mais c’est plus vieux dans mes souvenirs, sur “La grande à bouche molle”.
Les parenthèses ? non plus
La profusion, justement, fait qu’au bout d’un moment ça n’apporte rien au texte, au contraire…
Je partage ton impression sur ce roman, sa densité rend la lecture laborieuse… je vais donc te rejoindre au fond de la classe des mauvais élèves !
Bienvenue ici Nicolas. Merci de me tenir compagnie, je me sentais un peu seule au fond de la classe !
Comme je l’ai écrit dans un autre billet (sur “La grande à bouche molle”, je crois), je comprends très bien qu’on puisse ne pas aimer Jaenada. Donc, pas de classe, pas de place du fond, pour moi.
@ Daniel : sur les parenthèses, il n’y en a pas tant que cela, dans “Le chameau”. C’est dans les suivants que ça se corse!
Ni classe, ni fond de la classe : je suis tout à fait d’accord. Merci Laiezza !
Bonjour,
Je viens de décerner le “Brillante Weblog Premio 2008″ à votre blog au bon goût de café. Plus d’infos sur mon blog :
Toutes mes félicitations et à très bientôt dans mon café?
D’un café à un autre …
Jean-Pierre
http://cafecastor.hautetfort.com/
BRAVO !!!
… très bien vu, le coup de faire semblant de ne pas aimer Le Chameau sauvage, afin de faire taire les rumeurs comme quoi tu serais “ma chouchoute” ! Laiezza n’y a vu que du feu - moi-même j’ai failli me laisser prendre ! ;-))
Car bien entendu Le Chameau sauvage est un livre exceptionnel, et tu es bien placée pour le savoir, pas vrai ? Il n’est d’ailleurs pas exclu que, comme Nicolas un peu plus, tu réussisses à t’auto-récuser dans un commentaire à un autre article sur le même bouquin quelques mois plus tard, AHAHAHHAHAHAHAHAHAHAHAH !
Bravo à toi, je vois que tu prends avec humour le dézinguage de ton livre préféré !! Mais un truc me tracasse : pourquoi viens-tu ici relancer la rumeur comme quoi je serais ta chouchoute ?? A mon avis, c’est pas pour rien. Je te renvoie donc à ce post du golb :
http://legolb.over-blog.com/archive-8-3-2008.html
Nous sommes nombreux à avoir fait la même conclusion : je suis vraiment ta chouchoute et Cafebook est ton blog préféré !!
(ah ah ah)
Je pense que là, tout le monde a principalement noté que ça te tenait très à cœur d’être ma chouchoute
Alors d’accord : je veux bien reconnaître avoir ressenti une pointe de jalousie quand Nicolas est venu s’installer au fond de la classe, tout près de toi… oui, ok, tu es ma chouchoute. J’avoue. Enfant, j’étais persuadé que quand je serai grand ma femme s’appellerai Emma *, tiendrai un blog génial ** et m’offrirai, le jour de notre rencontre, une tasse de café bouillant en murmurant : “Je te trouve un petit air de Bob Dylan” ***.
Voilà, je crois que là, j’ai tout dit, j’assume tout, même cet article que tu cites. Et toi…? A quand un article intitulé “Proud To Be the Choo-choote On the Golb” ?
* c’est vrai, en plus
** j’avais bien sûr anticipé la création des blogs, et même du Net
*** ça par contre ce n’est pas vrai : tout le monde sait que je ressemble à Elvis sur la fin
Si ça me tient à cœur d’être ta chouchoute ? Tu m’étonnes ! Vu la réputation du golb sur la blogoshpère, c’est une sacrée carte de visite ! Alors chouchoute, oui, mais pas soumise : désolée de ramener Le chameau sauvage sur le tapis mais là on n’est pas du tout d’accord !
Pour l’article, je le sens pas trop quand même
Pas soumise ? On ne t’en demande pas tant (juste d’être raisonnablement respectueuse, éventuellement de circuler sur Le Golb en tenue de soubrette, un boulet au pied… enfin je sais rester raisonnable, comme tu le vois).
La réputation du Golb ? Allons donc ! Tu ignores donc que ce blog est en perte de vitesse ? Dans le Landerneau on raconte que je peine désormais à me renouveler, que je vieillis, que ma vie privée sulfureuse a pris le pas sur ma légendaire vista… d’aucuns me considèrent déjà comme fini et cherchent qui au sein de la nouvelle génération constituera la relève (toi ?)…
… enfin bon : je n’ai pas tout à fait dit mon dernier mot, et le fait d’avoir des chouchoutes aussi douées m’invite à maintenir le niveau
Bon, allez on retourne au boulot et on finit ses articles pour son blog ! Tenue de soubrette, boulet au pied et puis quoi encore, non mais !! Tu m’étonnes que tu sois en perte de vitesse
Moui. Tu as raison. Je vais plutôt aller cravacher quelques auteurs
Emma, au tableau !
Vous allez me punir Maître
vous direz ce que vous voulez, le chameau m’a redonné goût à la vie (et à la lecture). C’est à mourir de rire pour qui se reconnait dans le personnage. Les digressions en cascades font partie de la vie …. Alors quitte à me faire expulser de la classe ou pire passer au tableau, je conseille ce livre à quiconque a envie de se marrer. En plus il en reste comme un arrière goût philosophique qui ne me déplait pas.