Paul Auster en follies

Posté le 21 septembre 2008 
Catégorie littérature anglo-saxonne

Paul AusterDès les premières pages de Brooklyn Follies, il faut se rendre à l’évidence : un livre de Paul Auster est une mécanique bien huilée. On imagine d’ailleurs aisément l’écrivain new-yorkais dans sa belle demeure de Brooklyn en train d’échafauder le plan machiavélique qui va rendre le lecteur complètement accro. Auster nous attire avec un incipit on ne peut plus intriguant : « je cherchais un endroit tranquille pour mourir. Quelqu’un me conseilla Brooklyn et, dès le lendemain matin, je m’y rendis de Westchester afin de reconnaître le terrain ». Nathan Glass, le héros, ne le sait pas encore mais en s’installant à Brooklyn il va rentrer dans le monde merveilleux de Paul Auster : le quartier le plus sympathique de New York, voire des Etats-Unis avec des habitants ouverts, chaleureux et prêts à s’entraider les uns les autres. Un univers rassurant et résolument optimiste - assurément le meilleur endroit du monde pour vivre et mourir. Brooklyn Follies débute avec une présentation un peu artificielle des personnages que l’on va croiser dans le roman. C’est Nathan Glass, le narrateur qui s’y colle. On n’est pas immédiatement envoûté mais Auster sait parfaitement où il veut en venir et avant qu’on ait eu le temps de se lasser, et sans même que l’on s’en rende compte, on est pris dans les mailles de la toile qu’il a savamment tissé.

Alors, non seulement Nathan Glass ne va pas mourir, mais en débarquant à Brooklyn il va radicalement modifier le cours de son existence. Il retrouve Tom, son neveu, perdu de vue depuis des années. Promis à un grand avenir universitaire ce dernier a tout plaqué et échoué à New York où il travaille dans une librairie. Entre les deux hommes, le narrateur récemment divorcé, en convalescence après un cancer et Tom, le neveu déprimé, va se nouer une solide amitié. De nombreux personnages vont venir s’ajouter au duo : Harry, l’escroc devenu libraire, la sœur de Tom, ex-camée, ex-star du porno et Lucy sa fille qui va apparaître à l’improviste dans la vie des deux compères. On retrouve des éléments typiquement austeriens, tel l’Hôtel Existence, un monde intérieur idéal rempli des rêves et des utopies de chacun. Fidèle à ses habitudes, Auster nous réserve de nombreuses surprises, des rebondissements à la pelle, des coups de théâtre qu’on n’avait pas anticipés, ainsi que des coïncidences tout aussi improbables les unes que les autres.

Pour une fois, on ne retiendra pas l’accusation de froideur à l’encontre d’Auster, car cet opus est un livre chaleureux et débordant d’humanité. Brooklyn Follies n’est certes pas le meilleur des Auster, certains personnages manquant singulièrement de charisme et d’épaisseur, en particulier Tom. La fin du livre m’a semblé plus que convenue, presque bâclée. Pourtant, si Brooklyn Follies séduit le lecteur c’est parce que Paul Auster reste un extraordinaire conteur, capable de nous trimballer au gré de ses envies durant 300 pages.

Photo : Paul Auster chez lui à Park Slope par Seth Kushner

Brooklyn Follies
de Paul Auster
Editions Babel,  Actes Sud
363 pages

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Comments

12 Responses to “Paul Auster en follies”

  1. Don Lo on 21 septembre 2008 19:37

    Un Auster dans la veine de Brooklyn Boogie et de Smoke, donc.
    Merci de m’en avoir donné le goût.

  2. Emma on 21 septembre 2008 22:39

    Oui, exactement dans la lignée de ces deux films. D’ailleurs, le livre aurait pu tout aussi bien s’appeler Brooklyn Boogie. C’était aussi le titre de mon billet et puis j’ai changé d’avis au dernier moment pour ce titre un peu bancal, j’avoue!

  3. Chloé on 22 septembre 2008 9:12

    Je me laisse tenter! M’en vais de ce pas quérir ce livre… Merci pour ce billet qui me réconcilie avec Auster.

  4. LVE on 22 septembre 2008 9:36

    J’ai eu ma période Auster. Puis plus du tout. Curieux.

  5. Emma on 22 septembre 2008 12:29

    Chloé : bienvenue ici Chloé ! Ce billet n’est rien d’autre que le billet de la réconciliation puisque je n’avais plus lu Paul Auster depuis des années !

    LVE : oui, c’est étrange car il m’est arrivé exactement la même chose. J’ai adoré Paul Auster et puis un jour j’ai arrêté de lire ses livres. Ce sont des billets de blogueurs qui m’ont donné envie de me replonger dans son univers si singulier…

  6. amanda on 22 septembre 2008 14:13

    celui ci était mon premier Auster, et j’ai aimé, sans crier au chef d’oeuvre non plus. j’ai également “dans le scriptorium” et “la nuit de l’oracle” dans ma PAL.

  7. Emma on 22 septembre 2008 18:12

    Amanda : de bonnes lectures en perspective alors !

  8. Nicolas BàL on 22 septembre 2008 20:01

    Nom de nom ! Lu en juillet 2007, je croyais que c’était en juillet 2008 !! Ce roman m’a beaucoup plu, plusieurs années après ma découverte de Paul Auster (Trilogie New-Yorkaise puis les films de Wayne Wang, puis celui de Paul Auster).
    C’est rare que j’aie un souvenir aussi présent d’un roman si longtemps après l’avoir lu. Brooklyn follies m’a vraiment attrapé et tenu “accro”, comme tu dis, d’un bout à l’autre.
    Mon pti billet par ici : Bla bla

  9. Emma on 23 septembre 2008 13:51

    Nicolas : oui, le temps file a une allure… bon faut que j’y aille !

  10. praline on 9 octobre 2008 0:44

    Très curieusement j’ai également eu une période de folie Paul Auster, je devais lire tous ses romans, je les enchainais puis rien depuis quelques années… je m’en suis lassée. Connais tu les livres de son épouse Siri Hustvedt ? C’est du grand art !

  11. Emma on 9 octobre 2008 11:05

    Bienvenue Praline, non je n’ai pas encore lu Siri H mais Tout ce que j’aimais est justement ma prochaine lecture…

  12. Mlle Swann on 21 novembre 2009 14:28

    Mon premier essai de Paul Auster et un essai pas réellement transformé, j’ai trouvé le fond de l’histoire interessant mais il manquait une certaine harmonie dans le récit, un fil conducteur et comme toi j’ai trouvé la fin “bâclée” comme une envie de vite en finir.

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