A la vie, à la mort
Posté le 5 octobre 2008
Catégorie rentrée littéraire
De Niro’s Game est une des bonnes surprises de la rentrée littéraire. Au mois de juillet dernier, son auteur remportait à la surprise générale le prestigieux prix Impac, devant des auteurs aussi illustres que Philip Roth et Thomas Pynchon. De quoi bien évidemment attirer notre attention. Ecrivain canadien d’origine libanaise, Rawi Hage propose avec De Niro’s Game un premier roman envoûtant, que l’on qualifiera volontiers de thriller politique tant l’intrigue s’avère étonnement bien ficelée et le dénouement pour le moins inattendu.
“Dix mille cercueils dormaient sous la terre et au-dessus, les vivants dansaient toujours, les bras chargés d’armes à feu.”
Au début des années 80, Beyrouth est une ville à feu et à sang. Ses habitants vivent dans des immeubles éventrés dont on se demande comment ils peuvent tenir debout. La vie est rythmée par les sirènes et les bombardements. Les hommes sont tous absents, déjà morts, tandis que pour les femmes et les enfants la vie continue dans la douleur. Bassam et George, surnommé De Niro à cause du film Voyage au bout de l’enfer, sont les meilleurs amis du monde. A vingt ans, la guerre est pour eux un immense terrain de jeux propice à toutes sortes d’expérimentations : drogues, alcools et arnaques en tout genre. Dès qu’ils quittent leur travail, Bassam et George trompent leur ennui en roulant à cent à l’heure sur les autoroutes défoncées de Beyrouth, pour rejoindre leurs amis membres des milices chrétiennes. Ils décident pour se faire un peu de fric de détourner une partie de la recette du Casino où travaille George. Pour Bassam, simple manutentionnaire sur le port, cet argent est un billet de sortie du Liban. Car Bassam a un rêve : rejoindre l’Europe pour aller vivre à Rome. Les choix que Bassam et George sont amenés à faire vont avoir raison de leur amitié. Les deux amis d’enfance choisissent des chemins radicalement différents : George va s’engager dans les milices chrétiennes et se perdre dans les horreurs de la guerre. Bassam, lui, réussira à embarquer sur un cargo qui l’emmènera à Marseille.
De Niro’s Game n’est pas un livre sur la guerre du Liban. Ce roman puissant et sans concession dresse néanmoins une violente salve contre les faiseurs de guerre qui utilisent les individus comme des pions. Bizarrement, ce que j’ai le plus apprécié dans ce roman, c’est ce qui m’a au départ un peu gêné, à savoir la distance que met l’auteur avec les événements et les personnages. Mais au fur et à mesure que l’histoire avance, le lecteur est pris dans le flot des événements. Une des forces de Rawi Hage est de parler de la guerre sans aucun pathos. Ajoutons qu’il mène son histoire de main de maître puisque, alors qu’on n’attend pas grand-chose, on se rend compte à la fin que c’est dans un véritable thriller que l’auteur nous a embarqué.
De Niro’s Game
de Rawi Hage
Editions Denoël
262 pages, 20 euros
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6 Responses to “A la vie, à la mort”
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Rawi Hage, ou le double tranchant des émissions littéraires.
Je l’ai vu, je ne sais plus sur quel écran, parler de son livre avec ce qui m’est apparu comme un mélange de platitude et de suffisance. Je suis certain de l’avoir mal jugé, mais cela a suffi à me couper l’envie de lire son De Niro’s Game qui semble pourtant être très bon.
Alors, les bons écrivains doivent-ils se limiter à l’écriture et laisser les journalistes parler de leur œuvre ?
Penses-tu qu’un journaliste parlerait mieux de tes livres que tu ne le fais toi-même ? Sincèrement, j’en doute ! Ecouter des écrivains parler de leurs ouvrages c’est souvent très intéressant même (surtout ?) s’ils ne sont pas de grands communicants. J’ai vu cette émission et c’est vrai que Rawi Hage avait l’air un peu bougon - je me suis dit qu’il devait trouver l’émission nulle !
Ah, mais je ne suis pas un “bon écrivain”. Sans mes tours de piste, mon livre n’a aucune chance dans la jungle littéraire.
Pour en revenir à ton point de vue, il est vrai que c’est souvent intéressant d’entendre un auteur parler de son œuvre. Mais ce n’est pas toujours très “vendeur”, c’est tout.
Rien à voir… mais je vous ai taguée, et j’aime votre blog:
http://fattorius.over-blog.com/article-23518397.html
Merci pour le compliment, par contre pour le tag… j’avais dit que je n’y répondrai plus, mais on va voir ce qu’on peut faire !
Je n’ai pas vu l’émission en question, mais (rien à voir), j’ai eu l’occasion de rencontrer l’auteur lors d’une dédicace à Vincennes (Festival America si je ne me trompe pas), et il m’a paru plutôt timide. C’est peut-être ça, aussi, certains auteurs ne sont pas à l’aise avec l’aspect médiatique de la promo. non?