Dans la famille Auster, je demande… Siri !
Posté le 17 novembre 2008
Catégorie littérature anglo-saxonne
Avouons-le même si ce n’est pas politiquement correct, c’est parce que Siri Hustvedt est la femme de Paul Auster qu’on a eu envie de lire son troisième opus. Tout ce que j’aimais est un roman dense dans lequel on s’installe sans déplaisir. La (longue) première partie faisant office d’introduction, on découvre tour à tour chaque personnage : Bill, l’artiste, Leo, le prof d’université qui est également le narrateur, et leurs compagnes respectives, Violet et Erica. L’amitié qui unit Bill et Leo est au cœur du livre. Le titre conjugué au passé le laisse entendre, leur bonheur ne durera pas. Impossible pour autant de révéler quoi que ce soit, tant le livre tient par le suspense et l’effet de surprise.
Dans cette grande fresque qui ambitionne de raconter une vie entière, on avance lentement. Carré par carré, comme un peintre avec son tableau. Mais voilà, au fil des pages une question taraude le lecteur : où veut en venir Siri Hustvedt ? Le livre est long (445 pages) et l’auteur semble constamment hésiter entre un grand roman dont le thème central serait l’amitié et un thriller façon Dona Tartt, sans jamais choisir entre les deux. Du coup, on peine un peu. On se lasse de ces descriptions d’œuvres d’art et de ces longs développements sur l’hystérie et les désordres nutritionnels, au milieu desquels la disparition d’un adolescent semble presque incongrue.
Surtout, le livre souffre de la comparaison avec… Paul Auster, bien sûr. Que le lecteur ne peut s’empêcher de faire, d’autant plus que Tout ce que j’aimais lui est dédié. Parce que ce roman se situe à New York (dans le quartier de SoHo) et que le personnage de Leo a un air de famille avec Nathan Glass, le narrateur de Brooklyn Follies. Des similarités qui s’arrêtent là, malheureusement. Car Siri Hustvedt ne possède pas la grâce de son alter ego. Il manque ici un ingrédient essentiel, celui qui fait de chacun des livres d’Auster un enchantement : la magie. Ici, on attend en vain qu’un lapin sorte du chapeau, pour donner un peu de relief à un narrateur terne et déprimant. Ou pour nous soulager du malaise que l’on ressent face à cette histoire d’adolescent au bord de la folie.
On retiendra néanmoins de jolis moments de fulgurance littéraire, ici ou là - comme lorsque l’auteur réussit au détour d’une phrase à susciter une émotion forte. Et on regrettera simplement que l’intrigue romanesque ne soit pas à la hauteur de cette grande maîtrise de l’écriture.
Photo : Seth Kushner
Tout ce que j’aimais
de Siri Hustvedt
Editions J’ai Lu
445 pages
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9 Responses to “Dans la famille Auster, je demande… Siri !”
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Ce livre m’est déjà passé entre les mains, en librairie ou à la bibliothèque, et à chaque fois, je le repose… Je crains d’être déçue et peut-être ai-je raison ?
Je ne l’ai pas dit dans mon billet mais si ce livre ne m’a pas plu, c’est aussi parce que l’histoire m’a semblé artificielle, très éloignée de la réalité surtout en ce qui concerne les relations parents/ados…
J’espère qu’un moins bon livre pour l’un ne sera pas cause de divorce…
Je ne lis plus ce blog, je me ruine chez le libraire à chaque fois le lendemain.
lve: à mon avis Paul a fait l’impasse sur celui-là
pbe: c’est pas gentil de se moquer
et je ne parle pas que des livres en mal, si ? Bon, allez c’est juste une mauvaise passe, dés lundi je reviens avec un billet plein de superlatifs et de points d’exclamations !!!
Blague à part, c’est juste un régal.
Je suis une grande fan de Paul Auster et j’ai lu ce livre à sa sortie il y a quelques années, sans préjugés. J’avoue que j’ai adoré et que je n’ai pas trouvé que Mme Auster souffrait de la comparaison avec son mari. Au contraire, je l’ai trouvée à la hauteur
Pour ce qui est des préjugés, ceux que j’aurais pu éventuellement avoir étaient de toute manière positifs. Et je suis également une grande fan d’Auster que j’avais arrêté de lire pendant un moment, sans raison particulière.
Tant mieux si tu as passé un bon moment avec ce livre
D’une façon générale les livres de Siri soutiennent la comparaison avec ceux de Paul Auster. Le fait qu’ils ne soient pas d’une certaine façon aussi parfaits sur un plan narratif produit chez moi un surcroît d’intérêt. C’est vrai que “tout ce que j’aimais” est déroutant et à certains égards un peu maladroit, mais c’est un livre, qui comme les autres, laisse le lecteur dans une posture instable, justement par ce qu’il ne sait pas où le ranger. C’est aussi pour çà qu’il continue d’exister bien après qu’on l’ai achevé.