Affreux, sale, mais pas vraiment méchant
Posté le 20 janvier 2009
Catégorie littérature anglo-saxonne
« Comment, vous n’avez pas lu Bukowski ! ». Il n’en fallait pas plus pour me mettre immédiatement en quête d’un exemplaire des Contes de la folie ordinaire. Et ce avec d’autant plus d’énergie que la petite phrase avait été lâchée, l’air de rien, au détour d’un mail, par un écrivain ! Si je suis longtemps passée à côté de cet auteur sans oser l’aborder, c’est la faute de Barfly, le film de Barbet Shroeder, dont Bukowski a écrit le scénario largement inspiré de sa propre vie. Malgré des acteurs exceptionnels (Mickey Rourke et Faye Dunaway, sublime en alcoolo hystérique), je garde le souvenir d’un film particulièrement glauque et exaspérant. Préjugé défavorable, donc.
Pourtant, dès les premières pages des Contes, force est de constater que ce qui m’a dérangé dans le film n’est pas aussi pesant à l’écrit. L’univers de Bukowski est bien là : les paumés, les marginaux, les laissés pour compte. Toute une frange de la société américaine qui ne veut pas se laisser fondre dans le moule. Mais si le sujet semble lourd, l’écriture, elle, est simple et directe. Tout le génie de Bukowski réside justement dans ce paradoxe : raconter les pires horreurs avec la pointe d’ironie et de détachement suffisants pour qu’on ne le prenne pas (trop) au sérieux. Du coup, les innombrables torgnoles que se prennent les femmes dans ces contes ne sont pas aussi choquantes qu’elles devraient l’être. La violence est même tellement systématique et exagérée qu’on ne peut finalement… qu’en rire.
Dans un recueil de nouvelles, le bon alterne généralement avec le très bon et le moins bon - une règle à laquelle Les contes de la folie ordinaire n’échappent pas. Le recueil, qui comprend une vingtaine de contes, s’ouvre sur deux histoires très touchantes (La plus jolie fille de la ville et La vie dans un bordel au Texas), auxquelles le lecteur ne s’attend pas. Une habile décision d’éditeur qui permet d’entrer dans l’univers de Bukowski du bout des pieds ; les trucs horribles, car il y en a, ça sera pour plus tard ! Tour à tour franchement drôle (voire hyper déjanté) ou carrément crade, Bukowski nous amuse, nous fait hurler de rire et nous dérange. Malheureusement, une certaine lassitude finit par gagner le lecteur, qui a l’impression de tourner en rond devant la récurrence des événements, même si les lieux et les protagonistes varient. On contrebalancera néanmoins le propos en soulignant qu’une grande humanité transpire de ces pages. A la lecture de ces nouvelles, on perçoit que l’écriture est pour Bukowski bien plus qu’une nécessité. Et que cette détermination à devenir un écrivain coûte que coûte ressemble fort à une tentative de survie.
Les contes de la folie ordinaire
de Charles Bukowski
Le livre de poche
Traduction et préface de Jean-françois Bizot
Comments
13 Responses to “Affreux, sale, mais pas vraiment méchant”
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une petite bise en passant!
Vous proposez par ce commentaire passionnant une belle excursion littéraire… Je prends note.
@ bientôt,
Hello Gangoueus, merci pour ce commentaire. Je vais aller découvrir ton blog de ce pas !
Hello miss,
moi aussi j’ai lu ce livre de Bukowski et je me suis surprise à aimer son écriture, mais pas au point de racheter un bouquin. Cependant je me suis penchée sur sa vie, j’ai trouvé le bonhomme touchant en dépit, comme tu dis, de la vie dépravée qui va avec. Une sorte de gars à fleur de peau qui salit le décor d’Hollywood et varie entre monstruosité, animalité, et humanité…
Dans les chroniques, j’ai beaucoup aimé la dernière nouvelle. (voilà j’ai ramené ma fraise!!!)
Bye bye!
Je suis en panne de lecture, je vais puiser de l’inspiration dans ton blog!
Salut Justine, c’est vrai que la dernière nouvelle est vraiment marquante… J’ai bien envie de continuer ma découverte de l’auteur avec un de ses romans, les nouvelles n’étant pas, de toue manière, le format que j’apprécie le plus.
Merci d’avoir ramener ta fraise ici :-))
Ah tiens ! Bukowski… j’adore le vieux dégueulasse. :p
Pis sinon moi je viens de finir le Dantec que tu es en train de lire.
Voilà.
En fait, je suis pas encore en train de le lire, je lis le Mian Mian, l’auteure chinoise. Alors ce Dantec, il est bien ??
J’ai lu le recueil “Au sud de nulle part” et j’ai eu cette même impression que Bukowski nous racontais toujours la même histoire. Certaines nouvelles m’ont beaucoup plu mais je l’ai trouvé bien meilleur dans son roman “Women”.
Je trouve que le titre de ton billet le résume bien. Un ami me l’avais présenté comme un auteur sulfureux que ma frêle condition de femme (un peu féministe sur les bords) risquait de ne pas goûter. Au final, je l’ai trouvé diablement sympathique et attendrissant.
Ah, tiens j’ai justement envie de lire un de ses romans, je prends note de Women !
Bonjour.
Je vous recommande “Women” qui est autobiographique.
Je trouve pour ma part que cet écrivain avait une écriture particulièrment enveloppante.
Amitiés.
Un roman autobiographique de Bukowski sur les femmes… ça promet ! Merci du conseil AAZémour.
Bukowski ce n’est pas de la littérature c’est du marketing! Où est le talent? Mettre cul, con et bite dans la même phrase, ce n’est pas du talent!!
OK il avait une personnalité décalée, il choquait, mais ce n’est pas pour autant qu’on est un bon écrivain. Vous réunissez tous les alcoolos du coin et ils vous feront de la littérature à ce compte là!
A travers ses livres on vend le personnage Bukowski mais ce n’est pas de la littérature!!!
Et bien Mademoiselle Swann, tu m’as l’air sacrement remontée contre ce pauvre Bukowski !!! Je ne vois pas trop ce que le marketing vient faire là-dedans… Je comprends qu’on puisse ne pas aimer cet auteur mais les raisons que tu invoques me font penser à ces gens qui, devant une oeuvre d’art contemporain, s’exclament : “mon fils de 4 ans aurait pu faire la même chose…”