Du Dantec pur jus
Posté le 9 mars 2009
Catégorie littérature française
Lorsque j’ai découvert Dantec, il y a déjà quelques années, j’ai lu quasiment coup sur coup ses trois premiers romans - La sirène rouge, Babylon babies et Les Racines du mal. A l’époque, lire Maurice G. Dantec c’était un peu comme passer de l’autre côté du miroir car ses livres me donnaient le sentiment d’avoir les yeux grands ouverts sur la réalité. Pourtant, le coup de foudre aura été de courte durée et j’avais fini par abandonner celui que les médias ont transformé en épouvantail. Jusqu’à la sortie, début janvier, de Comme le fantôme d’un jazzman dans la station Mir en déroute. Un roman plus court que sa production habituelle et composé à partir d’une nouvelle écrite en 1996. S’il n’est certainement pas le meilleur livre de MGD, il contient pourtant les ingrédients qui ont contribué au succès de La sirène rouge et de Babylon Babies.
Le roman démarre en trombe avec un hold-up, une cavale et des capitaux en transit. « On n’avait pas des masses d’alternatives, Karen et moi, quand on a décidé de voler l’Etat qui essayait de nous voler nos vies. » Du pur Dantec, puisque l’intrigue mèle habilement tout ce que l’on retrouve dans ses romans écrits dans les années 90. De prime abord, le monde décrit par l’écrivain semble être celui d’un futur, certes proche, mais annonciateur d’une société à venir - raison pour laquelle MGD est souvent catalogué comme auteur de science-fiction. Pourtant, à y regarder de plus près, il ne fait qu’extrapoler le monde dans lequel nous vivons, et la noirceur et la violence qui se dégagent de son propos ne sont bien évidemment que le reflet de notre société.
Dans Comme le fantôme d’un jazzman, on est dans le registre du road-book techno halluciné avec des héros en cavale. Dans une société ultra-sécuritaire, le dépistage ADN des individus est devenue la norme. Pour ne pas finir comme des cobayes de laboratoire promis à une mort certaine, un couple porteur d’un neurovirus extrêmement rare s’échappe d’un centre de détention. Ce virus qui possède la particularité d’accroitre les perceptions sensorielles et de décupler les capacités intellectuelles - permettant à nos deux héros de mettre au point des plans de fuite très élaborés - leur bouffe en même temps les neurones. Leur temps est donc compté, à moins qu’il ne puisse se procurer de l’Epsilon, une drogue capable de contrôler le virus mais qui permet également à Interpol de les suivre à la trace.
Alors que l’intrigue est installée et la course-poursuite entre les deux comparses et leurs poursuivants bien emballée, Dantec choisit pourtant de passer à autre chose. Il quitte les territoires balisés du polar et la SF light pour un objet non identifié à la limite de l’absurdité - une première impression qui s’étiolera au fil des pages. La compagne du narrateur, particulièrement sensible au virus, fait des rêves dans lequel elle se connecte à la station Mir, alors en perdition dans le cosmos. Le fantôme d’Albert Ayler, un saxophoniste new-yorkais (mort de façon mystérieuse dans les années 70) fait, lui, son apparition dans la station Mir afin de guider Karen et le narrateur dans leur odyssée. Tant bien que mal, on navigue dans ce monde étrange qui n’est pas dénué d’une certaine poésie. On notera une fin un peu abrupte et deux scènes de baston trop longues mais rien qui ne nous fasse regretter cette lecture.
Comme le fantôme d’un jazzman dans la station Mir en déroute
de Maurice G. Dantec
Albin Michel
211 pages, 16 euros
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8 Responses to “Du Dantec pur jus”
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Ah ah… je l’ai acheté, mais pas encore lu. J’ai un avis très contrasté à propos de Dantec (je veux dire… de MOMO GEGE !). J’espère retrouver dans cette b-side (c’est presque ça en fait) le charme de La Sirène rouge et des Racines du Mal, parce qu’il faut bien reconnaître que j’ai trouvé à la limite du grotesque ses ouvrages récents…
Tiens, pour une fois que je lis un livre que tu n’as pas (encore) lu ! Bien vu pour la b-side… du coup on attend le prochain album, euh livre, prévu normalement pour la prochaine rentrée littéraire
D’ailleurs j’attends avec impatience le coffret Babylon Babies, avec toutes les chutes de studio… j’ai essayé de le télécharger mais c’est introuvable
Question : faut-il lire Dantec en “connaissance de cause” (a-à-d en sachant qu’il a qq tendances droitières, etc.) ou pas… ? j’ai tendance à penser qu’il faut le lire en sachant cela (mais alors, a-t-on encore envie de le lire ? J’avais lu son premier roman mais depuis que je l’ai entendu sur un certain nombre de sujets (peine de mort, islamisme, catholicisme) je n’ai plus envie d’ouvrir sa prose, personnellement
Salut alf,
C’est effectivement une question que je me pose souvent et pas seulement à propos de Dantec. Le problème c’est que désormais un écrivain est également un personnage médiatique et il devient de plus en plus difficile de séparer les livres de l’homme… ce que pourtant on devrait absolument faire. A la limite, il vaudrait mieux ne rien savoir des opinions et de la vie privée d’un écrivain, ses écrits s’en porteraient beaucoup mieux. Plus facile à dire qu’à faire, et c’est justement la raison pour laquelle je n’ai pas eu envie de lire les précédents romans de MGD.
Cela dit je pense qu’une partie de ces déclarations sont faites pour provoquer le milieu littéraire germanopratin qui représente tout ce qu’il déteste. Et le côté coup de pied dans la fourmilière, j’aime bien…
Hello hello, une fois n’est pas coutume je fais de l’auto-spam pour le cas où tu voudrais recevoir une belle BD gratis !

http://blogalire.blogspot.com/2009/03/bd-dimitri-bogrov.html
J’ai beaucoup aimé le début, mais j’ai trouvé que cela partait ensuite un peu dans tous les sens et que ça s’étiolait du coup.
)
C’est vrai qu’il est provocateur, et comme tu dis, on aime ou on aime pas ses coups de pied dans la fourmilière. Mais quelquefois, sa façon de donner des coups de pieds, hum, hum…
Franchement, je pense que Dantec est un personnage, un artiste, mais qu’il n’a pas forcément “besoin” d’écrire au sens “essentiel” du terme. Il aurait pu percer dans la peinture, les performances artistiques, la musique… Du coup, je pense qu’il n’est pas très “travailleur” sur son écriture et que parfois, il se laisse aller à une certaine facilité, parce qu’il sait que ce qu’il est, son “personnage” va l’absoudre et rendre ses bouquins légitimes.
(enfin, c’est juste mon avis
Bienvenue pagesapages
Bon, ce n’est que ton avis, mais figures-toi que je suis complètement d’accord avec toi !! A bientôt !