As Time Goes By
Posté le 15 juin 2009
Catégorie littérature française
A quoi se résume une existence ? Quels souvenirs laisse t-on derrière soi ? Combien d’années, avant que la dernière personne à nous avoir connu, emporte avec elle la preuve de notre existence ? C’est à ces questions et à tant d’autres que tente de répondre Annie Ernaux dans son magnifique roman, Les Années.
L’autofiction irrite de nombreux lecteurs. Elle insupporte même. Et c’est vrai que parfois ce grand déballage du moi a de quoi désarçonner même les plus convaincus. Mais il arrive aussi que ces livres nous happent, nous interpellent et nous passionnent, autant par leurs qualités d’écriture que par les témoignages qu’ils apportent. Le livre d’Annie Ernaux fait partie de ceux-là. L’auteur porte en elle depuis de nombreuses d’années le projet de « mettre en forme par l’écriture son absence future ». Une manière somme toute de laisser sa trace. Jusque-là rien de très original. Ce qui l’est par contre, c’est la manière qu’a choisit l’auteur de rendre compte de son existence et du temps qui passe.
C’est par le biais de photos, prises comme point de départ pour « recoller ses souvenirs », que la narratrice choisit de se raconter. Une photo aux teintes sépia lorsqu’elle est enfant, puis des clichés en noir et blanc, des tirages couleurs, enfin un film en super 8 ou une cassette vidéo. A chaque document correspond une époque, des évènements marquants, des référents culturels - les livres qu’on lit, la musique qu’on écoute. Et les rêves qu’on fait bien sûr.
Ce qu’il y a de fascinant dans ce procédé, c’est qu’il permet d’appréhender le temps qui s’écoule d’une manière totalement nouvelle. Et de comprendre ce que cela implique de grandir dans une décennie plutôt qu’une autre : qu’est-ce que cela fait d’avoir vécu la guerre quand on est enfant ? Qu’est-ce que ça formate pour plus tard ?
Mais le livre d’Annie Ernaux va bien au-delà de la simple autobiographie. Car l’auteur n’utilise pas la première personne du singulier mais un « nous » collectif qui donne une portée universelle à son roman. De fait, le lecteur se sent immédiatement concerné par cette histoire qui, s’il est n’est pas la sienne, est peut-être celle de ses parents ou de ses grands-parents. Pas de nostalgie, ni de regret, l’écriture distanciée d’Annie Ernaux n’y laisse pas place. Et tant mieux car ce n’est pas la peine d’en rajouter tant il y a quelque chose de profondément touchant et émouvant dans ce défilement d’une vie entière résumée sous nos yeux. Et dans ces questionnements que tout un chacun sera amené un jour à se poser.
Les Années
de Annie Ernaux
éditions Gallimard
242 pages,17€
Comments
4 Responses to “As Time Goes By”
Laisser un commentaire








Caramba !
Le meilleur livre que j’ai lu ces dernières années. Et de loin.
Oy, gringo ! (non, je ne parle pas espagnol aussi bien que toi :-)) Même si je partage ton enthousiasme, en lisant ton commentaire, je me suis dit que tu exagérais un peu. Mais en y regardant de plus prés, c’est vrai que le livre d’Annie Ernaux est un des meilleurs livres que j’ai lu depuis la création de mon blog…
Un merveilleux livre que cette autobiographie collective ! Un ouvrage dans lequel on peut se replonger sans souci, au hasard, rien que pour suivre les souvenirs de cette grande auteur, qui sont aussi ceux de la société dans laquelle nous vivons.
Bienvenue Yohan, il s’agissait pour moi d’une première incursion dans l’oeuvre d’Annie Ernaux mais je compte bien poursuivre ma découverte de cet écrivain magistral.
N’hésite pas à repasser !