Des fleurs pour Dahlia
Qui n’a jamais rêvé de ligoter un homme et de lui balancer ses quatre vérités, dans l’espoir de provoquer une réaction ? C’est en tout cas la proposition de Dahlia dans Adore. Une proposition simple, presque naïve, mais résolument rafraichissante. Son premier roman met en scène deux personnages dans l’espace clos d’un appartement parisien : un homme de trente-cinq ans et une femme d’une vingtaine d’années. L’homme, Verlaine, un écrivain, a d’abord été subjugué par l’allure d’Anabel, croisée un soir dans une librairie de Saint-Germain-des-Prés. Leur relation s’est installée dans un crescendo d’orgasmes et de jeux sexuels initiés par la jeune femme. Mais contre toute attente, Verlaine a brutalement mis fin à leur relation. Deux mois plus tard, elle vient demander des comptes à cet homme qu’elle ne peut oublier, malgré l’humiliation de la séparation (il a rompu par SMS). Lorsque Verlaine se réveille engourdi et ligoté, la silhouette qu’il devine est celle d’Anabel. Celle qui aimait tant s’abandonner dans l’intimité d’une chambre mène désormais la danse.
Adore raconte deux versants de la même histoire : pendant qu’Anabel déverse sur Verlaine un flot de paroles, ce dernier, les lèvres scellées avec du chatterton, rejoue le film de leur histoire. C’est bien un dialogue, pourtant impossible, qui s’engage entre Verlaine et Anabel. Et ce sont les flashbacks, une des bonnes idées du livre, qui vont progressivement mettre à nu les sentiments de chacun des protagonistes.
Si certains passages de Adore ne m’ont pas convaincu, notamment celui dans lequel Anabel se lance dans une explication de textes du roman de Verlaine (évoquant les instants les plus pénibles du premier livre de Angie David publié aux éditions… Léo Scheer), je suis malgré tout tombée sous le charme de ce petit livre. Grâce à une écriture élégante et ciselée, Dahlia réussit à rendre parfaitement palpable la peur et le trouble du personnage masculin ligoté dans la moiteur d’un appartement. Si à l’inverse d’autres lecteurs de Adore, j’ai anticipé la fin, cela ne m’a pas empêché de tomber dans les mailles tissées par la fille aux cigarettes noires.
Adore
de Dahlia
M@nuscrits
Editions Léo Scheer
157 pages, 10 €
Il était une fois… Akli Tadjer
On connaît enfin le nom du lauréat du prix de la révélation Au Féminin.com. Akli Tadjer, auteur de Il était une fois… peut-être pas publié chez JC Lattés, a reçu hier soir des mains de PPDA le prix de la Révélation. Un prix dont la vocation est de récompenser « la révélation littéraire de l’année, à savoir un ouvrage qui établit un auteur dans le monde littéraire. »
Bravo donc à Akli Tadjer et pour vous donner envie de lire son livre, je vous conseille de jeter un œil à cette discussion très intéressante entre l’auteur et le journaliste Miche Field.
Quatre finalistes
Lundi 8 juin, le prix de la Révélation, première édition du prix littéraire lancé par le site Au féminin, sera décerné. Le jury était composé d’écrivains, de libraires et de blogueurs, renforcés par des membres du staff d’Au féminin. Parmi les quinze livres en compétition, nous avons sélectionnés quatre finalistes. Lundi, il n’en restera plus qu’un. Mon favori ? Et bien, il ne figure pas dans la liste finale… J’avoue avoir été déçue de constater que mes goûts ne coïncidaient pas avec ceux du jury, d’autant plus que ce livre-là m’a vraiment marqué. J’ose en tout cas espérer que Rouja Lazarova et son Mausolée, dont nous reparlerons bientôt, feront un bout de chemin dans les librairies.
Parmi les quatre livres encore en compétition, j’en ai aimé certains, d’autres un peu moins…
Il était une fois… peut-être pas d’Akli Tadjer, Jean-Claude Lattès, 326 pages
Depuis que Myriam est partie faire ses études dans le sud de la France, la vie de Mohammed est morne. Pour fuir la solitude, Mohammed se raconte des histoires à voix haute, nostalgique de l’époque où sa fille était encore enfant. Le lecteur comprend vite que c’est dans ces contes que réside la véritable histoire qu’Akli Tadjer veut nous dévoiler. Des contes qui, on le découvre progressivement, dissimulent une histoire familiale complexe, dans laquelle sont intimement mêlées celles de France et d’Algérie. L’auteur choisit le ton de la comédie légère pour aborder les questions d’identité, et ce faisant, réussit à nous émouvoir. Les ultimes rebondissements confèrent à Il était une fois… peut-être pas une profondeur insoupçonnée.
Lire l’avis de Calepin séduit par le charme de ce roman.
Surdouée de Nikita Lalwani, Flammarion, 515 pages
Immigrés d’origine indienne, les parents de Rumi sont tiraillés entre le désir de s’intégrer dans la société britannique et les traditions de leur pays natal. Lorsqu’ils apprennent qu’elle possède un don particulier, il n’ont plus qu’une obsession : la réussite sociale de leur fille. Après l’école et le week-end, pendant que ses petits camarades jouent, Rumi étudie les mathématiques. Progressivement, l’adolescente perd le goût d’étudier et se réfugie dans ses rêves. Mais en sourdine, la révolte gronde. Elle explose au grand jour lorsque Rumi, âgée de quatorze ans, fait son entrée à l’université d’Oxford. Avec beaucoup de justesse, Nikita Lalwani décrit le quotidien de cette adolescente isolée du monde. Et le drame qu’elle dénoue sous nos yeux est aussi touchant que tragique.
Lire l’avis de Clarabel, qui conseille la lecture de ce livre.
Enterrez-moi sous le carrelage de Pavel Sanaïev, Les Allusifs, 266 pages
Le roman de Pavel Sanaïev ne fait pas partie des livres que j’ai sélectionnés et, quelques semaines après l’avoir lu, je le regrette presque, même s’il n’a pas eu besoin de ma voix pour figurer dans la sélection finale. Il faut dire que Enterrez-moi sous le carrelage est un petit bijou d’humour noir, un livre à la fois extrêmement violent et burlesque.
Nina est une grand-mère despotique qui élève son petit-fils Sacha à la place de sa mère partie vivre avec un artiste. Les engueulades et les violences verbales sont le lot quotidien de ce petit garçon frêle, atteint selon Nina d’un nombre considérable de maladies. A cause de sa mauvaise santé, elle interdit à Sacha toutes les choses que l’on fait quand on a dix ans - à savoir monter aux arbres, manger des glaces ou jouer dans la cour de récréation. Pourtant, malgré les apparences, Nina n’est pas la mère Thénardier. On devine derrière les insultes qu’elle profère à longueur de journée, l’amour qu’elle éprouve pour son petit-fils et qu’elle est incapable d’exprimer autrement. A certains moments, pourtant, sa méchanceté est mise à nue et Sacha se détache de sa grand-mère, la haine prenant alors le pas sur l’amour.
Lire l’avis de Anne-Sophie qui a beaucoup aimé ce roman.
Les mains nues de Simonetta Greggio, Stock, 169 pages
Vétérinaire à la campagne, Emma est une femme solitaire et repliée sur elle-même. Lorsque Giovanni, le fils de Raphael (l’homme qu’elle a autrefois aimé) fait une fugue et se réfugie chez elle, son passé resurgit. L’intimité entre le jeune garçon et cette femme seule va aller en grandissant, pour le meilleur et pour le pire. Pas la peine de tourner autour du pot : je n’ai pas aimé ce roman. L’auteur n’a pas réussi à rendre crédible cette histoire d’amour entre une femme de quarante-trois ans et un garçon de quatorze ans. Un amour qui manque tellement de souffle et de passion, de sorte que le lecteur peine à saisir ce qui les unit. Par ailleurs, si l’attirance d’Emma pour Gio est aisément compréhensible, le contraire est beaucoup moins évident, le personnage d’Emma étant vraiment très terne. Je n’ai pas été non plus sensible au style de l’auteur et aux nombreux clichés sur le destin, l’amour ou l’amitié qui émaillent le récit.
Lire l’avis de Fashion, qui comme moi n’a pas été touchée par ce second roman de S. Greggio.







