T’as quoi dans ton sac ?

A bigger SplashPour dix jours de vacances, j’emporte uniquement des auteurs français : le premier roman de Myriam Chirousse, Miel et Vin, qui vient de paraître chez Buchet-Chastel, Le problème avec Jane de Catherine Cusset (car je n’ai lu que des bonnes choses sur ce thriller psychologique), un roman de Philippe Djian et un recueil de nouvelles de Marcus Malte. Sur mon Ipod, Lily Allen - c’est de la variété mais j’aime bien l’énergie de cette fille - Blur, Jarvis Cocker, Gossip. Et pour les DVD, la saison 1 de Twin Peaks que je viens à peine d’entamer… Vous savez tout !

Bureau d’écrivain #3 : Jane Austen

Voici la table en noyer à douze coins qui se trouvait à Chawton Cottage (Hampshire) et sur laquelle Jane Austen a écrit un grand nombre de romans. Une table si petite que l’on se dit que le vrai talent ne s’encombre pas d’artifices !

Dans cette maisonnée remplie de femmes, Jane n’avait pas de bureau. Elle s’était donc installée sur cette table près de la porte d’entrée. C’est là qu’ont été révisés les manuscrits de Raisons et Sentiments et de Orgueil et Préjugés, commencés bien des années plus tôt. Là également qu’elle a rédigé Mansfield Park, Emma et Persuasion. La plume en ivoire sur le bureau, c’est la sienne. Comme le montre la photo, elle écrivait sur de petites feuilles de papier, qu’elle pouvait aisément plier en quatre, si besoin était.

Une belle leçon de modestie, surtout quand on voit tout l’attirail informatique dont on se sert aujourd’hui…

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Crédit photo : Eamonn McCabe

La Route, au cinéma

La Route, au cinéma donc. Pour le meilleur, mais surtout pour le pire. Car s’il existe un livre qui semble impossible à adapter sur le grand écran, c’est bien le roman de Cormac McCarthy, à l’inverse de ses précédents écrits (No Country for Old Men, par exemple) : seulement deux personnages, peu de dialogues et une route pour unique décor. Une trame simple qui ne peut être servie que par des images sobres et beaucoup de retenue. Au vu de la bande-annonce, tous nos doutes sont confirmés. En écho à la sobriété de l’écriture de McCarthy, les studios hollywoodiens ont répondu avec un énième film catastrophe sur l’apocalypse nucléaire - avec de bons acteurs, certes (Viggo Mortensen, Guy Pearce, Robert Duvall). Mais pour ceux qui ont lu le livre, il faudra faire des efforts. Pour preuve, Charlize Theron, dans le rôle de la mère - alors que cette dernière n’est pas vraiment présente dans le roman.

On aurait rêvé d’un réalisateur plus aguerri que ce John Hillcoat inconnu au bataillon, (au hasard, Gus Van Sant), pour mettre en images l’un des meilleurs livres de ces dernières années. Et surtout plus de finesse et de subtilité.

Sortie prévue aux Etats-Unis le 16 octobre 2009. Pas de date fixée pour la France pour le moment.

Ensemble, c’est tout

Un homme et son fils marchent sur une route en direction du sud, dans un monde dévasté par un cataclysme nucléaire. C’est l’histoire de La Route, le roman de Cormac McCarthy, lauréat du prix Pulitzer 2007. Un an et demi après sa sortie, il était plus que temps d’oser enfin aborder ce chef-d’œuvre. Et force est de constater que le qualificatif n’est pas usurpé : dans ce texte court (252 pages), il n’y a rien à enlever, rien à ajouter, chaque mot est exactement à sa place, là où il doit être.

Si le sujet, aux frontières de la science fiction et de l’anticipation, est a priori aussi casse-gueule, c’est parce qu’on a tous lu des livres et vu des films qui traitent de l’apocalypse nucléaire. On a déjà des mots et des images en tête. On connait même la couleur de ce monde. Un gris noirâtre qui a fait disparaître toutes les nuances de l’humanité (d’ailleurs dans La Route, il n’y a que deux sortes d’humains : les « gentils » et les « méchants »). Simplement, il fallait s’appeler Cormac McCarthy et être un immense écrivain pour réussir à en extraire une parabole sur la condition humaine, et poser les questions qui comptent : que devient un être humain quand tout ce qu’il a connu a disparu ? Que reste t-il quand il n’y a plus rien ? Entre autres, l’amour d’un père pour son fils (le livre est d’ailleurs dédié à John Francis McCarthy, le fils de CMC) et l’espoir comme unique balise de survie.

Avec peu de personnages, puisque ceux que le père et le fils rencontrent ne sont que des accessoires, un minimum d’informations sur les origines de la catastrophe et une trame narrative répétitive, McCarthy réussit le tour de force de nous bouleverser. Mais c’est le style sobre et dépouillé de l’écrivain qui fait ici des merveilles et qui hisse le livre au rang de futur grand classique de la littérature américaine. Les longues phrases - on connaît l’aversion de McCarthy pour les virgules - et les dialogues courts embarquent le lecteur sur la route avec ce père et ce fils (dont on ne connait même pas les prénoms). Chaque pas qu’ils font, on le fait avec eux : on a peur, on a faim, on a froid ensemble. On goûte notre premier et dernier coca, avec l’enfant ; on garde tout au fond une lueur d’espoir, comme le père. On les suit dans leur périple, et dans une existence qui se résume désormais à chercher un abri pour la nuit, se protéger du froid, éviter les « méchants », et continuer à marcher. Avec la croyance qu’il y a encore quelque chose ou quelqu’un au bout de la route.

La RouteLa Route
de Cormac McCarthy
Editions Points
252 pages

★★★★★

Hot Books : les livres à lire en été

Voici une liste de livres à lire en vacances cet été, au soleil, sous une chaleur caniculaire… Des livres pour voyager et s’immerger dans une région ou un pays. Une liste complètement subjective, et forcément incomplète, mais composée de livres testés et approuvés, pour la plupart.

L’Ile d’Arturo - Elsa Morante
Un de mes livres préférés. L’île d’Arturo, c’est celle de Procida, dans le golfe de Naples, dans laquelle Arturo a grandit en solitaire. Un roman initiatique avec une véritable trame romanesque. Un conseil : partez en vacances à Procida et lisez ce livre !

La Plage - Alex Garland
Quand les vacances idéales (dans une île paradisiaque en Thaïlande) tournent au cauchemar #1. Evidemment, le livre est beaucoup mieux que le film réalisé par Danny Boyle avec Leo di Caprio. Culte.

Plage de Manaccora, 16h30 - Philippe Jaenada
Quand les vacances idéales (dans un petit village des Pouilles) tournent au cauchemar #2. En cours de lecture, un vrai plaisir.

Brighton Rock - Graham Greene
Un thriller avec en toile de fond la station balnéaire de Brighton dans les années 30. Un grand classique de la littérature anglaise.

Bonjour Tristesse - Françoise Sagan
Des vacances dans une villa sur la Côte d’Azur et les premiers instants de liberté de Cécile, dix-sept ans…

Vacances Anglaises - Joseph Connolly
Quand les vacances idéales (en famille) tournent au cauchemar #3. Une comédie loufoque qui nous rappelle que parfois, il vaut mieux… partir seul !

Big Sur et les Oranges de Jérôme Bosch - Henry Miller
Encore un livre qui m’a marqué. Big Sur, c’est la côte ouest des Etats-Unis, des paysages superbes qui ressemblent à la Côte d’Azur - mais sans le béton. Sous la plume d’Henry Miller, un voyage enchanteur et hors du temps dans un des endroits les plus beaux du monde. Apaisant.

Accès direct à la plage - Jean-Philippe Blondel
Quatre décennies, quatre destinations de bord de mer, des souvenirs de vacances… Celui-là, je le lirais cet été.

Le Mépris - Alberto Moravia
L’Italie encore, Capri, la Villa Malaparte, des images du film de Godard plein la tête…

La traversée de l’été - Truman Capote
New York sous la canicule, une ambiance étouffante sous la plume de Truman Capote (Laurence en parle très bien ici)…

Sous le soleil de toscane - Mayes Frances
Il y a des livres sur la Toscane bien supérieurs à celui de Mayes Frances - le pendant américain de Peter Mayle -, néanmoins, ce roman est une belle balade à travers la Toscane, avec recettes de cuisine en prime.

Corniche Kennedy - Maylis de Kérangal
L’été à Marseille, les gamins s’entassent sur les rochers de la corniche. A découvrir pour la belle écriture de Maylis de Kérangal : lire mon billet ici.

Et aussi : choisir ses livres en fonction de sa destination,  les livres de 2009

Gothique et poétique

Chloé Delaume
Dans Le Cri du Sablier, Chloé Delaume levait le voile sur la tragédie qui a marqué au fer rouge son existence. Elle n’a que dix ans lorsqu’elle assiste à un drame que les mots seuls ne peuvent circonscrire. Enfant, donc, Chloé Delaume voit son père tuer sa mère, puis retourner l’arme contre lui. Comment grandir et se construire après un tel drame ? En partie grâce à la littérature, telle est en tout cas la réponse de CD. Et son roman Le Cri du Sablier n’était qu’une des étapes dans la reconstruction d’une identité soumise à de multiples traumas. Dans son dernier opus, Dans ma maison sous terre, elle revient sur le drame à l’origine de son engagement littéraire. En 2004, trois ans après la sortie du Cri du sablier, Chloé apprend que son père n’est pas son père biologique. Le secret ou plutôt la « bonne nouvelle » - ainsi qu’elle lui a été présentée - est divulguée par sa grand-mère maternelle. Bouleversée par la nouvelle, pleine de haine pour mamie Suzanne qui a choisit si tardivement de se délester du secret, CD décide d’écrire un livre pour la tuer. Mais comment un livre peut-il tuer ? Tout simplement en provoquant un choc de nature à entrainer une rupture d’anévrisme.Un livre qui résonne évidemment comme un aveu d’impuissance - l’écrivain ne peut pas s’en prendre à la seule personne responsable du mensonge, sa mère décédée.

Le récit débute par une promenade dans le cimetière où sont enterrés sa mère et son grand-père. Chloé est accompagnée de Théophile, un homme énigmatique qui la guide dans le dédale des tombes, et à qui elle fait part de son projet. Tout au long du roman, il va tenter de l’en dissuader. Au hasard de leur déambulation, il retrace l’histoire de quelques uns des morts qui peuplent le cimetière. Théophile fait résonner la petite musique de Clothilde Mélisse, le double littéraire de Chloé Delaume, de Tom, le personnage fictif du roman de Marie Darieussecq, ou encore de Sacha Distel - le chanteur préféré de sa mère, dont une des chansons prend soudain une résonnance toute particulière.

La forme du roman est séduisante, ni classique, ni expérimentale. En dépit du sujet, il y a quelque chose de ludique dans l’écriture ainsi qu’une tentative de se démarquer de la forme traditionnelle du roman. Le livre alterne entre les bouts de vie de ceux qui sont enterrés dans le cimetière et la digestion par Chloé Delaume d’une information bouleversante. Un roman qui pêche cependant dans la deuxième partie, l’auteur ayant du mal à dépasser le stade des « jérémiades ». Reste de très beaux passages comme ce chapitre intitulé « La vie rêvée, mon ange », dans lequel l’auteur s’interroge sur la rencontre entre ses parents, et se prend à imaginer ce qu’aurait été sa vie si rien de tout ça ne s’était passé.

Le site de Chloé Delaume : chloedelaume.net
La BO du livre : les petites musiques des morts du roman, composées et interprétées par Aurélie Sfez et Chloé Delaume.

Crédit photo : Hermance Triay

couvDans ma maison sous terre
de Chloé Delaume
Fictions et Cie
Le Seuil
201 pages, 17€

★★★☆☆

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