Gothique et poétique

Posté le 2 juillet 2009 
Catégorie littérature française

Chloé Delaume
Dans Le Cri du Sablier, Chloé Delaume levait le voile sur la tragédie qui a marqué au fer rouge son existence. Elle n’a que dix ans lorsqu’elle assiste à un drame que les mots seuls ne peuvent circonscrire. Enfant, donc, Chloé Delaume voit son père tuer sa mère, puis retourner l’arme contre lui. Comment grandir et se construire après un tel drame ? En partie grâce à la littérature, telle est en tout cas la réponse de CD. Et son roman Le Cri du Sablier n’était qu’une des étapes dans la reconstruction d’une identité soumise à de multiples traumas. Dans son dernier opus, Dans ma maison sous terre, elle revient sur le drame à l’origine de son engagement littéraire. En 2004, trois ans après la sortie du Cri du sablier, Chloé apprend que son père n’est pas son père biologique. Le secret ou plutôt la « bonne nouvelle » - ainsi qu’elle lui a été présentée - est divulguée par sa grand-mère maternelle. Bouleversée par la nouvelle, pleine de haine pour mamie Suzanne qui a choisit si tardivement de se délester du secret, CD décide d’écrire un livre pour la tuer. Mais comment un livre peut-il tuer ? Tout simplement en provoquant un choc de nature à entrainer une rupture d’anévrisme.Un livre qui résonne évidemment comme un aveu d’impuissance - l’écrivain ne peut pas s’en prendre à la seule personne responsable du mensonge, sa mère décédée.

Le récit débute par une promenade dans le cimetière où sont enterrés sa mère et son grand-père. Chloé est accompagnée de Théophile, un homme énigmatique qui la guide dans le dédale des tombes, et à qui elle fait part de son projet. Tout au long du roman, il va tenter de l’en dissuader. Au hasard de leur déambulation, il retrace l’histoire de quelques uns des morts qui peuplent le cimetière. Théophile fait résonner la petite musique de Clothilde Mélisse, le double littéraire de Chloé Delaume, de Tom, le personnage fictif du roman de Marie Darieussecq, ou encore de Sacha Distel - le chanteur préféré de sa mère, dont une des chansons prend soudain une résonnance toute particulière.

La forme du roman est séduisante, ni classique, ni expérimentale. En dépit du sujet, il y a quelque chose de ludique dans l’écriture ainsi qu’une tentative de se démarquer de la forme traditionnelle du roman. Le livre alterne entre les bouts de vie de ceux qui sont enterrés dans le cimetière et la digestion par Chloé Delaume d’une information bouleversante. Un roman qui pêche cependant dans la deuxième partie, l’auteur ayant du mal à dépasser le stade des « jérémiades ». Reste de très beaux passages comme ce chapitre intitulé « La vie rêvée, mon ange », dans lequel l’auteur s’interroge sur la rencontre entre ses parents, et se prend à imaginer ce qu’aurait été sa vie si rien de tout ça ne s’était passé.

Le site de Chloé Delaume : chloedelaume.net
La BO du livre : les petites musiques des morts du roman, composées et interprétées par Aurélie Sfez et Chloé Delaume.

Crédit photo : Hermance Triay

couvDans ma maison sous terre
de Chloé Delaume
Fictions et Cie
Le Seuil
201 pages, 17€

★★★☆☆

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Comments

2 Responses to “Gothique et poétique”

  1. Leiloona on 3 juillet 2009 11:45

    Après avoir lu ton billet, je suis retournée. Je ne connaissais pas du tout l’histoire de l’auteur. Une question me vient à l’esprit du coup : n’écrit-elle que pour pouvoir survivre ? Pour pouvoir expulser ses pulsions ?
    Billet très intéressant.

  2. Emma on 3 juillet 2009 12:52

    Oui, c’est une histoire vraiment tragique. Pour le reste, Chloé Delaume fait de l’autofiction, elle utilise sa vie comme un matériau pour faire de la littérature.

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