Beauvoir, l’amant américain
Dans Lettres à Nelson Algren, Simone de Beauvoir dévoile une personnalité passionnée et pleine d’humour. A des années lumières de l’image austère de la figure emblématique du féminisme. C’est en 1947, alors qu’elle effectue un voyage aux Etats-Unis, qu’elle rencontre Nelson Algren. Le coup de foudre entre l’écrivain des bas-fonds de Chicago et l’alter ego de Sartre est immédiat.
De retour à Paris, elle entame une correspondance avec celui qu’elle surnomme « mon crocodile », qui va durer jusqu’en 1964.
A ce petit jeu, Simone de Beauvoir se révèle la plus prolixe : elle écrit pas moins de 300 lettres, dont 58 pour la seule année 1947. Des missives parfois très longues - elle prend la plume presque tous les jours - dans lesquelles elle raconte à Algren sa vie à Paris. Car les deux écrivains ont beau avoir vécu intensément leur rencontre, ils ne se connaissent pas. Algren n’a même aucune idée du milieu intellectuel et politique dans lequel Simone de Beauvoir évolue. Alors, elle lui raconte l’intelligentsia française (une incongruité pour un américain), l’occupation allemande, l’atmosphère du Paris d’après-guerre, les caves de Jazz de Saint-Germain-des-Prés… Elle explique également la nature de son engagement politique et surtout sa relation avec Sartre. Même si le lien qui les unit est désormais purement intellectuel, Sartre et Beauvoir se sont jurés d’être toujours présents l’un pour l’autre - c’est le fameux pacte qu’ils ont passé ensemble. De sorte qu’elle fait rapidement savoir à Algren qu’ils ne vivront jamais ensemble. Et si on a effectivement du mal à imaginer Simone de Beauvoir quittant l’effervescence intellectuelle parisienne pour aller vivre à Chicago, il n’empêche qu’on se pose des questions. Ses lettres sont celles d’une femme éperdument amoureuse, qui n’a qu’une idée en tête, revoir l’homme qu’elle aime. Leurs visites réciproques sont rares - une à deux fois par an - pendant lesquelles ils effectuent de longs voyages en Amérique du Sud ou en Europe (Algren viendra à deux reprises sur le vieux continent).
Inévitablement, cette histoire d’amour transatlantique va progressivement s’étioler. A partir de 1951, quelque chose semble s’être brisé entre les deux amants. Leurs échanges épistolaires se poursuivent jusqu’en 1964, et les lettres confirment ce que le lecteur avait déjà deviné : leur relation passionnée est la plus belle histoire qu’ils aient jamais vécue.
A savoir : en 1986, selon ses propres volontés, Simone de Beauvoir est inhumée aux côtés de Jean-Paul Sartre avec la bague offerte par Nelson Algren.
Crédit photo : Edward S Kitch/AP
Du même auteur : Les mandarins, lire l’article L’année du Castor
Lettres à Nelson Algren
Un amour transatlantique 1947-1964
de Simone de Beauvoir
Lettres traduites de l’anglais par Sylvie Le Bon de Beauvoir
Folio, 911 pages





Mad Men saison 2
Si vous avez lu mon billet sur la saison 1, vous savez que Mad Men est ma série préférée. La saison 2 s’est révélée tout aussi enthousiasmante que la première. Pas de déception, ni de lassitude, les scénaristes ont tenu bon la barre malgré une certaine lenteur dans les premiers épisodes - à la fois la marque de fabrique et le défaut récurrent de la série. La diffusion de la saison 3 démarre dans deux semaines, sur la chaine américaine AMC. Le moment de faire un point sur ce qu’on peut attendre de cette nouvelle saison.
Lire ce billet avec précaution si vous n’avez pas encore vu la saison 2 (spoiler inside).
Les personnages à suivre
Assistera t-on à la chute de Don Draper ? Voilà la question qu’on ne peut s’empêcher de poser tant cette seconde saison a mis en avant un homme incapable de maîtriser son destin - un individu « observateur de sa propre vie » bien plus qu’acteur. Flamboyant dans sa vie professionnelle, Don Draper (magnifique Jon Hamm) est un homme rongé par le doute en privé, et ses secrets sont de plus en plus lourds à porter. Ses relations avec les femmes en sont l’exemple parfait. Alors qu’on le croyait séducteur et volage, c’est en fait un homme faible, incapable de se refuser à une femme qui s’offre à lui - et elles sont nombreuses. La saison 2 restera comme celle où Don est parti en vrille. En voyage d’affaires avec Pete Campbell à Palm Springs, il plante son partenaire sur un coup de tête. Pourquoi la Californie ? Tout simplement parce que c’est là que réside la « vraie » madame Draper. Pas Betty, non, mais la femme du soldat Draper, à qui il a usurpé son identité. Le passé de Don recèle-il d’autres surprises ou bien va t-il lui exploser en pleine figure dans la saison 3 ?
Avec Don Draper, Peggy Olson (Elisabeth Moss) est le personnage le plus intéressant de Mad Men. Dans la saison 2, elle intègre l’équipe des créatifs et obtient finalement son propre bureau. Il ne lui reste plus qu’à soigner son look pour devenir une Mad (Wo)Men à part entière. Voilà un personnage pour le moins fascinant, qui a commencé la série comme une victime, et qui est désormais la seule à incarner vraiment son époque. Une femme indépendante et volontaire, que ce soit au sein de l’agence ou dans sa vie intime. Elle est en cela bien différente de la pulpeuse Joan Holloway, qui possède, elle, tous les attributs extérieurs d’indépendance, mais demeure soumise aux diktats professionnels et sexuels des hommes.
A l’inverse de Don, le passé de Peggy est connu du spectateur. Elle l’a d’ailleurs dévoilé à un Pete Campbell abasourdi dans l’épisode final : elle a eu un enfant de lui et elle l’a abandonné. Une révélation qui va un peu plus abattre ce pauvre Pete dont le mariage bat déjà de l’aile.
Pour la très jolie Betty Draper, interprétée par January Jones, la saison 2 marque la fin de l’innocence. Elle découvre la liaison de Don et le met à la porte. Un pas qu’on ne la voyait pas franchir, en toute honnêteté. Sa beauté attire le regard des hommes mais elle ne semble pas prête à tromper Don, d’autant plus qu’elle est à nouveau enceinte. Sous le masque de la femme au foyer traditionnelle se cache pourtant un personnage plus complexe qu’il n’y paraît. Betty n’est pas une femme heureuse mais elle accepte son sort car elle est sûre d’une chose : Don est l’homme de sa vie. Seule la révélation du passé de Don semble pouvoir mettre en péril leur couple.
L’agence
L’équipe dirigeante de Sterling Cooper est vacillante. Le big boss Bertram Cooper ressemble de plus en plus à un fantôme et on le voit mal franchir le cap de la saison 3. Roger Sterling n’est pas lui non plus en grande forme physique mais la nouvelle femme de sa vie, une secrétaire de 20 ans, devrait lui donner un coup de fouet. En disparaissant pendant plusieurs semaines, Don Draper a quelque peu affaibli sa position au sein de l’agence. Il a raté les négociations sur la restructuration et, s’il est resté dans le coup, c’est uniquement grâce au soutien inattendu de Pete Campbell. En fin limier, ce dernier a compris que les meilleurs ennemis sont ceux dont on connaît les faiblesses. Malgré tout, il reste aux abois. Il connaît le secret de Don et s’en servira à nouveau contre lui dès qu’une opportunité se présentera.
Le cadre historique
Le staff de Sterling Cooper a été bouleversé par l’approche imminente de la troisième guerre mondiale au moment de la crise cubaine. Créatifs, secrétaires ou comptables, tous étaient rivés au poste de radio - unique source d’information en temps réel de l’époque. On a quitté les Mad Men en octobre 61. Quelle sera la toile de fond de la saison 3 ? Un bond dans le temps est-il possible ? L’année 1963, riche en événements politiques (assassinat de Kennedy, marche pour les droits civiques), serait un vrai bonus pour la série…
Mad Men
saison 2
de Matthew Weiner
avec Jon Hamm, Elisabeth Moss, January Jones, John Slattery…
A voir : en attendant la saison 3, créer votre propre mad men sur le site de la chaine AMC.






