Beauvoir, l’amant américain
Posté le 31 août 2009
Catégorie littérature française
Dans Lettres à Nelson Algren, Simone de Beauvoir dévoile une personnalité passionnée et pleine d’humour. A des années lumières de l’image austère de la figure emblématique du féminisme. C’est en 1947, alors qu’elle effectue un voyage aux Etats-Unis, qu’elle rencontre Nelson Algren. Le coup de foudre entre l’écrivain des bas-fonds de Chicago et l’alter ego de Sartre est immédiat.
De retour à Paris, elle entame une correspondance avec celui qu’elle surnomme « mon crocodile », qui va durer jusqu’en 1964.
A ce petit jeu, Simone de Beauvoir se révèle la plus prolixe : elle écrit pas moins de 300 lettres, dont 58 pour la seule année 1947. Des missives parfois très longues - elle prend la plume presque tous les jours - dans lesquelles elle raconte à Algren sa vie à Paris. Car les deux écrivains ont beau avoir vécu intensément leur rencontre, ils ne se connaissent pas. Algren n’a même aucune idée du milieu intellectuel et politique dans lequel Simone de Beauvoir évolue. Alors, elle lui raconte l’intelligentsia française (une incongruité pour un américain), l’occupation allemande, l’atmosphère du Paris d’après-guerre, les caves de Jazz de Saint-Germain-des-Prés… Elle explique également la nature de son engagement politique et surtout sa relation avec Sartre. Même si le lien qui les unit est désormais purement intellectuel, Sartre et Beauvoir se sont jurés d’être toujours présents l’un pour l’autre - c’est le fameux pacte qu’ils ont passé ensemble. De sorte qu’elle fait rapidement savoir à Algren qu’ils ne vivront jamais ensemble. Et si on a effectivement du mal à imaginer Simone de Beauvoir quittant l’effervescence intellectuelle parisienne pour aller vivre à Chicago, il n’empêche qu’on se pose des questions. Ses lettres sont celles d’une femme éperdument amoureuse, qui n’a qu’une idée en tête, revoir l’homme qu’elle aime. Leurs visites réciproques sont rares - une à deux fois par an - pendant lesquelles ils effectuent de longs voyages en Amérique du Sud ou en Europe (Algren viendra à deux reprises sur le vieux continent).
Inévitablement, cette histoire d’amour transatlantique va progressivement s’étioler. A partir de 1951, quelque chose semble s’être brisé entre les deux amants. Leurs échanges épistolaires se poursuivent jusqu’en 1964, et les lettres confirment ce que le lecteur avait déjà deviné : leur relation passionnée est la plus belle histoire qu’ils aient jamais vécue.
A savoir : en 1986, selon ses propres volontés, Simone de Beauvoir est inhumée aux côtés de Jean-Paul Sartre avec la bague offerte par Nelson Algren.
Crédit photo : Edward S Kitch/AP
Du même auteur : Les mandarins, lire l’article L’année du Castor
Lettres à Nelson Algren
Un amour transatlantique 1947-1964
de Simone de Beauvoir
Lettres traduites de l’anglais par Sylvie Le Bon de Beauvoir
Folio, 911 pages





Comments
6 Responses to “Beauvoir, l’amant américain”
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En fait, ce qui m’étonne beaucoup ici, c’est que Beauvoir écrive en anglais. Je serais curieux de lire ça en version originale…
Oui effectivement ça doit être intéressant à lire en anglais… en tout cas, à la lecture des lettres, on devine que Beauvoir maîtrise parfaitement cette langue. Elle a également traduit de nombreux textes d’Algren réputé pour être un auteur difficile à traduire…
J’ai énormément aimé ce livre avec son indiscrétion. Je me rappelle Algren reprochant à Beauvoir d’avoir reproduit avec Sartre le schéma d’un mariage bourgeois où les conjoints s’appartiennent coûte que coûte.
Le moins qu’on puisse dire c’est que Nelson Algren ne portait pas Sartre dans son coeur !
Un livre passionnant que j’ai d’ailleurs découvert sur ton blog
C’est tentant. Quelle ironie dans cette histoire de bague… ou quelle liberté dans l’amour, je ne sais.
Elle a cru qu’elle devait faire un choix entre sa vie intellectuelle à Paris et l’homme de sa vie… Etrange et un peu triste en même temps, non ?