La tentation du tag

Le méprisUne pile de livres non chroniqués qui grandit de jour en jour, des billets commencés et abandonnés… Je n’ai d’autre choix que de céder à la tentation du tag - un billet vite fait à peu de frais. Merci Thierry !

Plutôt corne ou marque-page ?
Je ne corne pas mes livres, alors marque-page, sans hésitation.

As-tu déjà reçu un livre en cadeau ?
Evidemment, mais qui n’en a jamais reçu ? Ceux à qui on n’offre pas de livres ne sont surement pas de grands lecteurs, à fortiori des blogueurs littéraires… Le dernier livre qu’on m’a offert, c’était il y a quelques mois : L’histoire des Clash, avec une belle couverture rose fluo, aux éditions du Diable Vauvert.

Lis-tu dans ton bain ?
Non, pas vraiment pratique. Mais un magazine à la rigueur…

As-tu déjà pensé à écrire un livre ?
Oui, comme 32 % des français selon un sondage du Figaro (3% des personnes interrogées avouent même avoir écrit un manuscrit). Rien de très original donc dans cette réponse. Mais loin de moi l’idée d’écrire un roman. Le livre que j’ai en tête s’apparenterait plus à un livre d’enquête sur un thème qui nécessiterait des recherches et des entretiens. Reste juste à trouver le sujet !

Que penses-tu des séries en plusieurs tomes ?
Il y a quelques années, j’ai dévoré les Chroniques de San Francisco, un excellent souvenir de lecture. J’aime suivre l’évolution des personnages dans le temps (comme dans les séries télés) et c’est la raison pour laquelle j’apprécie la saga de Poppy Z. Brite sur Rickey et G-man, deux cuistots de la Nouvelle-Orléans. Malheureusement, l’auteure a décidé d’y mettre fin après le passage de l’ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans (sa ville natale) en 2005.

As-tu un livre culte ?
Pas un mais plusieurs. Là, forcément, on parle de classiques, notamment Le portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, L’amant de Lady Chatterley de D. H. Lawrence ou Gatsby le magnifique de Fitzgerald. Parmi les romans d’écrivains vivants, il y a Le bûcher des vanités de Tom Wolfe ou n’importe quel roman de Bret Easton Ellis.

Aimes-tu relire ?
Je relis deux sortes de livres. Des classiques qui m’ont marqué et dont j’aime retrouver les personnages et l’ambiance. C’est le cas des grands romans de la littérature anglaise du XIXème siècle. Orgueil et Préjugés de Jane Austen étant sans doute le livre que j’ai le plus souvent relu (quatre fois). Je relis également des romans que j’ai aimés mais dont le souvenir est vague - voire inexistant…

Rencontrer ou pas les auteurs des livres qu’on a aimé ?

Oui, mais pour leur dire quoi ? Qu’on a aimé leur livre ? Je ne me vois pas dans le rôle de la groupie littéraire - même si certains auteurs sont plutôt sexy ! Sérieusement, rencontrer les auteurs des livres qu’on a aimés, voire adorés, c’est s’exposer à une immense déception. En même temps, ça tombe bien vu que je n’ai absolument aucune chance de rencontrer Bret Easton Ellis ou Martin Amis (qui est de toute manière un vieux grincheux antipathique) !

Aimes-tu parler de tes lectures ?
Heu… si ce n’était pas le cas, je n’aurais pas un blog !

Comment choisis-tu tes livres ?
Dans l’ordre : les blogs, les librairies, la presse, les amis, les émissions littéraires.

Une lecture inavouable ?
Faut-il avoir honte des livres qu’on a lu ? Ou des livres qu’on aime tout en sachant qu’il sont mauvais ? Dans tous les cas, je n’ai rien à déclarer !

Des endroits préférés pour lire ?
Dans le désordre : sofa, chaise longue, lit, plage de sable fin, transat, gazon…

Lire et Manger ?
Je lis souvent des magazines en mangeant. Des livres jamais.

Livres empruntés ou livres achetés ?
J’aime les bibliothèques mais j’y emprunte rarement des livres… parce que je ne trouve jamais ce que je cherche !

As-tu déjà abandonné la lecture d’un livre ?
Oui, se forcer à lire un livre ce n’est pas une bonne idée. Mieux vaut s’arrêter, quitte à reprendre un peu plus tard. Je viens d’abandonner Le Petit Ami de Donna Tartt après deux cent pages (sur les huit cent que compte le livre). C’est une immense déception car son premier opus, Le Maître des Illusions, est surement l’un des meilleurs romans des années 90. Mais ici l’absence totale d’intrigue combinée à des phrases d’une longueur interminable m’a complètement rebuté…

Entre les lignes

Philippe DjianSorti en 2003, Frictions de Philippe Djian dresse le portrait d’un homme dont l’existence ressemble au mouvement d’un trapèze, balancé d’un coté, de l’autre, au gré des événements. Composé de cinq chapitres, un par décennie, le livre relate la vie du narrateur de l’enfance à l’âge mur, avec en points d’orgue des moments clés : le départ de son père lorsqu’il est âgé de dix ans, son premier job, son mariage, la naissance de sa fille… Dans ces fragments de vie, la seule constante est l’amour total et inconditionnel du narrateur pour sa mère. Une relation étrange et étouffante - à tel point que les diverses compagnes du narrateur ne manquent jamais de s’interroger sur sa nature exacte - qui l’a empêché de grandir. Le laissant parfois avec le sentiment « d’avoir sauté dans un tas de glu ».

Récit à la forme indéfinie, Frictions navigue constamment entre le roman et la nouvelle - quitte à désarçonner, voire à égarer son lecteur en route. En effet, si certains chapitres se suffisent à eux mêmes, d’autres se superposent les uns aux autres, d’autres encore sont logiquement la continuation du précédent. Mais ce sont dans les non-dits factuels et émotionnels que résident la véritable originalité de ce quatorzième opus de l’écrivain, ce dernier laissant le soin au lecteur de deviner ce qui est à peine suggéré. L’expression lire entre les lignes prend d’ailleurs ici tout son sens, tant ce qui n’est pas écrit forme justement le corps même du livre. Un paradoxe. Pourtant, ce procédé, même habilement maitrisé, ne convainc qu’à moitié : les blessures du narrateur ont beau transparaitre derrière les mots, on ne peut s’empêcher de se demander où veut en venir l’auteur…

Le style Djian, percutant et accrocheur, a déjà fait ses preuves. On le retrouve ici couplé à une bonne dose d’humour, qui a pour principal mérite d’atténuer la noirceur du propos. Au final, Frictions ne m’a pas fait décoller, mais son empreinte quelques mois après sa lecture est encore présente. En cela, c’est une réussite.

FrictionsFrictions
de Philippe Djian
Folio, 250 pages
★★★☆☆

Ici Londres

84, Charing Cross Road… Livre chouchou de nombreux blogueurs, objet de culte dans les pays anglo-saxons, la réputation de ce petit opus n’est plus à faire. En effet, la correspondance entre Helene Hanff et les employés de la librairie londonienne Marks & Co a tout pour séduire les amoureux des lettres. Visez un peu : une auteure américaine de pièces de théâtre à la recherche de livres rares et un libraire anglais ; la familiarité américaine et l’humour pince sans rire des Britanniques ; un pays riche qui vient de libérer l’Europe du nazisme et un autre valeureux, encore sous le coup du rationnement alimentaire. Et un dénominateur commun : l’amour des mots et des livres.

En 1949, Helene Hanff écrit à la librairie Marks and Co car elle est à la recherche d’éditions rares de grands classiques de la littérature anglaise. C’est le début d’une correspondance qui va s’étaler sur vingt ans, avec des creux évidemment. Mais entre Helene, l’américaine un peu fofolle et délurée, et Frank Doel, le libraire, s’instaure progressivement une relation d’amitié. Très vite, en plus de sa liste de livres, elle dévoile des morceaux de sa vie : son travail comme scénariste pour la télévision, ses déménagements successifs… Et prend la mesure de la situation économique en Angleterre. Parce que la vie à Londres lui semble à elle l’américaine plutôt difficile, elle envoie des colis d’œufs et de jambon à Marks and Co. En retour, tout le staff lui fait parvenir des lettres de remerciements, ému par sa gentillesse. C’est finalement ce qu’il y a de plus surprenant et de plus touchant dans ces 150 pages. Que des liens si forts aient pu se nouer entre des personnes qui ne se sont jamais rencontrées, ni vues (à part sur de vagues photos) ou même parlées, voilà qui fait forcément réfléchir le lecteur, à fortiori le blogueur.

Si le désir le plus ardent de l’Américaine est de se rendre en Angleterre - un souhait partagé par ses amis anglais -, ce voyage est régulièrement repoussé. Ce n’est qu’après la publication de ces lettres qu’elle se rend enfin dans le pays qui a attisé ses rêves. Mais une fois devant le 84 Charing Cross Road, force est de constater que la réalité n’est pas à la hauteur de ce qu’elle a imaginé : les portes sont fermées, Marks & Co n’existe plus. Reste cette correspondance qui témoigne de la force de la littérature et de ce qui peut exister par delà les mots…

84 Charing Cross Road84, Charing Cross Road
de Helene Hanff
Le Livre de Poche,158 pages
★★★★★

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