De la fumée sans feu ?
Posté le 10 décembre 2009
Catégorie littérature anglo-saxonne
Lorsque le mégot de Tom Brodzinski atterrit accidentellement sur la tête d’une autochtone qui s’empresse de le menacer d’un procès, on se dit que le nouvel opus de Will Self ne pouvait démarrer sous de meilleurs auspices. Et que la cible de l’auteur est bien le politiquement correct qui entoure ce qui touche au tabac. Accessoirement, on se dit aussi que la nicotine rend vraiment les non fumeurs zinzins…
Tout ce qu’on aime de Will Self, auteur pour lequel on avoue un faible, est condensé dans les premières pages de No Smoking : l’art du contrepied, la satire et l’humour. Si le dixième opus de l’auteur le plus rock du royaume est d’emblée si jubilatoire, c’est que son point de départ est totalement et génialement absurde. En vacances avec sa femme et ses enfants dans une contrée exotique non identifiée, Tom décide que, loin du stress de sa vie londonienne, le moment est idéal pour arrêter de fumer. Un soir, sur le balcon de sa chambre d’hôtel, Tom dit adieu au tabac et, sans le savoir, bonjour aux emmerdes. Car dans ce drôle de pays, qui ressemble à l’Australie, la cigarette est considérée comme une arme potentiellement dangereuse : un mégot peut être utilisé à mauvais escient et devenir un « projectile armé d’une charge toxique ». On le savait, fumer tue, c’est désormais un crime. Lorsque Tom est accusé de tentative de meurtre, on se délecte d’avance de ce que va faire subir Will Self à son héros. La situation kafkaïenne est des plus prometteuses. Hélas, ces promesses vont rester lettre morte car, au lieu de forcer le trait, l’auteur va progressivement noyer le lecteur dans un torrent de descriptions hyper complexes du système judiciaire. Idem avec les coutumes locales bizarroïdes dont on a vraiment du mal à comprendre le fonctionnement. On se demande alors quel le véritable but de l’auteur, d’autant plus que le personnage de Tom, confronté à une situation des plus extraordinaires, semble révéler un singulier manque d‘épaisseur. Les moments de grâce, lorsque Will Self nous éblouit avec sa plume, ne suffisent pas à endiguer l’ennui qui affleure. Affublé d’un acolyte tout ce qu’il y a de plus répugnant (atteint d’une maladie de peau et soupçonné de pédophilie), Tom s’embarque dans un périple de 4000 kilomètres pendant que le lecteur, lui, reste en rade…
Déception donc pour ce No Smoking qui n’est pas à mettre entre toutes les mains, surtout celles qui n’ont jamais tenu un roman de Will Self…
Romans de Will Self à lire :
- Dorian
- Les Grands Singes
- Ainsi vivent les morts
Crédit photo : Michael Grieve/Le Monde
No Smoking
de Will Self
Editions de l’Olivier
346 pages - 2009





Comments
6 Responses to “De la fumée sans feu ?”
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Je ne serais pas descendu si bas (c’est marrant : en cliquant sur “commentaires” s’affiche devant moi la tête de David Foenkinos… et tout de suite je trouve le sens de la mesure ^^), mais je suis globalement déçu, moi aussi. Critique bientôt sur Le Golb.
Bonne journée, Emma.
les grands singes sont à la bibli, ça a l’air décapant. Il vaut mieux lire celui là, alors?
>Thomas
La note est certes basse, tout juste la moyenne, mais j’ai eu tellement de mal à aller au bout de ce roman, que 2 étoiles et demi semblent justifiées. Le livre le plus faible de WS à ce jour…
>Keisha
Fonce sur Les Grands Singes, tu n’as jamais lu un livre comme celui-là, si si je t’assure
C’est dommage, l’idée de départ est bonne. Bon, je ne commencerai pas Will Self avec celui-ci.
je viens de découvrir Will Self avec Vice-Versa que j’ai adoré. Je ne continuerais donc peut-être pas avec celui-ci.
Je conseille toujours Les grands singes mais Dorian est sans doute mon livre préféré de Will Self. Parce qu’il raconte l’histoire de Dorian Gray aujourd’hui et puis surtout parce qu’avec ce livre il tente quelque chose de nouveau…