It don’t matter if you’re black or white

Posté le 7 janvier 2010 
Catégorie coups de coeur, littérature anglo-saxonne

EffacementMonk Ellison est écrivain. Et noir. Aucun rapport entre l’un et l’autre, me direz-vous. Pas si simple pourtant d’être un écrivain de couleur aux Etats-Unis, comme le raconte Percival Everett dans Effacement. Ce roman (sorti en 2001) décrit les pressions et les préjugés que subissent ces écrivains - ni plus ni moins que du racisme. Et nous entraine dans une suite d’aventures aussi tragiques que comiques, qui démontrent que les préjugés raciaux ont encore de beaux jours devant eux. Presque dix ans après sa sortie, Effacement n’a malheureusement pas pris une ride…

Lorsque le narrateur découvre ses livres dans le rayon afro-américain d’une librairie, son sang ne fait qu’un tour. Ses romans n’ont rien à voir avec la littérature Black. Ce sont des ouvrages érudits, que quasiment personne ne lit certes, mais qui ne parlent ni du ghetto, ni des noirs. Ils pourraient tout aussi bien avoir été écrits par un écrivain blanc. Rien à voir avec Juanita Mae Jenkins et son best-seller J’suis née dans un ghetto, dont le succès révulse Monk Ellison : « ce livre m’avait fichu un coup. C’était comme si flânant à mon aise dans une brocante, goûtant le soleil, j’étais soudain tombé sur un étal de statuettes de Blacks, banjo à la main et pastèques à la bouche, et sur une pyramide de boite à cookies Mammy ». Meilleur livre de l’année selon les critiques littéraires, mais pour Monk, ce n’est qu’un ramassis d’idées reçues sur les afro-américains. J’suis née dans un ghetto va néanmoins bouleverser sa vie à un point qu’il ne peut imaginer. Confronté à une situation familiale complexe, Monk décide subitement de se lancer dans un pastiche du roman de Juanita Mae Jenkins et de le soumettre à un éditeur. L’avance qu’on lui propose est faramineuse et les producteurs se battent à coup de millions de dollars pour acheter les droits du livre. Pour la première fois, le succès est au rendez-vous. Hélas, c’est avec un mauvais livre et sous un nom d’emprunt. Monk se trouve alors confronté à un dilemme : garder l’argent sans compromettre son intégrité littéraire…

Effacement est évidemment une formidable mise en abyme du statut d’écrivain, mais pas seulement. En insérant le roman dans le roman, (les 80 pages de sa parodie sont proposées dans leur intégralité), Everett emballe le lecteur. Le contraste entre les deux écritures est saisissant et le procédé s’avère particulièrement jubilatoire. Mais le livre offre d’autres niveaux de lecture : satire du monde littéraire et de la proéminence du marketing dans les décisions éditoriales ; réflexion sur l’art et la place des écrivains dans la société ; attaque en règle contre les médias, en particulier la télévision américaine, accusée d’être la première à véhiculer des clichés raciaux. Et ce n’est pas tout… Les chapitres sont entrecoupés de « plages de repos » pendant lesquels le narrateur nous fait part de ses deux passions, la menuiserie et la pêche à la mouche…
Superbe.

Deux lecteurs enthousiastes : Inganmmic et Thomas

Effacement
de Percival Everett
Actes Sud, 366 pages
★★★★½

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Comments

17 Responses to “It don’t matter if you’re black or white”

  1. Manu on 7 janvier 2010 11:49

    J’ai souvent eu envie de lire ce roman mais on en parle peu. Merci pour ce billet et bien sûr, je le note !!!

  2. Laids Livres on 7 janvier 2010 12:03

    Merci pour ce billet effectivement. Un livre écrit par un auteur prénommé Percival ne peut pas être foncièrement mauvais.

  3. keisha on 7 janvier 2010 12:16

    Oh mais ce livre est terriblement tentant!!! Je note! Thèmes, écriture, c’est fait pour me plaire.

  4. Emma on 7 janvier 2010 23:17

    Manu : c’est vrai, on ne parle pas assez de Percival Everett… La preuve, j’avais complétement oublié que ce livre était dans ma Pal, sinon je l’aurais lu plus tôt ;-)

    Laids Livres : tu as un faible pour les Percival, c’est ça ?!
    Au fait, très marrant ton blog ;-)

    Keisha : l’écriture de cet auteur est un vrai plaisir, fonce !

  5. Dahlia on 8 janvier 2010 0:23

    “Presque dix ans après sa sortie”

    Tu dis qu’il est sorti en 1991… C’est donc presque vingt ans après sa sortie plutôt non?

    Je pinaille pour la forme, ça donne vachement envie! Il est sorti dans la collection de poches d’Actes Sud?

  6. Augury on 8 janvier 2010 11:03

    Je l’ai lu il y a un petit moment et je m’en souviens encore très bien. Un coup de coeur pur moi aussi.

  7. Emma on 8 janvier 2010 11:43

    Dahlia : merci de pinailler et je corrige ça ;-) Et sinon, oui il est sorti chez Babel…

  8. Ingannmic on 8 janvier 2010 16:05

    Je ne peux effectivement que confirmer : voici un roman qui reste l’un des plus marquants que j’ai lus…

  9. Thomas on 10 janvier 2010 9:55

    Content qu’il t’ait plu ! C’est vrai qu’on en parle pas assez, d’ailleurs le plus gros de la biblio d’Everett n’est pas disponible en France.

    Par contre concernant le “débat avec Dahlia”… je ne sais pas ce que c’est que cette histoire mais ce roman (Erasure en VO) n’est pas sorti en 1991, mais en 2001 (et je peux te dire que quand on a lu les livres complètement barrés et incompréhensibles qu’Everett écrivain au début des 90’s, le doute n’est pas permis… enfin voici la preuve quand même car je suis sympa : http://www.fantasticfiction.co.uk/e/percival-everett/ :-)

  10. Emma on 10 janvier 2010 10:44

    Mais oui, 2001, tu as raison ! J’étais moi même étonnée que ce livre soit si vieux, et surtout de ne plus savoir compter jusqu’à dix.
    Quant à Dahlia, elle est évidemment complètement innocente…

  11. Magda on 10 janvier 2010 12:51

    Je prends note. Ce livre a l’air merveilleux, et cet auteur, forcément têtu et iconoclaste.

  12. BlueGrey on 25 janvier 2010 14:24

    Un livre magistral : c’est intelligent et jubilatoire ! Je l’ai adoré, et je l’offre à tour de bras !

  13. Emma on 25 janvier 2010 14:51

    Ah, on est bien d’accord :-)

  14. Jackie Brown on 2 février 2010 1:38

    Ce livre a l’air intéressant, je le note. Mais je ne le lirai pas en français. “j’étais soudain tombé sur un étal de statuettes de Blacks”. Utiliser le mot Blacks, c’est ridicule.

  15. Emma on 2 février 2010 19:01

    Oui, c’est ridicule et c’est justement ce que veut démontrer l’auteur, qu’il n’y a pas plus de littérature noire que de blanche et que les écrivains noirs ne doivent pas forcément écrire des trucs de noirs. Dans la VO, je ne sais pas ce quel mot a utilisé Everett, peut-être “negro”… tiens moi au courant !

  16. Jackie Brown on 2 février 2010 19:38

    OK, je te tiens au courant. Ca me fait penser à la FNAC où j’avais trouvé Maryse Condé dans Littérature africaine, et d’autres auteurs antillais dans la littérature francophone.

  17. Emma on 2 février 2010 19:55

    Et bien voilà, on est pile-poil dans le sujet du livre ;-)

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