Il était une fois… Akli Tadjer
On connaît enfin le nom du lauréat du prix de la révélation Au Féminin.com. Akli Tadjer, auteur de Il était une fois… peut-être pas publié chez JC Lattés, a reçu hier soir des mains de PPDA le prix de la Révélation. Un prix dont la vocation est de récompenser « la révélation littéraire de l’année, à savoir un ouvrage qui établit un auteur dans le monde littéraire. »
Bravo donc à Akli Tadjer et pour vous donner envie de lire son livre, je vous conseille de jeter un œil à cette discussion très intéressante entre l’auteur et le journaliste Miche Field.
Quatre finalistes
Lundi 8 juin, le prix de la Révélation, première édition du prix littéraire lancé par le site Au féminin, sera décerné. Le jury était composé d’écrivains, de libraires et de blogueurs, renforcés par des membres du staff d’Au féminin. Parmi les quinze livres en compétition, nous avons sélectionnés quatre finalistes. Lundi, il n’en restera plus qu’un. Mon favori ? Et bien, il ne figure pas dans la liste finale… J’avoue avoir été déçue de constater que mes goûts ne coïncidaient pas avec ceux du jury, d’autant plus que ce livre-là m’a vraiment marqué. J’ose en tout cas espérer que Rouja Lazarova et son Mausolée, dont nous reparlerons bientôt, feront un bout de chemin dans les librairies.
Parmi les quatre livres encore en compétition, j’en ai aimé certains, d’autres un peu moins…
Il était une fois… peut-être pas d’Akli Tadjer, Jean-Claude Lattès, 326 pages
Depuis que Myriam est partie faire ses études dans le sud de la France, la vie de Mohammed est morne. Pour fuir la solitude, Mohammed se raconte des histoires à voix haute, nostalgique de l’époque où sa fille était encore enfant. Le lecteur comprend vite que c’est dans ces contes que réside la véritable histoire qu’Akli Tadjer veut nous dévoiler. Des contes qui, on le découvre progressivement, dissimulent une histoire familiale complexe, dans laquelle sont intimement mêlées celles de France et d’Algérie. L’auteur choisit le ton de la comédie légère pour aborder les questions d’identité, et ce faisant, réussit à nous émouvoir. Les ultimes rebondissements confèrent à Il était une fois… peut-être pas une profondeur insoupçonnée.
Lire l’avis de Calepin séduit par le charme de ce roman.
Surdouée de Nikita Lalwani, Flammarion, 515 pages
Immigrés d’origine indienne, les parents de Rumi sont tiraillés entre le désir de s’intégrer dans la société britannique et les traditions de leur pays natal. Lorsqu’ils apprennent qu’elle possède un don particulier, il n’ont plus qu’une obsession : la réussite sociale de leur fille. Après l’école et le week-end, pendant que ses petits camarades jouent, Rumi étudie les mathématiques. Progressivement, l’adolescente perd le goût d’étudier et se réfugie dans ses rêves. Mais en sourdine, la révolte gronde. Elle explose au grand jour lorsque Rumi, âgée de quatorze ans, fait son entrée à l’université d’Oxford. Avec beaucoup de justesse, Nikita Lalwani décrit le quotidien de cette adolescente isolée du monde. Et le drame qu’elle dénoue sous nos yeux est aussi touchant que tragique.
Lire l’avis de Clarabel, qui conseille la lecture de ce livre.
Enterrez-moi sous le carrelage de Pavel Sanaïev, Les Allusifs, 266 pages
Le roman de Pavel Sanaïev ne fait pas partie des livres que j’ai sélectionnés et, quelques semaines après l’avoir lu, je le regrette presque, même s’il n’a pas eu besoin de ma voix pour figurer dans la sélection finale. Il faut dire que Enterrez-moi sous le carrelage est un petit bijou d’humour noir, un livre à la fois extrêmement violent et burlesque.
Nina est une grand-mère despotique qui élève son petit-fils Sacha à la place de sa mère partie vivre avec un artiste. Les engueulades et les violences verbales sont le lot quotidien de ce petit garçon frêle, atteint selon Nina d’un nombre considérable de maladies. A cause de sa mauvaise santé, elle interdit à Sacha toutes les choses que l’on fait quand on a dix ans - à savoir monter aux arbres, manger des glaces ou jouer dans la cour de récréation. Pourtant, malgré les apparences, Nina n’est pas la mère Thénardier. On devine derrière les insultes qu’elle profère à longueur de journée, l’amour qu’elle éprouve pour son petit-fils et qu’elle est incapable d’exprimer autrement. A certains moments, pourtant, sa méchanceté est mise à nue et Sacha se détache de sa grand-mère, la haine prenant alors le pas sur l’amour.
Lire l’avis de Anne-Sophie qui a beaucoup aimé ce roman.
Les mains nues de Simonetta Greggio, Stock, 169 pages
Vétérinaire à la campagne, Emma est une femme solitaire et repliée sur elle-même. Lorsque Giovanni, le fils de Raphael (l’homme qu’elle a autrefois aimé) fait une fugue et se réfugie chez elle, son passé resurgit. L’intimité entre le jeune garçon et cette femme seule va aller en grandissant, pour le meilleur et pour le pire. Pas la peine de tourner autour du pot : je n’ai pas aimé ce roman. L’auteur n’a pas réussi à rendre crédible cette histoire d’amour entre une femme de quarante-trois ans et un garçon de quatorze ans. Un amour qui manque tellement de souffle et de passion, de sorte que le lecteur peine à saisir ce qui les unit. Par ailleurs, si l’attirance d’Emma pour Gio est aisément compréhensible, le contraire est beaucoup moins évident, le personnage d’Emma étant vraiment très terne. Je n’ai pas été non plus sensible au style de l’auteur et aux nombreux clichés sur le destin, l’amour ou l’amitié qui émaillent le récit.
Lire l’avis de Fashion, qui comme moi n’a pas été touchée par ce second roman de S. Greggio.
Lire le film ou voir le livre…
Crime, le nouveau roman d’Irvine Welsh est sorti cet été au Royaume-Uni, accompagné d’un… book trailer. Une bande-annonce pour promouvoir un livre, je n’en avais jamais entendue parler. L’idée de résumer un roman de 400 pages en trente secondes est en soi plutôt surprenante. Les éditeurs ayant besoin de trouver de nouveaux lecteurs, pourquoi ne pas le faire grâce à une vidéo sur You Tube ? Pourquoi pas, en effet ? Peut-être simplement parce que le visionnage de celle de Crime ne donne pas franchement envie de se ruer chez son libraire. D’une banalité affligeante, les images dénotent un manque total de créativité. Pourtant ce n’est pas tant la qualité de la vidéo qui pose problème mais le principe même de ces trailers. En effet, en imprimant dans nos têtes une ambiance, des couleurs, une atmosphère, des visages, ces book trailers dénient au lecteur sa qualité même de… lecteur, en lui proposant des images toutes faites. Et sapent son droit à l’imagination, qui est sa liberté première.
Un comble lorsqu’on veut recruter de nouveaux lecteurs.
Après quelques recherches, j’ai trouvé des bandes-annonces chez les éditeurs français, notamment celle de J’aurais préféré vivre de Thierry Cohen paru chez Plon : le trailer.
Les Arts Déco dépoussièrent les Nobel
Les éditeurs français sont plutôt frileux en matière de graphisme. Si on ne peut qu’apprécier la belle sobriété des couvertures de l’éditeur Sabine Wespieser ou le classicisme de Gallimard, force est de constater que les frenchies, à l’inverse de nos voisins anglais et italiens, ne se cassent pas trop la tête : aucune création graphique, une photo en noir et blanc ou un visuel sorti tout droit des banques d’images et le tour est joué. Il existe quelques exceptions notables, comme par exemple les éditions Au Diable Vauvert. Depuis leur création en 2000, le Diable travaille main dans la main avec le graphiste Olivier Fontvieille, qui s’occupe de toutes les couvertures. Avec des résultats un peu inégaux, mais dont on ne peut nier qu’ils sont le fruit d’une recherche et d’un vrai travail sur le fond.
Face à ce manque de créativité, il faut saluer l’initiative des éditions Points, qui ont choisi de confier à des étudiants des Arts déco le ‘relooking’ de huit couvertures d’ouvrages de prix Nobel (dont Soljenitsyne, Günter Grass, Gabriel García Márquez ou Gao Xingjian). Le résultat est une réussite et le parti-pris du noir et blanc une excellente idée. Une bouffée d’air frais dans les rayonnages des libraires, qui espérons-le donnera des idées à d’autres éditeurs !
Les couvertures du Clocher de Kaliazine et de Cent ans de solitude ont été réalisées par Anaïs Albar, étudiante en troisième année. Elle a découpé ses formes dans du papier noir et nettoyé son image dans photoshop. Résultat, un univers foisonnant et poétique.
Deux réalisations pour Sandra Ghosn, également en troisième année : celle de La pianiste, créée avec des morceaux de papiers plissés, et De l’aube au crépuscule, une couverture faite à partir d’un pochoir - ou l’accord parfait entre le titre et le visuel.
Les livres disponibles : les Nobel des éditions Points
Les livres meurent aussi
C’est la saison du pilonnage ! Pour faire place aux 676 livres annoncés pour cette rentrée littéraire, les libraires n’ont pas d’autre choix que de renvoyer livres abîmés et livres en sur-stock aux éditeurs. Pour ces livres c’est la mort : direction le pilon, de grands entrepôts où les livres sont détruits à la pelleteuse. Mais il existe un autre cas de pilon, beaucoup plus triste. Lorsque les possibilités de vente sont nulles, l’éditeur peut se séparer de tout le stock d’un livre. Un faire-part est bien sûr adressé à l’auteur qui ne peut en principe s’y opposer - même s’il a la possibilité de négocier le rachat du stock. Ce fut le cas de Résidence, de l’écrivain Jean-Pierre Théolier, sauvé du pilon par son frère, qui a racheté tous les exemplaires à l’éditeur Calmann-Lévy (à lire sur Rue 89). Des associations s’occupent, elles, de récupérer quelques livres pour les envoyer dans des pays francophones en manque crucial de livres. Mais hormis ces exemples, point de salut pour les livres sans lecteurs, l’espérance de vie d’un livre étant de plus en plus courte et les livres de plus en plus nombreux…
A lire : Le grand cimetière des livres, l’article de karine Papillaud sur lepoint.fr
A découvrir : le site de l’association Trait d’union France -Madagascar
Photo : William Daniels
Jeune plume cherche éditeur
Pas facile pour un jeune écrivain de publier son premier roman. Il suffit de faire un tour sur le blog de Lise Marie Jaillant pour s’en rendre compte. Le nom de son blog ? Survivre dans le milieu hostile de l’édition. Un titre qui en dit long. A l’évidence, trouver un éditeur s’apparente davantage à un parcours du combattant qu’à une balade à Saint-Germain-des-Prés. Et si un carnet d’adresses bien rempli s’avère forcément utile, la meilleure arme de l’écrivain en quête d’éditeur reste… la patience. Car une fois l’éditeur ferré, la publication n’est pas encore acquise. « Certains auteurs sont juste repérés. Des éditeurs fournissent des pistes de re-travail, d’autres attendent un moment opportun pour décider de publier », explique Baptiste Liger, rédac chef en charge des livres à Technikart.
Dans la veine des concours de nouvelles organisées par les maisons d’édition, Technikart lance en 2006 un concours de manuscrit. Pour favoriser l’émergence de nouveaux talents, bien sûr. Mais, surtout, pour « donner un petit coup de pouce à des personnes ayant écrit un manuscrit et cherchant désespérément un éditeur », précise Liger. Un « casting » qui a permis à la majorité des lauréats de nouer de sérieux contacts dans le milieu littéraire. Ainsi, La cinquième saison du monde de Tristan Ranx (le gagnant 2008) est actuellement en cours de lecture dans plusieurs maisons d’édition, notamment le Seuil. En 2007, trois lauréats ont publié leur premier roman : Delphine Bertholon (La cabine commune), Jacques Perry-Salkow (Le Pékinois) et Karine Granier-Deferre (Le cadeau). Quant à La ville sans regard de Mathias Bernardi, elle vient tout juste de sortir des presses, avec à la clé d’excellentes critiques - notamment dans le magazine Lire du mois de juillet.
Quid de Patrick Bénard, le gagnant de la première édition, dont j’ai déjà parlé ici même ? Les Chroniques frénétiques de l’Auxerrois ont, semble-il, essuyé les plâtres du lancement de l’opération : si son manuscrit a été distribué gratuitement avec le magazine à l’été 2007, une réédition, en partenariat avec un véritable éditeur, a toujours été en ligne de mire. Las, la réédition ne s’est pas faite, laissant Patrick dans une situation assez inconfortable. Les Chroniques frénétiques sont désormais un collector, « à peine vu et si vite oublié » selon l’auteur, un peu échaudé par toute l’histoire. Au début de l’année, Bénard a pu enfin récupérer le droit d’exploiter son manuscrit.
Il est à nouveau à la recherche… d’un éditeur.
Les lauréats 2008 :
« Au moment de nous quitter » de Jean-Luc Charlot
« L’archipel sacré » de Carine Jiya
« Trigo » de Nicolas Marang
« Tacto - le père-clown » de Liliana Nicolae
« Septembre » de Michel Pavloff
« La cinquième saison du monde » de Tristan Ranx
Photo : Flicker
Mitterrand, le come-back permanent
Au printemps 2007, un président revenu d’entre les morts provoquait l’émoi dans la blogosphère, distillant ses réflexions acerbes et perfides sur la campagne électorale. Sobrement intitulé François Mitterrand 2007 (et sous-titré je crois aux forces de l’esprit, je ne vous quitte pas) le blog allait déchaîner les passions. Riches en anecdotes croustillantes sur le monde politique, les billets étaient à la hauteur de la réputation de l’ancien président. Au fil des semaines, les interrogations autour de l’identité du président fantôme ont pris le pas sur la mystification. Poussant ‘tonton’ à regagner l’au-delà pour la deuxième fois. L’affaire pris encore une autre tournure quand un autre blogueur tenta alors de se faire passer pour l’ancien président. Hélas, la plume de ce Mitterrand de pacotille n’était pas capable des mêmes envolées…
Un an plus tard le livre Mitterrand 2008 sort aux éditions Ramsay. A la lecture des extraits disponibles sur le site d’infos Backchich, on se dit que le président n’a rien perdu de sa verve - et qu’il est toujours aussi bien informé. Vous me direz, pour un ancien président, c’est la moindre des choses !
Hasard ou coïncidence, Guy Birenbaum, aux éditions Ramsay depuis la rentrée, est un des blogueurs qui a permis à FM 2007 de devenir un des blogs les plus lus et les plus commentés… Le collectif (auteur de Mitterrand 2008) et FM 2007 ne font-ils qu’un ? Pas si sûr…
Ce qui semble certain, en revanche, c’est que ce joli coup d’édition ne dévoilera pas le nom de celui qui a tenu la blogosphère en haleine durant plusieurs mois.
Esprit, es-tu là ?
Mitterrand 2008
de Collectif
Editions Ramsay
241 pages, 16 euros.
Liens :
-Les billets du blog FM 2007 sont désormais accessibles ici et là.
-Un blog (dissident ?) Mitterrand 2008 créé en décembre 2007. La dernière note en date du 29 avril s’intitule… Esprit Mercantile.








