Adaptations littéraires : les sorties ciné en mars

the ghost writerThe Ghost Writer
Cinq ans après Oliver Twist, et surtout sept ans après le magnifique et déchirant Pianiste, Polanski revient avec un nouveau film. The Ghost Writer est adapté de L’Homme de l’ombre, un thriller du romancier anglais Robert Harris. Un film qu’on ira voir, pas tant pour l’adaptation du livre qu’histoire de se mettre un Polanski sous la dent, ses productions se faisant plutôt rares (18 films en 50 ans de carrière). On retrouve Ewan McGregor dans le rôle d’un nègre embauché pour rédiger les mémoires du premier ministre britannique (interprété par Pierce Brosnan).
The Ghost Writer - sortie le 3 mars
Réalisé par Roman Polanski avec Ewan McGregor, Pierce Brosnan, Kim Cattrall.

preciousPrecious
Ce film est l’adaptation de Push, un roman de l’auteure américaine Sapphire, sorti en France en 1998. Le livre en avait séduit plus d’un, en sera-t-il de même du film réalisé par Lee Daniels ? Precious, c’est Claireece « Precious » Jones, une adolescente à qui la vie n’a pas fait de cadeau. A 16 ans, elle a déjà un enfant né des relations incestueuses avec son père, et un second en route. Elle est également obèse, abusée par sa mère, ainsi qu’analphabète… Un sujet extrêmement lourd qui sent, a priori, le mélo à plein nez. Six nominations aux oscars, notamment ceux de meilleur film et de meilleur réalisateur.
Precious - sortie le 3 mars
Réalisé par Lee Daniels avec Gabourey Sidibe, Mo’Nique, Paula Patton, Mariah Carey, Lenny Kravitz.

fleur du désertFleur du désert
Adapté du roman autobiographique de Waris Dirie, Fleur du désert retrace le parcours d’une petite fille somalienne excisée à l’âge de trois ans, selon la tradition de la tribu nomade où elle est née. Obligée de fuir son pays pour échapper à un mariage avec un homme de 50 ans son aîné, Waris se retrouve à Londres où elle deviendra mannequin puis, plus tard, ambassadrice de l’ONU sur les questions de mutilations sexuelles.
Fleur du désert - sortie le 10 mars
Réalisé par Sherry Hormann 
Avec Liya Kebede, Sally Hawkins, Timothy Spall.

les chèvres du PentagoneLes chèvres du Pentagone
Un titre loufoque, pour une comédie qui ne l’est pas moins. Grant Heslov s’est inspiré du livre du journaliste Jon Ronson pour dresser une réjouissante satire de l’armée américaine. Parmi les techniques utilisées pour neutraliser l’ennemi, les généraux US ont eu l’idée d’utiliser… les forces de l’esprit ! Une armée d’un genre nouveau capable, par exemple, de tuer une chèvre d’un simple regard. Superbe casting avec Georges Clooney et, encore, Ewan McGregor - décidemment sur tous les fronts.
Les chèvres du Pentagone - sortie le 10 mars
Réalisé par Grant Heslov avec George Clooney, Ewan McGregor, Jeff Bridges, Kevin Spacey.

Alice au pays des merveillesAlice au Pays des Merveilles
Depuis Charlie et la chocolaterie, les films de Tim Burton sont devenus extrêmement populaires. Pourtant, au risque de choquer, j’avoue être parfois nostalgique de la poésie et de la grâce qui émanaient d’un film comme Edward Scissorhands. Autant d’éléments qui semblent aujourd’hui quelque peu noyés sous l’avalanche des effets spéciaux dont use et abuse Tim Burton. Il n’empêche, on n’imaginait personne d’autre pour adapter le roman de Lewis Caroll… Un film attendu avec impatience !
Alice au pays des merveilles - sortie le 24 mars
Réalisé par Tim Burton avec Mia Wasikowska, Johnny Depp, Helena Bonham Carter.

ImmortelL’Immortel
Tiens, ça faisait au moins un mois qu’on n’avait pas vu Kad Merad à l’affiche d’un film ! Ici, tous les ingrédients sont réunis pour un matraquage médiatique en bonne et due forme : une production de Luc Besson, Richard Berry à la réalisation et deux acteurs «bankable » (Jean Reno et l’incontournable Kad Merad). L’Immortel, qui raconte l’histoire du truand Jacky le Mat (alias Charly Matteï dans le roman) est l’adaptation d’un polar de Franz-Olivier Giesbert. Le journaliste, on le sait, aime beaucoup Marseille et ses histoires de mafia. Las, n’est pas Andrea Camilleri (ou même Jean-Claude Izzo) qui veut ! On passe son tour…
L’Immortel - sortie le 24 mars
Réalisé par Richard Berry avec Jean Reno, Kad Merad, Marina Foïs.

Adaptations de roman au cinéma : les sorties du mois de février

 Poster Sherlock HolmesSherlock Holmes
On se souvient des excellents Arnaques, crimes et botanique et Snatch, sortis respectivement en 1998 et 2000. Depuis, Guy Ritchie n’a fait que des mauvais films - aucun rapport de cause à effet avec son mariage avec Madonna, …quoique. Laissons donc une chance à son Sherlock Holmes, adapté non pas de Conan Doyle mais d’un comic book de Lionel Wigram. Dans le rôle d’un Holmes particulièrement dépravé, on retrouve Robert Downey Jr, et dans celui du fidèle compagnon Watson, Jude Law.
Réalisé par Guy Ritchie avec Robert Downey Jr et Jude Law - Sortie le 3 février 2010.

poster disgraceDisgrace
Adapté du roman éponyme de l’écrivain sud-africain JM Coetzee (prix Nobel de littérature 2003), le film raconte la disgrâce d’un professeur de poésie à l’université du Cap, obligé de démissionner après avoir couché avec l’une de ses élèves. David Lurie, interprété par John Malkovitch, part retrouver sa fille dans une région où les Blancs sont désormais minoritaires. Des paysages somptueux et une plongée dans la société sud-africaine post-apartheid.
Réalisé par Steve Jacobs avec John Malkovich, Eriq Ebouaney, Jessica Haines… - Sortie le 3 février 2010.

poster shutter islandShutter Island
Le film le plus attendu de ce début d’année. Qui mieux que ce vieux loup de Scorcese pour donner vie au polar glauque et humide de Dennis Lehane ? Personne, évidemment.
L’histoire, en deux mots : par une froide matinée de 1954, deux agents fédéraux débarquent sur Shutter Island, une île qui a été transformée en hôpital psychiatrique, afin d’enquêter sur la mystérieuse disparition de l’une des patientes. Je ne rate jamais un Scorcese, celui-ci ne fera pas exception à la règle. Et pour une fois, j’ai lu le livre avant…
Réalisé par Martin Scorcese avec Leonardo DiCaprio, Mark Ruffalo, Ben Kingsley, Michelle Williams - Sortie le 24 février 2010.

poster une éducationUne éducation
C’est Nick Hornby qui a écrit le scénario du film, adapté des mémoires de Lynn Barber, une grande figure du journalisme anglais. Début des années 60, Jenny, seize ans, s’apprête à faire son entrée à Oxford, mais sa rencontre avec un homme deux fois plus âgé qu’elle va remettre en cause sa perception de la vie et son avenir tout tracé…
Un film qui figure dans le top 10 des meilleures productions de 2009 pour Quentin Tarantino…
Réalisé par Lone Scherfig avec Carey Mulligan, Peter Sarsgaard, Olivia Williams… - Sortie le 24 février 2010.

Et aussi Une exécution ordinaire dont la sortie est prévue le 3 février. Ce n’est pas la première fois qu’un livre de Marc Dugain est adapté au cinéma - on se souvient de la Chambre des Officiers, adapté en 1991 par François Dupeyron. Mais, cette fois-ci, l’écrivain passe derrière la caméra et s’attaque à la réalisation de son roman sorti en 2008.

Gainsbourg (vie héroïque)

affiche film GainsbourgPresque vingt ans que Gainsbarre a grillé sa dernière gitane, et, au fil des ans, on avait presque oublié l’artiste tant ses frasques télévisuelles ont pris le dessus (le billet de 500 francs brûlé en direct, les cochonneries susurrées à l’oreille de Whitney Houston…). Des images que n’importe quel réalisateur n’aurait pas hésité à utiliser, quitte à sombrer dans la caricature. Tous sauf Joann Sfar, qui avec Gainsbourg (vie héroïque) évite un grand nombre d’écueils propres au biopic musical - genre casse-gueule sur lequel plus d’un réalisateur a mordu la poussière. Pour sa première réalisation, ce scénariste, auteur de bande-dessinée, signe un film sensible, poétique et inventif. La vie de Gainsbourg qu’il nous conte est celle qu’il a rêvée, lui, l’admirateur du chanteur depuis toujours. Un savant mélange entre faits avérés et imaginés qui nous font découvrir le parcours de Lucien Ginsburg, fils d’immigrés russes, de son enfance jusqu’aux années 80.

On ne va pas tourner autour du pot : la partie la plus intéressante du film est celle qui s’attarde sur le Gainsbourg qu’on connaît le moins, à savoir son enfance pendant la guerre et ses débuts. Gainsbourg musicien, ce n’était pas une évidence. Il avait d’abord l’ambition d’être peintre, on le sait. Mais surtout, coincé et timide, l’auteur de Je t’aime moi non plus a mis du temps à s’affranchir de l’académisme musical qui le paralysait. De jolies trouvailles de réalisations, comme un double du chanteur (la fameuse marionnette) ou de petites scènes d’animations, viennent tracer avec subtilité les contours d’un artiste à part. Outre ces bonnes idées, le film tient d’abord grâce à l’interprétation magistrale d’Eric Elmosnino qui incarne Gainsbourg sans chercher à l’imiter. Une performance étonnante qui nous fait oublier l’original, notamment grâce à un détachement et une nonchalance toutes gainsbouriennes. Les rôles secondaires sont tout aussi excellents, au premier rang desquels Lucy Gordon (Jane Birkin) et Anna Mouglalis (Juliette Greco). Sans oublier un Philippe Katerine à mourir de rire dans le rôle de Boris Vian. Reste le cas Casta… S’il n’y a plastiquement rien à redire - son apparition en cuissarde et fourrure restera sûrement comme l’une des scènes les plus marquantes -, son interprétation de Bardot est extrêmement scolaire et caricaturale. Et que dire de cette scène de danse surjouée, qui tombe comme un cheveu sur la soupe…

A partir de la rencontre avec Birkin, le film rame un peu. Peut-être parce que la période est plus familière, ou parce le film est construit comme un crescendo, jusqu’à l’épisode Bardot. Le constat est paradoxal, car la période qui s’ouvre alors est musicalement la plus riche dans la vie de Gainsbourg. Birkin aura été une muse et une inspiratrice à laquelle le film rend finalement moyennement hommage. Et quid de la musique, justement, souvent le parent pauvre du biopic musical ? Dire que celui-ci n’échappe pas à la règle serait une belle exagération. C’est un compromis, et comme tout compromis, il n’est qu’à moitié satisfaisant, même si les interprétations des comédiens tiennent la route. Qu’à cela ne tienne, on réécoutera les versions originales après avoir vu le film de Sfar.
Alors, à voir absolument, ce film dont on parle tellement? Affirmatif.


Gainsbourg (Vie héroïque) 2010

réalisé par Joann Sfar
avec Eric Elmosnino, Lucy Gordon, Laetitia Casta…
★★★★☆

La Route, au cinéma

La Route, au cinéma donc. Pour le meilleur, mais surtout pour le pire. Car s’il existe un livre qui semble impossible à adapter sur le grand écran, c’est bien le roman de Cormac McCarthy, à l’inverse de ses précédents écrits (No Country for Old Men, par exemple) : seulement deux personnages, peu de dialogues et une route pour unique décor. Une trame simple qui ne peut être servie que par des images sobres et beaucoup de retenue. Au vu de la bande-annonce, tous nos doutes sont confirmés. En écho à la sobriété de l’écriture de McCarthy, les studios hollywoodiens ont répondu avec un énième film catastrophe sur l’apocalypse nucléaire - avec de bons acteurs, certes (Viggo Mortensen, Guy Pearce, Robert Duvall). Mais pour ceux qui ont lu le livre, il faudra faire des efforts. Pour preuve, Charlize Theron, dans le rôle de la mère - alors que cette dernière n’est pas vraiment présente dans le roman.

On aurait rêvé d’un réalisateur plus aguerri que ce John Hillcoat inconnu au bataillon, (au hasard, Gus Van Sant), pour mettre en images l’un des meilleurs livres de ces dernières années. Et surtout plus de finesse et de subtilité.

Sortie prévue aux Etats-Unis le 16 octobre 2009. Pas de date fixée pour la France pour le moment.

Valse avec Bachir

DVD valse avec BachirSéance de rattrapage pour le film d’Ari Folman que j’avais raté lors de sa sortie en salle, et énorme coup de cœur, bien évidemment. D’abord pour le remarquable travail sur la mémoire effectué par le réalisateur. Comme nombre de ses congénères à l’époque, Folman a été envoyé au Liban pendant son service militaire, mais vingt ans plus tard, il n’a aucun souvenir de la guerre. Valse avec Bachir raconte son retour progressif à la mémoire.
Réaliser un film d’animation documentaire sur la guerre du Liban, voilà un pari pour le moins audacieux. Le parti-pris de l’animation a pourtant été décidé très en amont du projet par Folman lui-même, ce dernier souhaitant s’affranchir des contraintes liées à la réalisation d’un film traditionnel. Et éviter toutes surenchères sur un sujet encore délicat en Israël, puisqu’il est désormais prouvé que les Israéliens ont fermé les yeux sur les massacres. Si Valse avec Bachir a autant marqué les esprits, c’est que le travail du directeur artistique David Polonsky est tout simplement magnifique. A commencer par son coup de crayon d’une grande finesse. Les dessins sont superbes et la simplicité du trait est accentuée par un judicieux choix de couleurs. Des tons jaunes/orangées qui, pour Polonsky, symbolisent « la guerre, la peur, un mélange de réel et de chimère ».

A la fin du film, Ari Folman délaisse soudainement les images animées pour celles bien réelles du camp de Sabra et Chatila, juste après les massacres perpétrés par les extrémistes libanais. Des images d’autant plus marquantes que le reste du film est animé…

Valse avec Bachir
de Ari Folman et David Polonsky
DVD
Editions Montparnasse
19 euros

Quelques images du film :

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Du livre au film : The Informers de Bret Easton Ellis

the informersC’est la quatrième fois qu’un roman de Bret Easton Ellis est adapté au cinéma. Après American Psycho, The Rules of Attractions et Less than Zero, c’est au tour de The Informers (en français Zombies), un recueil de nouvelles publié en 1995 de sortir sur grand écran. Le casting est plutôt impressionnant puisque l’on retrouve au générique Billy Bob Thornton, Kim Basinger, Mickey Rourke et Winona Ryder. Cela sera-t-il suffisant ? Rien n’est moins sûr.

Adapter BEE au cinéma reste un exercice pour le moins casse-gueule. Certes, en 2002 Roger Avary nous avait offert une version plus que potable de The Rules of Attractions. Mais ce fut loin d’être le cas d’American Psycho, dont on se souvient aujourd’hui uniquement grâce à l’excellente prestation de Christian Bale. Pour le reste, il valait mieux comme d’habitude ne pas avoir lu le livre pour apprécier le film.

La sortie de The Informers initialement prévue le 17 septembre semble avoir été repoussée à une date ultérieure. En attendant, on patiente avec la bande annonce…

A noter que Roger Avary est en train de préparer l’adaptation de Glamorama. Et une rumeur court : BEE travaillerait sur Imperial Bedrooms, la suite de Less than Zero.

Bardot+Godard = Le Mépris

Au début des années 60, Jean Luc Godard est le réalisateur le plus en vu de la Nouvelle Vague. Un cinéaste qui peut se permettre toutes les audaces. Et c’est ce qu’il fait en adaptant le roman éponyme d’Alberto Moravia. Pour jouer aux côtés de Piccoli, le réalisateur choisit Bardot, l’actrice emblématique de ce nouveau cinéma, et installe tout ce petit monde à Capri, dans le cadre idyllique de la Villa Malaparte.

Le Mépris explore à la loupe, avec le miroir grossissant de la caméra, l’intimité de Paul et Camille, et saisit le moment exact où l’amour commence à se transformer en mépris. Paul (Michel Piccoli) est un scénariste appelé en renfort par un producteur américain pour réécrire le scénario de L’odyssée (le film dans le film, réalisé par Fritz Lang qui joue son propre rôle). Un événement à priori insignifiant va modifier l’attitude de Camille (Brigitte Bardot) à l’égard de son mari et entraîner le couple sur le chemin de la rupture. Si Le Mépris a autant marqué les esprits c’est que BB n’a jamais été aussi belle que dans ce film. Sublimée par la caméra de Godard, elle livre une interprétation très juste du personnage de Camille, à l’instar des autres acteurs eux aussi excellents. La couleur joue un rôle primordial dans Le Mépris. Godard distille çà et là des touches de couleurs vives qui s’avèrent être des éléments essentiels : le canapé rouge de l’appartement romain, le bandeau noir dans les cheveux, le peignoir jaune… Accrochée à flancs de rochers, la Villa rose de l’écrivain Malaparte est, elle, comme une incongruité magnifique, la cerise sur le gâteau au milieu de la splendeur méditerranéenne.

La rencontre de Bardot et Godard sous le soleil plombant de Capri, c’est l’équation cinématographique parfaite, la Nouvelle Vague à son apogée. D’ailleurs, les images du Mépris font aujourd’hui partie de l’imaginaire collectif. Particulièrement la scène d’ouverture dans laquelle on entend la fameuse tirade « et mes fesses, tu les aimes, mes fesses ? » (une scène rajoutée à la demande de la production américaine). Finalement, c’est ça, un film culte : un film dont on a les images plein la tête avant même de l’avoir vu.

Silence donc, et place aux images.

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Le Mépris
de Jean Luc Godard
avec Brigitte Bardot, Michel Piccoli, Jack Palence, Fritz Lang
DVD, 10, 99 euros

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