Extension du domaine de l’oeuvre

La sortie de La Possibilité d’une Ile, le film réalisé par Michel Houellebecq, est prévue pour le mois d’octobre mais le buzz a d’ores et déjà commencé. Comme le rapporte Buzz Littéraire, Frédéric Beigbeder a vu et aimé le film de Houellebecq. C’est même l’objet de sa chronique mensuelle dans le magazine Lire. Librement adapté du livre, le film serait donc un objet cinématographique à part entière. Et tant mieux, parce que j’étais un peu perplexe sur le principe d’une adaptation trop littérale du livre. Bruno Magimel qui interprète le rôle de Daniel, le personnage principal, admet avoir eu l’impression d’avancer vers l’inconnu pendant le tournage. Le scénario a énormément fluctué, lui donnant parfois le sentiment d’un film très abstrait. A ce titre, il comptait sur les effets spéciaux et la musique rajoutés en post-prod pour donner du rythme. Hier, le carnet de route du film s’est enrichi d’une vidéo de Houellebecq énumérant ses motifs de satisfaction. Peu loquace comme à son habitude, l’écrivain y parle brièvement de ce dont il est satisfait : les décors auxquels des artistes contemporains auraient participé et ses bonnes relations avec les acteurs.

Tous ces éléments laissent pressentir un film très personnel de Michel Houellebecq, que j’avoue attendre avec impatience.
Je vous laisse avec une jolie vidéo de l’écrivain sur le tournage de son film.
Bon week end !

Film : Control (2007)

graffitiIan Curtis fait partie de ces destins brisés du rock. Un de ces musiciens dont on se dit que s’il était resté en vie l’histoire du rock aurait pris une autre tournure. Control retrace donc la courte vie du chanteur de Joy Division, suicidé à l’âge de 23 ans, quelques heures à peine avant le départ du groupe pour sa première tournée américaine. Le film d’Anton Corbijn est différent des habituels biopics mettant en scène des rocks stars décédées. Adapté de Touching from a Distance, biographie signée Deborah Curtis (la femme de Ian Curtis), il met l’accent sur la vie personnelle du chanteur plus que sur celle du groupe. C’est que sa vie, depuis son mariage à l’âge de 19 ans, a complètement changé. En l’espace de quelques mois, l’adolescent introverti est devenu le chanteur hyper charismatique de Joy Division, dont les prestations scéniques et le premier album Unknown Pleasures sont déjà en passe de devenir cultes.

Ian Curtis a du mal à gérer la gloire naissante du groupe. Il suit un traitement médical contre l’épilepsie. Surtout, il est hanté par la culpabilité : il a quitté sa femme et sa petite fille âgée de un an, pour Annik Honoré, une jolie belge dont il est tombé amoureux. Tiraillé entre la fidélité qu’il doit à Debbie et son amour pour Annik, Ian Curtis a tout simplement perdu le contrôle de sa vie -  jusqu’à cette nuit funeste où, après avoir ingurgité une bouteille de whisky, il se pend dans la cuisine de son ex-femme.

Filmé en noir et blanc, Control restitue avec réalisme l’ambiance du nord de l’Angleterre des années 70. La manière dont le médecin annonce à Curtis les symptômes de sa maladie et les effets secondaires que les médicaments peuvent entraîner est révélatrice d’une époque où tout est difficile (l’Angleterre est en plein marasme économique). Du point de vue de la photo, on sent que le réalisateur, dont c’est le premier film, a particulièrement soigné le cadre et l’image. Chaque plan est hyper léché, quasiment une photo en soi. Quant aux scènes de concert, très réussies, elles doivent beaucoup à la prestation de Sam Riley, l’acteur qui interprète le rôle du leader de Joy Division.

Au total, le film retrace sans complaisance la vie de Curtis et les doutes qui l’habitent. Il lui manque néanmoins quelque chose pour que le spectateur se sente réellement impliqué dans l’histoire.

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A voir : si cette période vous intéresse, je vous conseille l’excellent 24 Hour Party People, réalisé par Michael Winterbottom, qui raconte les débuts de Factory Records et de la scène de Manchester, de l’époque punk jusqu’à la faillite du label.

A lire, un article de Natalie Curtis, la fille de Ian Curtis.

Control
DVD
réalisé par Anton Corbijn
20 euros

control dvd

Bob Dylan : Don’t Look Back

dylan et pennebakerBiographie, mémoires, film, documentaire, prix Pulitzer (le 7 avril dernier)… Bob Dylan est définitivement à la mode. En attendant de vous parler de ses mémoires (Chroniques- volume I) qui, parait-il, valent vraiment le coup, j’ai vu ce week-end Don’t Look Back. Ce documentaire de D.A. Pennebaker reste à ce jour un des meilleurs films jamais réalisé sur Dylan.

1965, le jeune musicien débarque à Londres pour une tournée de trois semaines en Angleterre. Depuis sa dernière venue, deux ans plus tôt, le buzz autour de Dylan a enflammé le royaume. Le film alterne extraits de concerts et scènes dans les chambres d’hôtel, les taxis, les trains ou au côté de groupies - sans oublier le fameux clip de Subterranean Homesick Blues. Sur scène, Dylan est seul avec sa guitare et son harmonica. L’émotion est palpable. Et le public ne s’y trompe pas : l’écoute est quasi religieuse. Face aux journalistes, Dylan essaye, tant bien que mal, de se débarrasser de l’étiquette de chanteur folk engagé que les médias lui ont collée. Parce que Dylan n’est pas un folkeux mais bien un rocker. D’ailleurs, son premier concert « électrique » (l’année suivante au festival de Newport) marque le début de la fin pour la musique folk.

Les images de Pennebaker sont superbes, avec un noir et blanc très beau, qui n’existe pas dans les films n&b d’aujourd’hui. Dylan apparaît comme un jeune homme doux, intelligent et complètement hermétique à l’engouement qu’il suscite. Niveau look, il est l’essence du rock. Selon moi, personne dans toute l’histoire du rock n’a jamais porté des Ray Ban Wayfarer avec autant de classe. Un must.

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Bob Dylan : Don’t Look Back - Edition Prestige
D.A. Pennebaker
2 DVD
33 euros

dvd

L’attrape-Salinger

Un écrivain mythique retiré du monde (J.D Salinger), un écrivain germanopratin médiatique (Frédéric Beigbeder), de grands auteurs de la littérature américaine contemporaine (Jay McInerney, Rick Moody, Jonathan Ames…), New York et Paris en toile de fond… Voilà à priori tous les ingrédients nécessaires à la réalisation d’un véritable road-movie littéraire. Sur une idée du magazine Transfuge, L’attrape-Salinger suit Frédéric Beigbeder sur les traces de J.D. Salinger, un de ses écrivains préférés.

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L’Attrape-Cœurs est le premier et unique roman de Salinger. Publiée en 1951, l’histoire de Holden Caulfield, un adolescent qui fait une fugue après avoir été renvoyé de son lycée, devient immédiatement un roman culte. Et fait de son auteur un des écrivains majeurs du XXème siècle. Mais très vite Salinger choisit l’isolement. Son dernier recueil de nouvelles, Dressez haut la poutre maîtresse, charpentiers, date de 1963. Une dernière nouvelle paraît dans le New Yorker, en 1965. Depuis, plus rien. Pas un mot. Même si Salinger continue, apparemment, d’écrire. De quoi attiser les curiosités et engendrer de folles rumeurs sur cette grande figure de la littérature américaine.

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Le film réalisé par Jean-Marie Périer n’est pas à la hauteur de son sujet. Le documentaire repose, en grande partie, sur les entretiens de Frédéric Beigbeder avec des auteurs français et américains. Mais ces entretiens sont bâclés. Il s’agit plus de mondanités que de véritables discussions d’écrivains. C’est presque du people : Beigbeder au Flore, Beigbeder en train de boire un verre de vin sur la terrasse de Jay McInerney, Beigbeder à Washington Square, etc. La réalisation participe à ce ratage, notamment avec cet écran coupé en deux, qui n’a aucune raison d’être.

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En réalité, le film vaut le coup d’œil pour la fin. Les seuls moments vraiment intéressants du film surgissent dans les 15 dernières minutes, quand Frédéric Beigbeder part dans le New Hampshire. Là, enfin livré à lui-même, il se pose des questions. Se demande s’il veut, et surtout, s’il a le droit de briser l’intimité de Salinger. On découvre alors un Beigbeder touchant, sensible et un peu midinette, loin de la superficialité qu’il aime afficher. Les images filmées sur le chemin qui mène chez Salinger sont réussies. Malheureusement, ce sont les derniers instants du film…

Photos : Magazine Transfuge N°17

L’attrape-Salinger
De Jean-Marie Périer
2007

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Le cinéma vérité des frères Maysles

En 1968, Albert et David Maysles obtiennent un immense succès critique avec Salesman (Le vendeur de bibles). Filmé en noir et blanc, le film suit une équipe de quatre vendeurs de bibles en tournée dans l’Amérique profonde. Un film qui est aujourd’hui considéré comme un grand classique du cinéma documentaire, et certainement un des meilleurs films des frères Maysles.

salesman

Albert (caméra) et David (son) sont les pionniers du cinéma direct. Ici pas de scénario. Ils établissent une relation de confiance avec leurs sujets pour, qu’au moment du tournage, ces derniers oublient la caméra et se laissent complètement aller. C’est particulièrement le cas dans Grey Gardens (Edie et Mrs Beale). A sa sortie en 1976, ce film a eu un énorme impact aux Etats-Unis, la mère et la fille étant des parentes des Kennedy - respectivement la tante et la cousine de Jackie Onassis.

Dans Grey Gardens, le spectateur pénètre dans l’intimité d’Edith Bouvier-Beale et de sa fille Edie qui vivent recluses dans leur immense villa délabrée de East Hampton. Au milieu de dizaines de chats, des détritus qui s’empilent, Little Edie ‘s’occupe’ de sa mère et rêve. De la vie qu’elle aurait pu avoir si elle s’était mariée à un milliardaire, de sa carrière de danseuse qu’elle a abandonné, de New York où elle veut aller vivre… Enfin, de toutes ces choses qu’elle aurait pu faire s’il n’y avait pas cette mère. Cette mère – elle s’appelle Edith également - est abusive et étouffante. Durant tout le film, on l’entend ainsi appeler sa fille à grands cris dans l’immense demeure, dès que celle-ci s’éloigne un peu.

grey gardens

GreyGardens
est aussi dérangeant. Le spectateur a parfois l’impression d’être un voyeur devant le spectacle de ces 2 femmes un peu barrées, complètement isolées du monde. Heureusement, elles sont drôles. En réalité, Edie et sa mère composent une sacrée paire : elles ne se supportent plus mais ne peuvent pas vivre l’une sans l’autre.

Le cinéma des frères Masyles observe sans juger. C’est, à mes yeux, ce qui rend leurs films précieux.

Le coffret Salesman /Grey Gardens est disponible en France :
Salesman (Le vendeur de bibles) / Grey Gardens (Edie et Mrs Beale)
Édition 2 DVD par Albert Maysles et David Maysles (DVD - 2005).

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On the Road again

J’avais prévu de lancer ma rubrique films avec un film culte/rock afin de donner le ton des futures chroniques, mais voilà, hier, j’ai eu un énorme coup de cœur pour Into the wild, le dernier film de Sean Penn sorti début janvier.

Son quatrième opus raconte la véritable histoire de Christopher McCandless, un américain de 23 ans promis à un brillant avenir. Sauf que, une fois son diplôme d’université en poche, le jeune homme décide de partir sur la route, dans la grande tradition beatnik américaine. Tel Neal Cassady (le héros de On The Road de Jack Kerouac), McCandless, rebaptisé Alexander Supertramp, s’embarque pour un périple à travers les Etats-Unis. Une aventure qui doit l’amener jusqu’en Alaska, où il veut faire l’expérience de la liberté totale et de la survie en pleine nature (d’où le titre du film, into the wild).

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C’est en Alaska, justement, que le film débute. On y voit McCandless, magnifiquement interprété par Emile Hirsch, descendre d’un camion au beau milieu de nulle part, empoigner son sac à dos et s’enfoncer seul dans la forêt. Ces premières images sont superbes, les paysages saisissants de beauté et le spectateur immédiatement emporté par cette histoire extraordinaire.

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Le film alterne les scènes de voyage et la vie en Alaska dans un vieux bus abandonné. Au cours de son périple, Alexander Supertramp rencontre un couple de hippies, un ouvrier agricole, un vieux retraité - toute une série de personnages un peu marginaux sur lesquels Sean Penn pose un regard assez touchant.
La vie dans le bus commence, elle, dans l’euphorie. Mais la fable naturaliste se transforme peu à peu en tragédie, la solitude devenant pesante et la nature reprenant ses droits.

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Petite réserve, le film tire un peu sur la longueur (2h20). Et la musique d’Eddie Vedder (chanteur de Pearl Jam), extrêmement présente, n’est pas toujours raccord avec les images. Pour autant, ces petits défauts n’enlèvent rien à la magie d’Into the Wild. Allez-y vite !

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