Playlist #3 : David Foenkinos

david_foenkinosLa playlist est de retour… Bon, c’est vrai que depuis que Télérama a publié un dossier pharaonique sur les dix livres cultes d’une centaine d’écrivains, le cœur n’y était plus. Néanmoins, David Foenkinos a répondu à mon questionnaire, il y a déjà quelques mois. Et il ne fait pas partie des écrivains qui ont dévoilé leurs livres préférés au magazine. De là à affirmer que l’auteur du Potentiel érotique de ma femme a voulu privilégier mon blog, il n’y a qu’un pas… que je ne franchirai pas ! Il faut quand même pas exagérer. Mais chut… je vais vous confier un secret… tout au fond de moi, je suis sûre que c’est vrai !

Livres cultes
1. Les Démons - Dostoïevski
“Pour la folie”
2. Belle du Seigneur - Albert Cohen
“Pour l’humour”
3. La Télévision - Jean-Philippe Toussaint
“Pour voir un chauve en pyjama”
4. Le paysan de Paris - Louis Aragon
“Pour l’expression la dictature de la sensualité
5. L’illusion comique - Bernard Frank
“Pour les numéros de téléphone Odéon 32-40″
6. Cosmos - Witold Gombrowicz
“Pour la façon de décrire une bouche”
7. L’immortalité - Milan Kundera
“Car l’héroïne naît d’un geste”
8. Un homme - Philip Roth
“Toute une vie en 150 pages”
9. Lolita - Vladimir Nabokov
“Pour la dictature de la sensualité en trois syllabes”
10. Rue des boutiques obscures - Patrick Modiano

“C’est toujours le même livre, mais j’ai envie de choisir celui-là aujourd’hui”
11. La possibilité d’une île - Michel Houellebecq
“Même si les gens adorent dire que son premier livre est le meilleur, j’ai une passion pour ce dernier, et notamment la troisième partie, d’une beauté poétique absolue.”

Ecrivain préféré
“Sûrement Albert Cohen. C’est en le lisant que j’ai compris comment écrire.”

Un livre que vous aimez offrir
“Ca pourrait être Le Paysan de Paris de Louis Aragon et Solal d’Albert Cohen en buvant un verre de vin rouge un lundi soir.”

Dernier coup de cœur littéraire
“Le nouvel amour de Philippe Forrest. Car j’ai été impressionné par la description de la mécanique du retour au désir, et la puissance de ce désir.”

Un livre que vous aimez relire
“L’insoutenable légèreté de l’être de Milan Kundera car il me rappelle ma première émotion littéraire.”

Playlist #2 : Philippe Jaenada

Philippe JaenadaFidèle à son image de gentleman-writer, c’est avec beaucoup de gentillesse que Philippe Jaenada a répondu au questionnaire que je lui ai envoyé. L’écrivain, vous le connaissez tous - je ne vous ferais donc pas l’affront de vous présenter l’auteur de l’hyper-culte Chameau sauvage.
Si j’ai demandé à  Philippe Jaenada de participer à la playlist, c’est parce qu’il donne l’impression d’être un écrivain à part dans le microcosme littéraire. En effet, ses écrits laissent transparaître l’image d’un homme éminemment sympathique et chaleureux, semblable en cela aux héros qu’il met en scène dans ses ouvrages. Alors que Plage de Manaccora, 16h30 vient tout juste de paraître, les bonnes critiques sur son sixième roman fleurissent déjà un peu partout, sur le net comme ailleurs.Un livre dont on aura certainement l’occasion de reparler sur ce blog, mais pour l’instant place à la playlist.

Livres cultes
1. Don Quichotte - Miguel Cervantès
Exactement ce que j’ai envie de faire quand j’écris : prendre un personnage isolé, mal à l’aise, inadapté, et le lancer dans le monde terrible pour voir ce que ça donne.

2. Le Postier - Charles Bukowski
Je dis Le Postier un peu au pif, mais tous les livres de Bukowski font partie de mes “livres cultes”. C’est l’écrivain absolu pour moi (pas le romancier, hein, l’écrivain), la classe pure, la beauté qui sort de lui, d’un être humain moche et déglingué, comme du miel coulerait de la bouche d’un vieux rat d’égout.

3. A la recherche du temps perdu - Marcel Proust
Pas la peine de vraiment développer, je pense. C’est toute l’âme humaine sur papier.

4. Voyage au bout de la nuit - Louis-Ferdinand Céline
Pour le style, le déséquilibre, la force chaotique.

5. Baise-moi - Virginie Despentes
Le seul auteur français qui met vraiment de la vie dans l’encre, de la vie rageuse. Ou qui a de l’encre dans les veines, je ne sais pas bien.

6. Rue barbare - David Goodis
Et quasiment tous ses autres romans. Pour leur force sombre et troublante.

7. Last exit to Brooklyn - Hubert Selby Jr
Un poème, un tableau, je ne sais pas. Une parfaite adéquation entre la vie et l’écriture.

8. Gatsby le magnifique - F. S. Fitzgerald
J’aurais aussi pu choisir Tendre est la nuit. Voilà un type qui m’émeut profondément.

9. Le château - Franz Kafka

10. L’attrape-coeur - J.D. Salinger, Le Maître et Marguerite - Mikhaïl Boulgakov
Et d’autres encore, bien sûr…

Ecrivain préféré
Tous ceux que j’ai cités au-dessus, mais s’il faut n’en choisir qu’un, Bukowski. J’ai longtemps résisté avant de le lire. Je le prenais pour une sorte de provocateur creux, de gros poivrot crado qui vomissait sur sa machine à écrire. Et quand je suis parti m’enfermer dans une maison en Normandie pour écrire mon premier roman, j’ai emporté plein de livres, dont les Contes de la folie ordinaire, en me disant que puisque j’avais le temps, je pouvais essayer quand même. Ça m’a retourné, et tous les autres aussi. Pour tout un tas de raisons. Je l’aime, Bukowski, vraiment, d’amour. Et puis c’est l’exemple parfait de quelque chose que je trouve très beau et utile : se débrouiller, en ne parlant que de soi, en se regardant dans une glace, en n’utilisant que les pauvres petites armes dont chaque être humain dispose, pour évoquer tout le reste, tous les hommes, le monde, l’humanité. Partir du gros ventre et des beuveries d’un ivrogne isolé pour atteindre l’universel.

Un héros littéraire que vous auriez rêvé de créer
Don Quichotte, sans hésiter une seconde. Il incarne toute la vie à lui tout seul.

Le livre que vous lisez actuellement
En pièces détachées, d’Ed McBain. Je l’ai choisi simplement parce que je ne lis depuis deux ans que des polars américains des années 40 et 50, en particulier David Goodis, Jim Thompson, Ed McBain et W.R. Burnett. J’aime, ça me passionne et ça me touche, je n’ai pour l’instant rien envie de lire d’autre.

Dernier coup de cœur littéraire
Franz Bartelt. Un auteur français que je trouve très injustement méconnu. Drôle et profond.

Un livre que vous aimez offrir
La vie devant soi, de Gary-Ajar, en n’importe quelle circonstance. Parce que c’est un roman qui est accessible à tout le monde, qui peut toucher tout le monde et faire sourire tout le monde. On est sûr de ne pas se tromper, quand on l’offre en cadeau.

Une première phrase de roman idéale
“C’était l’hiver et il faisait nuit.” C’est la première phrase de La position du tireur couché, de Manchette. D’abord parce que je me rends compte que j’ai oublié de citer un livre de Manchette dans mes “cultes”, ensuite parce que question phrase d’ouverture, on peut dire que ça pose son livre et qu’on sait à quoi s’attendre.

Playlist #1 : Georges Flipo

Vous lisez son blog, vous êtes plongé avec délice dans Qui comme Ulysse, son dernier recueil de nouvelles, vous lirez bientôt Le film va faire un malheur (son nouveau roman à paraître au mois de décembre). Vous l’avez tous reconnu, il s’agit de… Georges Flipo, bien sûr ! Avec La playlist qui n’a rien à voir avec une playlist musicale - il s’agit ici de livres -, je vous propose de découvrir l’univers personnel de l’auteur. A travers des questions toutes simples, vous découvrirez les livres qui l’ont marqué et l’identité de ses écrivains préférés. Enfin bref, tout ce qui fait des livres de Georges Flipo les siens et ceux de personne d’autre. En espérant que cette Playlist soit la première d’une longue série !
Un double merci à l’auteur qui a gentiment accepté de se prêter au jeu et également d’essuyer les plâtres.

Dix livres cultes

1. L’Odyssée d’Homère
C’est le premier vrai livre pour adulte que j’ai lu, j’étais encore très jeune, dans le primaire. Je l’avais d’abord reçu en version pour enfants, par erreur à une distribution des prix, et bien entendu je ne l’ai pas rendu. Je suis resté fortement marqué par le personnage d’Ulysse, sa solitude, ses rapports avec les dieux, sa foi en son destin.
2. Histoires comme ça de Rudyard Kipling
Et également toutes ses nouvelles et ses contes.
Je n’oublierai jamais le soir où, enfant, j’ai lu Le chat qui s’en va tout seul. Je suis resté pétrifié, avec l’impression d’avoir lu « la littérature absolue », l’histoire parfaite.
3. Le Livre de sable de Jorge Luis Borges
Borges, c’est une découverte bien plus tardive. C’est le personnage, fabuleux, qui m’a ensuite fait aimer sa prose : j’ai eu la chance de l’écouter lors d’une conférence à la Sorbonne et c’était bouleversant.  Il semblait même aveugle aux questions, il ne répondait pas à l’intervieweur paniqué : il passait de Paul Valéry à Shakespeare, des sagas scandinaves à Virgile…. J’ai eu l’impression de traverser toute la littérature en une heure.
4. Les nouvelles de F.S. Fitzgerald
Gatsby m’ennuie mais les nouvelles de Fitzgerald me touchent. Là encore, j’aime entremêler l’auteur et son oeuvre.
5. Les nouvelles de Marcel Aymé
Surtout les premières, moins ficelées, plus spontanées. Quelle limpidité d’écriture !
6. Le nom de la rose d’Umberto Eco
J’ai commencé à le lire un soir, je l’ai fini la matinée suivante, je n’avais pas dormi. L’idée d’un roman qui tourne autour d’une bibliothèque interdite est fabuleuse. Très borgésienne, d’ailleurs.
7. Cent ans de solitude de Garcia Marquez
J’étais encore naïf et raisonnable quand je l’ai lu : j’ai essayé pendant près de 200 pages de dresser l’arbre généalogique de la famille, puis j’ai jeté ça à la poubelle avec un grand éclat de rire. Je parle de l’arbre, pas du livre, bien sûr.
8. Les Fleurs du mal de Baudelaire
Tout me plaît dans les poèmes de Baudelaire : ses mots, ses images, ses thèmes, sa musique, sa folie. J’en connais plusieurs par cœur. Et j’emmène souvent ses Fleurs en voyage.
9. Toute l’œuvre de Molière
Et pourtant, je suis sensible aux arguments de ceux qui affirment que le vrai auteur de ses meilleures pièces, c’est Corneille.
10. 1789 de Victor Hugo
Son dernier roman, je crois. Il m’impressionne par son érudition historique, par son souffle épique. Mais aussi par la qualité de sa documentation. J’ai navigué dans les Minquiers (oui, je sais, au fou !) et je peux vous assurer que sa description est formidablement exacte.

Ecrivain préféré
J’aurais pu dire Kipling. Mais l’homme apparaît détestable. Je pourrais encore citer Baudelaire ou Verlaine, parmi les auteurs préférés que je déteste.  Si c’est pour le personnage, j’hésiterais entre Borges et Fitzgerald - l’ange qui guide Borges et le diable qui mène Fitzgerald à sa ruine. Mais peut-être est-ce Homère, tout bien réfléchi.

Le livre que vous lisez actuellement
Actuellement, je lis un livre très chic : Borges, souvenirs d’avenir, recueil de témoignages et d’études, établi par Pierre Brunel. Certaines études sont remarquablement fines, d’autres ne sont que bavardages de thésard. Il suffit que je voie « Borges » sur une couverture pour que je m’arrête.

Dernier coup de cœur 
Le cantique de l’Apocalypse Joyeuse de Paasilinna. Mon meilleur repas de l’été. Paasilinna écrit un livre par an, mais Denoël, son éditeur en France, n’en traduit qu’un tous les deux ans.
Je l’ai lu avec un mélange d’allégresse et d’admiration devant l’art avec lequel Paasilinna nous fait entrer dans les histoires les plus invraisemblables. Il accumule les détails techniques, les précisions d’ingénieur, décrit pendant plusieurs pages la construction d’une église. Les plans, les matériaux, les procédés de construction…

Un livre que vous aimez offrir
Je n’offre de livre que lorsque je vais dîner chez des copains. Le livre que je préfère offrir, c’est en général… le dernier que j’ai écrit et publié. J’offre aussi des bouquins d’auteurs que je connais personnellement. Certains y verront un acte de vanité, ils ont peut-être raison. En fait, cela me permet de parler de l’auteur de façon plus personnelle, plus originale, tout en offrant son livre. J’ai l’impression que le cadeau devient plus porteur d’émotions. Parmi les livres que j’ai offert très vaniteusement Le Cœur cousu de Carole Martinez, La Princesse et le pêcheur de Minh Tran Huy, La Collecte des monstres d’Emmanuelle Urien, et Battement d’ailes de Milena Angus. Tiens, elle, je ne la connais pas… Il faudrait qu’on fasse connaissance.

Une première phrase de roman idéale
Je n’en connais qu’une, celle du Voleur de Georges Darien : « Je fais un sale métier, mais j’ai une excuse : je le fais salement ». Il y a aussi celle de Salammbô : « C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar ».
Je suis surtout sensible au premier paragraphe. Quand j’écris, je peux y passer des journées entières. Comme pour le début de mon prochain roman. L’éditeur, Jean-Yves Reuzeau, a voulu changer un détail : j’avais écrit « un coton-tige sans ouate ». Il a corrigé « un Coton-Tige sans ouate », car c’est une marque déposée. J’en ai été bouleversé, j’avais l’impression que tout le livre s’écroulait. Finalement, je me suis rabattu sur « un bâtonnet sans ouate », mais je ne m’en suis pas encore remis.

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