The Book of Joe
Bush Falls, dans le Connecticut, est une ville comme il en existe tant d’autres aux Etats-Unis. Avec ses maisons de style colonial juxtaposées les unes aux autres, c’est un endroit où il fait bon vivre mais où on s’ennuie à mourir. Ici, comme ailleurs, le coach de l’équipe de basket est le personnage le plus respecté du coin. Mais, sous le vernis de ces bourgades bien propres, les préjugés sont encore tenaces : malheur à celui qui exprime ses différences, qu’elles soient sexuelles ou religieuses. Lorsque Joe Goffman a quitté la ville, après le lycée, c’était avec la ferme intention de ne plus jamais y remettre les pieds. Il a par la suite exorcisé ses démons dans un roman intitulé Bush Falls. En forçant le trait et en amplifiant les travers des habitants de sa ville natale, Joe a écrit une véritable satire des mœurs provinciales - devenue un best-seller adapté avec succès au cinéma. Résultat : Joe est un écrivain riche et célèbre, qui profite à plein des plaisirs de la vie new-yorkaise.
Mais là-bas, à Bush Falls, dans le Connecticut, que pensent les habitants de l’enfant prodigue ? Et bien, ils sont tout simplement verts de rage ! En retournant au chevet de son père mourant, Joe va vite prendre la mesure du ressentiment des habitants. Une colère à la hauteur de l’engouement initial que la sortie du livre avait suscité. Si son retour ne satisfait personne, Joe voit de son côté resurgir des souvenirs enfouis : les 400 coups avec ses potes Wayne et Sammy, Carly la petite amie dont il était fou amoureux, Lucy la maman très sexy de Sammy. Le roman alterne avec bonheur les réminiscences de ses années d’ado dans les années 80 (avec Springsteen pour la bande-son) et le retour au pays qui donne lieu à des situations cocasses et souvent très touchantes - Wayne l’ami d’enfance est atteint du Sida.
L’idée qui préside au Livre de Joe est aussi simple qu’excellente et permet à l’auteur d’aborder les questions de l’autobiographie et des prérogatives de l’écrivain. Si ce dernier a bien sûr le droit d’utiliser la réalité pour nourrir ses romans, peut-il toujours le faire impunément ? Par ailleurs, les difficultés que rencontre le narrateur dans l’écriture de son second roman sont éloquentes : Bush Falls, la source de l’écriture s’est tarie, il faut trouver autre chose…
Reste que si j’ai été emballée par l’idée de cette mise en abyme, je l’ai été beaucoup moins par la manière dont Jonathan Tropper dénoue les situations complexes en quelques pages. Le procédé s’avère assez énervant, donnant parfois au lecteur l’impression d’être dans une série américaine où tout irait à cent à l’heure. Le livre n’est pas non plus exempt de quelques clichés et les dialogues manquent singulièrement de consistance. Néanmoins, ne faisons pas la fine bouche, Le livre de Joe est un véritable page-turner qui permet de passer un bon moment même s’il ne nous propose rien qui ne soit vraiment inédit.
Le livre de Joe
Jonathan Tropper
Editions 10-18
412 pages
Paul Auster en follies
Dès les premières pages de Brooklyn Follies, il faut se rendre à l’évidence : un livre de Paul Auster est une mécanique bien huilée. On imagine d’ailleurs aisément l’écrivain new-yorkais dans sa belle demeure de Brooklyn en train d’échafauder le plan machiavélique qui va rendre le lecteur complètement accro. Auster nous attire avec un incipit on ne peut plus intriguant : « je cherchais un endroit tranquille pour mourir. Quelqu’un me conseilla Brooklyn et, dès le lendemain matin, je m’y rendis de Westchester afin de reconnaître le terrain ». Nathan Glass, le héros, ne le sait pas encore mais en s’installant à Brooklyn il va rentrer dans le monde merveilleux de Paul Auster : le quartier le plus sympathique de New York, voire des Etats-Unis avec des habitants ouverts, chaleureux et prêts à s’entraider les uns les autres. Un univers rassurant et résolument optimiste - assurément le meilleur endroit du monde pour vivre et mourir. Brooklyn Follies débute avec une présentation un peu artificielle des personnages que l’on va croiser dans le roman. C’est Nathan Glass, le narrateur qui s’y colle. On n’est pas immédiatement envoûté mais Auster sait parfaitement où il veut en venir et avant qu’on ait eu le temps de se lasser, et sans même que l’on s’en rende compte, on est pris dans les mailles de la toile qu’il a savamment tissé.
Alors, non seulement Nathan Glass ne va pas mourir, mais en débarquant à Brooklyn il va radicalement modifier le cours de son existence. Il retrouve Tom, son neveu, perdu de vue depuis des années. Promis à un grand avenir universitaire ce dernier a tout plaqué et échoué à New York où il travaille dans une librairie. Entre les deux hommes, le narrateur récemment divorcé, en convalescence après un cancer et Tom, le neveu déprimé, va se nouer une solide amitié. De nombreux personnages vont venir s’ajouter au duo : Harry, l’escroc devenu libraire, la sœur de Tom, ex-camée, ex-star du porno et Lucy sa fille qui va apparaître à l’improviste dans la vie des deux compères. On retrouve des éléments typiquement austeriens, tel l’Hôtel Existence, un monde intérieur idéal rempli des rêves et des utopies de chacun. Fidèle à ses habitudes, Auster nous réserve de nombreuses surprises, des rebondissements à la pelle, des coups de théâtre qu’on n’avait pas anticipés, ainsi que des coïncidences tout aussi improbables les unes que les autres.
Pour une fois, on ne retiendra pas l’accusation de froideur à l’encontre d’Auster, car cet opus est un livre chaleureux et débordant d’humanité. Brooklyn Follies n’est certes pas le meilleur des Auster, certains personnages manquant singulièrement de charisme et d’épaisseur, en particulier Tom. La fin du livre m’a semblé plus que convenue, presque bâclée. Pourtant, si Brooklyn Follies séduit le lecteur c’est parce que Paul Auster reste un extraordinaire conteur, capable de nous trimballer au gré de ses envies durant 300 pages.
Photo : Paul Auster chez lui à Park Slope par Seth Kushner
Brooklyn Follies
de Paul Auster
Editions Babel, Actes Sud
363 pages
La fête est finie
Je vous annonce avec tristesse que Jay McInerney n’est plus… Ou du moins ses livres. Dans La belle vie, l’écrivain américain se démarque du ton caustique et léger qui a fait sa renommée. Bien sûr, c’est toujours la vie des riches New-yorkais de l’Upper West Side ou de Tribeca qu’il décrit dans son dernier opus. On y retrouve même des personnages déjà croisés précédemment, notamment Corinne et Russel, le couple « parfait » de Trente ans et des poussières. Et La belle vie n’échappe pas non plus à la règle qui veut que même un « mauvais » McInerney reste un bon moment de lecture. Non, ce qui cloche dans La belle vie c’est cette histoire d’amour un peu mielleuse qui débute le lendemain de la tragédie du 11 septembre.
Les ex-traders des années 80 reconvertis en écrivains, scénaristes ou éditeurs se sont un peu assagis après une décennie d’excès en tout genre. Ils mènent désormais une belle vie de famille, faite de dîners dans les restaurants les plus en vus, de vacances d’été dans les Hamptons et d’amis célèbres. Comme si de rien n’était… jusqu’à cette funeste matinée du 11 septembre 2001. Pour Corinne et Russel, d’un côté, et Sasha et Luke, de l’autre, rien ne sera plus comme avant. C’est en tout cas la promesse qui nous est faite. Et autant vous le dire tout de suite, c’est une promesse non tenue.
La désintégration des deux tours conduit naturellement les protagonistes à s’interroger sur le sens de leur vie. A réévaluer leur couple à l’aune de cet événement hors du commun. Mais c’est un terrain glissant sur lequel s’aventure Jay McInerney : la rencontre entre Corinne et Luke sur les cendres encore chaudes du WTC est digne d’un mauvais téléfilm de M6. Et je ne vous parle pas de l’histoire d’amour qui s’ensuit… Une histoire dont, sans rien dévoiler, l’auteur ne pourra se dépêtrer autrement que par un pied de nez. Dommage, car dès qu’il s’agit de raconter l’impact de la tragédie sur la vie des New-yorkais JMI trouve les mots justes. Et on réalise alors l’ampleur du traumatisme pour quiconque a vécu cet événement d’aussi près.
Je vous recommande aussi la lecture de la critique de Thom, très différente de la mienne, ainsi que le dossier de buzz littéraire, sur les romans du 11 septembre à découvrir cet été. En particulier Falling Man de Don DeLillo, Elégie pour un américain de Siri Hustvedt ou Les enfants de l’empereur de Claire Messud.
La belle vie
de Jay McInerney
Editions Points
464 pages, 8 euros
Requiem pour l’Amérique perdue
+ Titre : Pastorale américaine
+ Auteur : Philip Roth
+ Genre : paradis perdu
+ pour : un sujet fort
+ contre : 200 pages en trop
A travers l’histoire de Seymour Levov, petit-fils d’immigrés juifs, Philip Roth retrace la période mouvementée des années 60 et la fin de l’american dream.
Meilleur joueur de baseball de son lycée, Seymour Levov (surnommé le Suédois à cause de sa tignasse blonde) épouse miss New Jersey, une catholique irlandaise. A force de travail, le Suédois transforme l’entreprise familiale de fabrication de gants en un business florissant. Le petit-fils d’immigrés est millionnaire. Cette vie, le Suédois l’a rêvée jusque dans les moindres détails : la belle maison entourée d’arbres centenaires, l’enfant qui cours dans les verts pâturages et la réussite professionnelle bâtie à la sueur de son front.
Pourtant, cette pastorale américaine n’est qu’un château de cartes. L’édifice, qui repose sur l’effort et le labeur des générations passées, porte en lui les germes de la tragédie. Et c’est Merry, l’enfant roi, qui va être à l’origine du drame. Car elle s’en fout, du rêve américain, Merry. L’assassinat de Kennedy puis la guerre du Vietnam ont changé la donne. La petite fille formatée pour le bonheur s’est muée en terroriste : un jour elle fait sauter la poste d’Old Rimrock et un homme meurt. Le Suédois prend la bombe en pleine face. La vie des Levov vole en éclats.
« Voilà sa fille qui l’exile de sa pastorale américaine tant désirée pour le précipiter dans un univers hostile qui en est le parfait contraire, dans la fureur, la violence, le désespoir d’un chaos infernal qui n’appartient qu’à l’Amérique. »
Philip Roth décortique le rêve américain jusqu’à en extraire l’extrême banalité - la vacuité même. Le livre repose sur l’antagonisme entre le père et la fille, le Suédois cherchant la faille qui expliquerait le passage à l’acte de Merry. Il s’interroge : comment deux créatures issues du même moule peuvent-elles être si dissemblables ? Deux générations se font face : celle du Suédois nourrie à l’american dream et celle de Merry pétrie de l’esprit contestataire des sixties.
Le thème de cette Pastorale Américaine est indéniablement un sujet fort. L’écriture de Roth est magnifique, foisonnante même, et les traits d’ironie ne manquent pas. Pourtant une question demeure : comment avec tel savoir-faire Philip Roth réussit-il l’exploit d’accoucher d’un roman par moments aussi soporifique ? Tout simplement parce que l’auteur américain s’éparpille : ses personnages font des digressions à n’en plus finir (sur le thème du ‘c’était mieux avant’) et Roth impose au lecteur de trop longues pages sur tous les aspects de l’industrie du gant (du tannage jusqu’à la coupe, en passant par la teinture, aucun aspect de cette industrie ne nous est épargné).
L’intrigue, elle, tient finalement peu de place. On est dans la tête de Seymour Levov et ça tourne en boucle. Dommage…
Pastorale américaine
de Philip Roth
Folio
580 pages, 7,40 euros.
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Photo : Stephen Shore
Sick Boy, Renton, Spud et les autres
+ Titre : Porno
+ Auteur : Irvine Welsh
+ Genre : galère écossaise
+ pour : très drôle
+ contre : il faut avoir lu Trainspotting
Lire la suite de Trainspotting, j’avoue, ne me tentait pas trop. Ce livre m’ayant vraiment marqué je me demandais en quoi une suite pouvait bien être nécessaire. Mais voilà, Porno vient de sortir aux éditions du Diable Vauvert (six ans après sa parution en Grande-Bretagne) et l’adaptation cinéma semble sur le point de voir le jour. De bonnes raisons pour se replonger dans la vie de nos beautiful losers made in Scotland.
Après quelques années passées à Londres, Sick Boy retourne à Edimbourg gérer le Port Sunshine, le pub de sa tante Paula ; Begbie s’apprête à sortir de prison ; Spud est toujours dans la galère ; Renton, parti à Amsterdam à la fin de Trainspotting, est sur le chemin du retour. Les personnages se retrouvent progressivement là où ils s’étaient quittés dix ans plus tôt et, à l’exception de Spud, ils n’ont qu’une idée en tête : régler son compte à Renton (qui a filé avec leur fric à la fin de Trainspotting). Sick Boy est le héros principal de ce nouvel opus. C’est autour de lui que toute l’intrigue se met en place. Toujours aussi égocentrique, il se prend désormais pour un entrepreneur et rêve de devenir riche. Son idée de génie ? Réaliser un film porno !
« - La question n’est pas de savoir pourquoi on devrait le faire, mais bien de savoir ce qu’on pourrait foutre d’autre ? »
Avec l’aide d’étudiants en cinéma, Sick Boy réalise un film au premier étage de son pub décrépi. Ce qui donne lieu à des situations aussi drôles qu’absurdes. Petite précision : le porno n’est pas le sujet du livre mais une toile de fond, à l’instar de la drogue dans Trainspotting. La drogue, elle, est toujours présente. Mais dans les années 90, la cocaïne a remplacé l’héroïne chez les ex-junkies de Leith. L’histoire la plus touchante reste celle de Spud : incapable d’arrêter la drogue ou de trouver un boulot, il rêve d’une autre vie dans laquelle il serait… historien de Leith ! Spud est certainement le personnage le plus humain du livre, à côté des autres héros, psychopathes (Begbie), voleurs (Renton) ou mégalos (Sick Boy).
Malgré mes réticences initiales, ce fut d’emblée un plaisir de retrouver ces personnages hauts en couleur, ainsi que l’écriture dopée au Red Bull de Welsh. Une des nouveautés de Trainspotting se trouvait dans la transcription de l’accent écossais en un véritable langage. Pour avoir lu Porno en français, je n’ai pas l’impression que la traduction ait respecté cet élément essentiel de l’écriture de Welsh.
Les nombreux dialogues et l’alternance de chapitres dans lesquels chacun des personnages se racontent contribuent à faire de Porno un véritable page-turner, comme disent les anglais.
A lire donc, en attendant le film…
Photo : Chris Saunders
Porno
de Irvine Welsh
Editions Diable Vauvert
613 pages, 19 euros
Le roman russe d’Amis
+ Titre : La Maison des Rencontres
+ Auteur : Martin Amis
+ Genre : un homme se penche sur son passé
+ pour : l’écriture d’Amis
+ contre : plus classique que ses précédents romans
S’il y a un auteur qui a toujours réussi à m’embarquer, c’est bien Martin Amis. Son roman L’information - ou plutôt The Information (à l’époque j’habitais en Angleterre) - fut une révélation. J’ai été emportée par sa prose électrique et son humour féroce. Depuis, il a publié près d’une dizaine de titres, romans et essais confondus. Des très bons (Expérience) et d’autres moins bons (Train de Nuit). Son dernier roman Chien Jaune n’ayant pas été un grand cru, j’attendais impatiemment son nouvel opus, La Maison des Rencontres.
Deux frères se retrouvent, à quelques années d’intervalle, dans un camp à la frontière de l’Arctique. Tout les oppose. L’un est un ancien soldat de l’armée rouge, violent et sanguinaire, il s’agit du narrateur. L’autre, petit et laid, Lev, son cadet, est un pacifiste résigné. Entre eux, une femme, Zoya, que Lev a épousé juste avant de venir croupir à Norlag. Lorsque le droit de visite conjugale leur est accordé, Zoya et Lev se retrouvent pour une nuit dans la maison des rencontres. Pourtant, à la suite de cette visite, Lev ne sera plus jamais le même homme.
Que s’est-il passé dans la maison des rencontres en 1956 ? Cette question va hanter le narrateur tout au long de sa vie. Ayant fait fortune aux Etats-Unis, il revient sur les traces de son passé. Dans sa poche, une lettre qu’il lira le moment venu. A travers l’histoire de cette rivalité fraternelle, Martin Amis décortique le système russe et ses deux piliers, la terreur et l’ennui. La terreur d’hier, celle du goulag et de ses millions de victimes. Mais également la terreur d’aujourd’hui, celle de l’école numéro 1 à Beslan, en Ossetie du Nord, où 400 enfants sont morts au cours d’une prise d’otage en 2004. Dans ce grand roman, se croisent les fantômes des dirigeants qui ont anesthésié la Russie. Amis convoque aussi de grands écrivains, Dostoïevski notamment, pour dresser le tableau du ‘désespoir permanent’ du peuple russe.
Au final, La Maison des Rencontres est un grand millésime. Alors, un conseil : oubliez les polémiques autour du salaire exorbitant du professeur de ‘Creative Writing‘ à l’université de Manchester, celles sur l’Islam et les ragots dont les tabloïds anglais adorent se délecter et lisez Martin Amis.
La Maison des Rencontres
de Martin Amis
Editions Gallimard
285 pages, 19,50 euros
Spooky Gibson
William Gibson livre avec Code Source un thriller à mi-chemin entre politique et espionnage, dans lequel une multitude de personnages s’engagent à la poursuite d’un mystérieux container. Estampillé « pape » du cyberpunk par les médias dès son premier roman (Neuromancien, en 1984, dans lequel il invente le terme de cyberespace), l’auteur s’aventure une fois encore loin de la science-fiction qui a fait son succès.
Depuis Identification des schémas en 2003, William Gibson n’écrit plus sur l’avenir mais sur le présent : la réalité virtuelle de Neuromancien est devenue la réalité tout court et ses outils d’analyse obsolètes. La technologie a investi notre quotidien et l’être humain est au cœur du réseau. Pour simplifier, le futur c’était avant (au XXème siècle) ; désormais, nous sommes dans l’ère du présent perpétuel.
Second tome d’une trilogie commencée avec Identification des schémas, Code Source se déroule en Amérique du Nord dans un présent post 11 septembre. Le titre original (Spook Country, littéralement le pays fantôme) est une expression utilisée par les soldats américains pour désigner la jungle vietnamienne dans laquelle l’ennemi est toujours invisible. Dommage que la traduction française n’ait pas restitué cet élément, éminemment politique, dans le contexte américain actuel.
L’intrigue est complexe et les personnages nombreux. Ancienne chanteuse d’un groupe de rock, Hollis (le héros principal) s’est reconvertie comme journaliste au magazine Node, propriété du magnat de la finance Hubertus Bigend. Pour les besoins d’un article sur le locative art (réalité virtuelle qui utilise le GPS), elle rencontre l’énigmatique Bobby Chombo, un artiste de locative, qui ne dort jamais deux fois de suite au même endroit. Tito, lui, appartient à une famille mafieuse sino-cubaine. Son job ? Facilitateur Illégal. En réalité, ce jeune homme de 20 ans fait du transfert de données. Autre personnage, Milgrim : addict aux antidépresseurs Rize, il est retenu prisonnier par Brown, un ancien des renseignements. Tout ce petit monde est à la recherche d’un mystérieux container dont personne ne sait ce qu’il renferme, puisque personne ne l’a jamais vu. Tout repose sur la rumeur, donc.
Dans l’ensemble, j’ai trouvé Code Source difficile à aborder. Ce petit résumé vous en a peut-être laissé l’impression… On dit grand bien de l’écriture de Gibson. Personnellement, je l’ai trouvée plutôt hermétique. Peut-être la faute de la traduction…
L’intrigue, aussi, laisse le lecteur un peu sur sa faim. Par contre, le livre renferme quelques trouvailles très gibsoniennes, comme ces installations de locative art, qui font apparaître des événements réels du passé (par exemple la mort d’une célébrité à l’endroit même où elle s’est produite). La réalité virtuelle est ici superposée à la réalité.
En résumé, Code Source n’est certainement pas le meilleur roman pour aborder l’univers de William Gibson. Pour les fans only.
Code Source
William Gibson
Editions Au Diable Vauvert
493 pages, 22 euros







