Flash sur Palahniuk

 monstres_invisibles2.jpgJ’ai refermé Monstres invisibles de Chuck Palahniuk depuis quelques jours déjà, et pourtant je ne sais toujours pas si j’ai aimé ce livre. Il ne m’a en tout cas pas laissé indifférente. L’auteur brouille continuellement les pistes. Et nous embarque dans un univers de faux semblants où personne n’est exactement ce qu’il semble être : les femmes sont en fait des hommes, les victimes des coupables et les gentils pas si innocents que çà.

L’auteur déstabilise aussi le lecteur avec une narration non linéaire. Quelques lignes au début du chapitre 2 donnent le ton : « Le déroulement des évènements donnera plus une impression de magazine de mode, style chaos modèle Vogue ou Glamour, avec numéros de pages toutes les deuxième, cinquième, ou troisième pages. Avec des cartes-échantillons de parfums qui dégringolent quand on l’ouvre, et des femmes nues pleine page sortant de nulle part pour vous vendre des produits de maquillage. »
Ce n’est donc pas une histoire avec un début, un milieu et une fin. D’ailleurs, un livre de Palahniuk, çà n’est jamais comme çà. Les scènes ne se suivent pas et les personnages ont de multiples identités. On bascule d’une histoire à l’autre, du présent au passé, d’un personnage à un autre.

C’est après avoir feuilleté toute une série de magazines de mode (dont Style, Mademoiselle, Glamour et Vogue) que Chuck Palahniuk écrit Monstres Invisibles, d’abord sous la forme d’une nouvelle : un jeune mannequin défiguré à la suite d’un accident réalise qu’elle est devenue un monstre et que plus personne n’ose la regarder. Et c’est ce passage de la lumière des flashs à l’invisibilité totale, de la beauté à la laideur, qui lui permet de trouver la rédemption. Le regard que pose Palahniuk sur l’Amérique contemporaine est extrêmement cynique et cruel et il s’en prend avec force à la quête de la célébrité, au mythe de la beauté ou à l’obsession de la chirurgie esthétique.

Certains passage de Monstres Invisibles ne sont pas faciles à aborder pour le lecteur - c’est parfois vraiment très (trop ?) trash, limite dérangeant. Cependant, profondément original et anticonformiste, son discours vaut la peine de s’accrocher.


Et vous Palahniuk, vous connaissez ? Vous en pensez quoi ?

Monstres Invisibles
de Chuck Palahniuk
Folio policier
7, 40 euros

L’apocalypse capitonnée !

Millenium people
de J-G. Ballard
Folio

millenium-people.jpgAu cours de l’enquête sur la mort de son ex-femme dans un attentat terroriste, le Dr David Markham infiltre un groupe clandestin d’un genre nouveau. Ses membres, middle class, issus d’un quartier résidentiel de Londres prônent l’interdiction du tourisme ou du commerce et veulent carrément en finir avec le XXème siècle.
Ces familles installées dans la Marina de Chelsea, symbole de la réussite des années Thatcher, se considèrent comme les nouveaux pauvres de notre société d’abondance. Ils roulent en 4×4, envoient leurs enfants dans les public schools (écoles privées aux frais d’inscription mirobolants) et, pourtant, se sentent asservis par le système.
Ces paradoxes donnent lieu à des scènes cocasses : refus de payer les frais de stationnement, chapardage dans les épiceries fines de Kings Road, maculages des bulletins de vote lors d’élections locales.
Ils semblent prêts à basculer dans la violence pour changer le monde alors qu’ils ont toujours vécu dans l’aisance. Alors, l’apocalypse oui, mais capitonnée !

Hello, Coupland ?

C’est avec Generation X, le roman culte des années 90, que j’ai découvert Douglas Coupland, devenu au fil des ans un de mes auteurs préférés, au même titre que Martin Amis ou Bret Easton Ellis.
J’aime particulièrement ce mélange de désenchantement et d’humour qui est sa marque de fabrique. Le ton est à la fois drôle, tragique, absurde et léger. Tout ça en même temps, vraiment !

Roman à quatre voix, Hey, Nostradamus ! raconte l’histoire d’un homme, Jason. Cheryl, une jeune lycéenne, est la première à parler. Elle raconte son mariage secret avec Jason et surtout sa propre mort au cours d’une fusillade dans la cafétéria du lycée. Le début du roman fait forcément penser au film Elephant de Gus Van Sant (sur la tuerie au lycée de Colombine en 1999, au cours de laquelle deux élèves ont abattu 12 de leurs camarades et un professeur). C’est ensuite au tour de Jason qui, 10 ans plus tard, tente toujours de faire face au drame qu’il a vécu. Puis viennent Heather une petite amie de Jason qui tente de l’aider, et Reg, son père, qui ne sera finalement pas le salaud qu’il semblait être au début du livre.

Je vous recommande fortement ce livre. Coupland est un écrivain vraiment original : ses romans démarrent souvent par un événement extraordinaire (une fusillade dans le cas présent, ou un voyage spatial dans Toutes les familles sont psychotiques). Un procédé qui permet à l’auteur de raconter le monde dans lequel nous vivons et de lui donner un sens. Du coup, ses descriptions de la vie quotidienne de nos sociétés modernes sont particulièrement réussies. Et ses personnages, même s’ils sont déjantés, nous touchent au plus profond car leur histoire pourrait, les circonstances aidant, être la notre.

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