Chroniques Frénétiques, suite
Les Chroniques Frénétiques, ça vous dit quelque chose ? Non ? Petit rappel : en 2006, Patrick Bénard est le lauréat du premier concours de manuscrit organisé par le magazine Technikart. A la clé, la publication et la distribution du livre avec le numéro d’été du magazine. Une chance qui s’est révélée toute relative pour l’auteur, puisque l’opération a quelque peu tourné au vinaigre : ses Chroniques ne furent jamais distribuées en librairie - comme cela devait initialement être le cas. Par la suite, les possibilités de convaincre un éditeur de publier un livre… déjà publié se sont avérées, évidemment, très minces.
Une situation difficile pour l’Auxerrois qui n’a néanmoins jamais perdu de vue l’idée d’une réédition. Aujourd’hui, après moult péripéties, Patrick Bénard a décidé de se tourner vers l’impression à la demande. Une solution « bâtarde », comme il l’avoue lui-même, mais qui a au moins le mérite de faire exister un texte qui lui tient à cœur. Si vous avez raté ce petit opus lors de sa sortie - et à moins d’avoir acheté le numéro de l’été 2007, c’est forcément le cas -, il est enfin possible de se le procurer.
Une bonne nouvelle qui s’accompagne pour Patrick de plusieurs projets : un recueil de micro-nouvelles et une fiction autour du rock (avec un éditeur, cette fois) dont on aura sûrement l’occasion de reparler ici…
Chroniques frénétiques, une histoire intime du rock
de Patrick Bénard
www.thebookedition.com (14€ + frais de port 2,22€) et à la librairie Obliques à Auxerre.
La playlist du livre, à écouter sur Deezer
Mon avis sur les Chroniques : lire le billet Rock Intime
Mon article sur l’opération manuscrit de Technikart : lire le billet Jeune plume cherche éditeur
L’excellent billet de Magda sur Patrick Bénard : lire le billet Interview Collector
Desperately Seeking Dylan
En refermant le livre de François Bon consacré à Bob Dylan, un sentiment étrange parcourt le lecteur. Celui d’en savoir… moins sur Bob Dylan qu’avant sa lecture. Une impression qui ne tient évidemment pas à la qualité du travail du biographe. Au contraire. Bob Dylan, une biographie est un ouvrage dense, fouillé, regorgeant d’anecdotes sur l’icône folk des sixties. En près de 450 pages, l’auteur nous fait revivre la carrière de Dylan, s’attachant principalement aux années soixante. Biographie n’est d’ailleurs pas le mot exact. Reconstitution ou récit serait plus juste, tant ce livre s’éloigne des cannons habituels de la biographie rock. En premier lieu, car l’auteur ne prétend pas à l’exhaustivité, ce n’est pas une encyclopédie de Dylan. Mais une biographie subjective dans laquelle l’auteur n’hésite pas à expliquer ce que lui, François Bon, faisait à tel moment clé de la vie de Dylan (ce qui énerve parfois un peu). Ensuite, car l’auteur a le don de ne pas nous emmener là où on a envie d’aller. Certains pans de la vie de Bob Dylan sont occultés, sans qu’on sache si c’est par manque d’informations ou par choix délibéré. Par exemple la relation entre Dylan et Joan Baez : le lecteur a envie de connaître les détails de la romance entre les deux plus grandes stars du folk de l’époque. Mais François Bon botte en touche. Pour en savoir plus, il faudra regarder ailleurs.
Alors, à quoi tient cette impression que le mystère s’épaissit à mesure qu’on avance dans le livre ? A la personnalité de Dylan lui-même, bien sûr. Qui donne une des clés du mystère : « pour me comprendre, il faut aimer les puzzles. » Certes, mais un drôle de puzzle tant les pièces sont protéiformes. Sans compter les nombreuses pièces manquantes, vu le mutisme du personnage. Mais en effet, il n’y pas grand chose de commun entre le Dylan qui arrive à New York en 1961 avec des rêves de gloire, et le Dylan post-Newport, qui s’embarque dans une tournée marquée par les sifflets et les huées. Il n’a alors que vingt-cinq ans mais donne soudain l’impression d’en avoir cent, une constante, puisque le personnage semble toujours plus âgé qu’il ne l’est réellement.
Si le livre de François Bon met en avant un personnage complexe, aux multiples facettes, à des années lumières par exemple d’un Mick Jagger, c’est également une formidable plongée dans le processus de création musical. A ce titre, la genèse de certains enregistrements d’albums est tout à fait passionnante. Et il faut toute l’érudition musicale de l’auteur pour souligner, ici, un accompagnement au piano, là, la particularité d’un accord de guitare. Du coup, en lisant ce livre, on n’a qu’une envie : écouter la bande-son.





Bob Dylan, une biographie
de François Bon
Le livre de poche
465 pages
Bob Dylan, une biographie est le deuxième tome d’une trilogie rock sur les années soixante, le premier tome étant consacré aux Rolling Stone et le dernier, sorti en septembre 2008, à Led Zeppelin.
Crédit photo : Barry Feinstein, 1966
Technorati Profile
Rock intime
Lauréat du concours manuscrit Technikart en 2006, Patrick Bénard propose avec Chroniques Frénétiques une histoire intime du rock. Divisé en 33 chapitres avec une intro et un rappel, ce petit livre raconte l’histoire d’Hadrien, adolescent à Auxerre dans les années 70.
La bonne idée de ce texte est d’avoir donné à chaque chapitre le nom d’un album. Car si Hadrien est bien le personnage central du livre, c’est surtout de rock dont l’auteur nous parle. Et de ces groupes qui nous accompagnent tout au long de la vie. Hadrien, un adolescent timide, s’éveille progressivement au rock. Après avoir entendu les Beatles à la radio, il achète son premier disque : Let It Be. Exit donc la variété qu’il écoutait jusque là. Avec les Beatles, il s’est initié à la pop. Impossible de faire machine arrière. Il découvre ensuite Pink Floyd, Genesis et Led Zep. Avant d’être complètement submergé par la vague punk et d’oublier tout ce qu’il a écouté avant. Début des années 80 Hadrien écoute Clash, Joy Division, Bauhaus.
Puis, à Berlin où il vit désormais, Hadrien part en vrille. Il foire un peu ses années 90, personnellement et musicalement. Peut être est-il trop vieux, comme il dit, en tout cas il passe complètement à côté de Nirvana. Et s’entiche de Ride, un groupe de Brit pop.
Entre temps, Hadrien disparaît et un mystérieux narrateur prend sa place…
Joli texte que ces Chroniques Frénétiques où se mêlent vie personnelle, chronique musicale et érudition rock. Après la lecture de ce petit opus, on a l’envie subite d’écouter ou de réécouter un bon nombre des albums chroniqués.
Chroniques Frénétiques
(Une histoire intime du rock)
de Patrick Bénard
Technikart éditions
Rendez vous la semaine prochaine pour un billet complet sur le concours de manuscrit Technikart.
Hunter S. Thompson, serial writer
Lire la correspondance de Hunter S. Thompson peut sembler a priori une drôle d’idée. Pourquoi ne pas lire plutôt Las Vegas Parano ou La Grande Chasse au requin ou Hell’s Angels, sa fameuse étude sociologique sur les Hell’s ? Réponse simple : sa correspondance est parmi ce qu’il a fait de mieux. Formidablement bien écrit, Gonzo Highway permet de découvrir l’homme derrière le personnage du Docteur - un titre qu’il s’est donné une nuit de beuverie.
La sélection des lettres réunies dans Gonzo Highway n’a pas été une mince affaire. Son éditeur a du piocher parmi les milliers (20 000 exactement !) de missives que Thompson conservait religieusement depuis l’âge de 11 ans. Il a débuté tôt mais, surtout, il a écrit à beaucoup de monde. A son banquier pour se plaindre de la couleur des chèques, à son dentiste, au rédacteur des discours de Bobby Kennedy pour offrir ses services, à Tom Wolfe ou William Faulkner, ainsi qu’à un certain nombre d’éditeurs et de rédacteurs en chef. Un serial writer en somme.
Dans la première partie (les années 1955 à 1967), on découvre un jeune homme sûr de son talent, mais qui rencontre énormément de difficultés dans l’exercice de son métier. Ses démarches pour obtenir une pige ou un poste sont particulières : il écrit souvent bourré et il est fréquemment grossier, voire insultant, avec ses correspondants ! Mais son talent pour l’écriture est incontestable. C’est finalement grâce à Hell’s Angels que Thompson va connaître le succès. Epuisé dés sa sortie et en tête des meilleures ventes, Hell’s Angels va faire de Thompson un des journalistes les plus en vus du ‘nouveau journalisme’.
La deuxième partie (de1968 à 1976) est une période extrêmement faste pour Thompson. Il est très demandé et travaille pour les plus grandes publications : Rolling Stone, Esquire, The New York Times… C’est à cette époque qu’apparaît le terme Gonzo. Voici comment Hunter S. Thompson définissait le journalisme Gonzo : « Gonzo fait référence à un style de reportage fondé sur l’idée que la meilleure fiction est bien plus vraie que n’importe quel journalisme - ce que les meilleurs journalistes ont toujours su ». Le plus bel exemple de journalisme gonzo serait donc Las Vegas Parano. Ainsi, les aventures de Duke et du Doc seraient une fiction, un roman tout simplement. Ce que personne ne veut croire. Et pourtant…
Gonzo Highway est un chef d’œuvre d’humour et de férocité. Cette correspondance nous permet de découvrir un être sincère, profondément original, toujours lucide et en phase avec son temps. Il s’est rarement trompé dans son analyse de l’état de l’Amérique. Que ce soit à la mort de Kennedy, durant la présidence de Nixon ou la guerre du Vietnam. Une personnalité attachante aussi : lorsqu’il n’est pas en voyage ou en virée de défonce, Thompson vit tranquillement dans son ranch d’Aspen, Colorado, avec sa femme et son fils, s’engageant même dans la politique locale (il lui a manqué quelques centaines de voix pour être élu shérif du comté).
Génial et instructif sur les années 60/70.
Gonzo Highway : Correspondance de Hunter S. Thompson
de Hunter S. Thompson
Editions 10/18
623 pages
9,40 euros
Les rock’n books de Jean-François Bizot
Journaliste, écrivain, patron de presse, entrepreneur et fêtard extraordinaire, Jean-François Bizot, décédé en septembre 2007, était aussi l’auteur de livres sur la contre-culture et la culture rock. Petit retour en arrière sur quelques uns des ouvrages publiés par le fondateur d’Actuel et de Radio Nova…
Alain Dister et JFBizot après 3 ans en Californie ! (photo Bernard Plossu)
Avec une centaine d’articles, un millier d’illustrations, Bizot présente la New Wave est la véritable bible des années 80, retracées ici sous toutes leurs facettes (mode, musique, design, architecture, art, BD, séries télés…).
Une période dont Keith Haring (qui réalisa ses premiers dessins sur les panneaux du métro new yorkais en 1980), Klaus Nomi (chanteur d’opéra post punk), Kraftwerk (groupe précurseur de l’électro) ou New Order (né des cendres de Joy Division) sont parmi les artistes les plus emblématiques.
Plus qu’une compilation, cet ouvrage restitue l’énergie et la créativité de la dernière décennie avant le politiquement correct.
Bizot présente la New Wave
de Mariel Primois et Jean Rouzaud
Editions du Panama
286 pages, 45€
Underground : l’histoire est un foisonnement d’images et de textes, de collages, de photomontages, d’illustrations psychédéliques, de notes manuscrites, de lettres écrites sur des cahiers à carreaux, de unes de magazines, d’extraits d’interviews, de comics, de photos, de pochette de disques, de couvertures de livres.
La mise en page est carrément bordélique mais l’avantage c’est que cela permet de feuilleter ce livre un peu au hasard.
Underground retrace l’histoire des freaks, des provos, des Diggers, des hippies, des babas, des routards, des beatniks, des maos, des communautés, des utopies urbaines, de la libération sexuelle, du LSD, des gourous, des happenings, des premiers technos, des festivals, des guerres de libération, des guerillas, des radios pirates, du théâtre de rue, du féminisme, des drags queens, du punk, d’Actuel, de Bizot et de la fin de l’underground. Toute une époque, quoi !
Underground : l’histoire
de Jean-françois Bizot
Editions Denoel
340 pages, 30€
Free Press : La contre-culture vue par la presse underground, paru en 2006, présente les plus belles affiches et couvertures des magazines et fanzines de l’Underground Press Syndicate. Le format et l’impression sont magnifiques : une couverture cartonnée épaisse, de très belles planches en couleur, les visuels psychédéliques de l’International Times ou des premiers numéros d’Actuel. Un livre pour graphistes insolents et survoltés… et les autres aussi !
Free Press : La contre-culture vue par la presse underground
de Jean-François Bizot
Editions du Panama
255 pages, 40€
Sur Jean-François Bizot :
-Citizen Bizot, mort à 126 ans : très bon portrait (et excellent titre) paru dans Libération, par 2 anciens d’Actuel, Léon Mercadet et Patrice Van Eersel.
-Les Bizoteries : extraits d’émissions de radio, vidéos de passages télé, extraits de presse, livre d’or.






