Les livres de 2009
Posté le 4 décembre 2009
Catégorie listes etc. | 4 commentaires
En cette période de l’année, impossible de passer au travers. Il suffit d’ouvrir un magazine, littéraire ou généraliste, pour tomber dessus. Quoi ? Mais les listes, classements et bilans de fin d’année, pardi ! En attendant ceux de fin de décennie dans une poignée de semaines… En matière littéraire, on a déniché un marronnier dont on se demande un peu la raison d’être : la liste des vingt meilleurs livres. D’où sort ce chiffre de vingt ? Et pourquoi pas dix ? Mystère, mais peu importe, la presse a ses raisons que nous simples lecteurs ne pouvons pas connaître.
Début du mois de décembre, Le Point et Lire ont déjà sortis leur top 20. Le point commun : l’absence des lauréats du Goncourt et du Renaudot, alors que quelques mois auparavant, dans ces mêmes colonnes, Un roman français de Beigbeder et Trois femmes puissantes de Marie NDiaye étaient considérés comme absolument incontournables… Seul le prix Médicis avec L’énigme du retour de Dany Laferrière est dans le classement de Lire.
Deux ouvrages figurent dans les deux listes : D’autres vies que la mienne d’Emmanuel Carrère et Le lièvre de Patagonie, l’autobiographie de Claude Lanzmann. Au Point, on retient également Les heures souterraines de Delphine de Vigan, un temps considéré comme favori pour le Goncourt. Quant au mag dirigé par François Busnel, il choisit comme meilleur roman de l’année Et que le vaste monde poursuive sa course folle de Colum McCann, le livre éminemment politique de l’irlando-américain. Pour le reste, il mise sur des valeurs sûres : Exit le fantôme de Roth ou Un pays à l’aube de Lehane. Et, petite surprise, une catégorie roman gonzo, avec Comme la grenouille sur son nénuphar de Tom Robbins aux éditions Gallmeister…
Pour ma part, la liste que je préfère retenir est celle de l’équipe littéraire de Fluctuat avec laquelle je me sens plus en phase, même si je n’ai pas lu la majorité des livres - exception faite de l’excellent Une partie du Tout de Steve Toltz dont la chronique sur ce blog se fait plus qu’attendre.
Et pour vous le meilleur roman de cette année, c’est quoi ? J’attends vos réponses pour organiser ma session de rattrapage lors des prochaines vacances !
La sélection de la rédaction de Fluctuat :
1. David Mitchell, Le Fond des forêts
2. Emmanuel Carrère, D’autres vies que la mienne
3. Steve Toltz, Une partie du tout
4. Junot Diaz, La Brève et merveilleuse vie d’Oscar Wao
5. David Foster Wallace, La Fonction du balai
6. Jack O Connell, Dans les limbes
7. Véronique Ovaldé, Ce que je sais de Vera Candida
8. Charles Bock, Les Enfants de Las Vegas
9. Edgar Hilsenrath, Fuck America
10. Dominic Cooper, Vers l’aube
A consulter : les deux listes sur le Carnet de lecture de Solenn.
Crédit photo : http://rooms.tumblr.com
Le Romand de Carrère
Posté le 3 décembre 2009
Catégorie littérature française | 1 commentaire
Raconter la vie des autres est un exercice auquel Emmanuel Carrère a l’habitude de se livrer, et l’écrivain n’a pas attendu D’autres vies que la mienne pour le faire. Il y a dix ans sortait L’Adversaire, son récit-enquête sur Jean-Claude Romand, l’homme qui a passé dix-huit ans à s’inventer une vie qu’il était incapable de mener dans la réalité. Le mensonge a culminé avec l’assassinat de ses parents, de sa femme et de ses enfants. Une histoire à la fois fascinante et morbide qui ne pouvait que retenir l’attention de celui qui a placé la question du double et de l’identité au cœur de son œuvre.
L’Adversaire n’est pas un roman - bien qu’il en ait le souffle romanesque -, ni un récit mais un objet hybride dans lequel Emmanuel Carrère part sur les traces de Romand. En 1993, après avoir assassiné toute sa famille, Jean-Claude Romand tente de se suicider. L’enquête démontre que celui qui se prétendait chercheur à l’OMS n’était pas chercheur, ni même médecin et, pire, qu’il n’était rien. Comme le dit Emmanuel Carrère « le mensonge ne recouvrait rien» : l’homme passait ses journées sur un parking d’autoroute ou à errer dans les forêts de son Jura natal, avant de rentrer chez lui une fois sa prétendue journée de travail terminée. Sa double-vie ne cachait qu’un grand vide.
L’écrivain, qui a assisté au procès et entretenu une correspondance avec Romand, montre très bien les deux facettes du personnage et de son histoire hyper glauque. C’est même toute la réussite d’un livre dont on craint d’abord qu’il ne soit complaisant - ce qu’il n’est absolument pas. Il y a en premier lieu le Romand-victime, entrainé dans la spirale du mensonge et de la mythomanie à la suite d’une histoire banale : son échec en deuxième année de médecine. Un engrenage qui ne s’arrêtera que vingt ans plus tard alors qu’il est sur le point d’être démasqué. A aucun moment, il n’envisage de dévoiler la vérité à ses proches, de peur de les décevoir. Tous l’encouragent même dans le mensonge en ne questionnant pas ses bizarreries, comme sa femme qui, en dix-huit ans de vie commune, ne téléphone pas une seule fois à son bureau…
Mais si la mythomanie est bien une maladie qu’un choc psychologique peut suffire à déclencher, et dont aucun d’entre nous n’est à l’abri, elle n’explique pas tout. Et surtout pas le versant beaucoup moins reluisant du Romand-criminel, auteur de cinq meurtres avec préméditation (dont celui particulièrement horrible de sa femme). Il y a également de nombreuses zones d’ombres et de doutes (le décès accidentel de son beau-père dans un escalier ou son suicide avec des cachets périmés) qui font que la fascination initiale de l’auteur, comme la nôtre, laisse place à une sorte de dégoût…
Crédit photo : magazine Marie-Claire
L’Adversaire
d’Emmanuel Carrère
Folio, 220 pages





Modern Love
Posté le 24 novembre 2009
Catégorie littérature anglo-saxonne | 4 commentaires
Tout le monde ou presque connaît Frank Lloyd Wright, l’architecte qui a inventé la structure en forme de spirale du musée Guggenheim de New York. Pourtant, bien des années avant que ses réalisations ne soient reconnues, c’est sa vie privée qui a fait la une des journaux. Dans Loving Franck, Nancy Horan dévoile l’histoire d’une passion amoureuse qui fut l’un des plus grands scandales américains du début du XXème siècle.
En 1903, Frank Lloyd Wright construit une maison pour Edwin et Mamah Cheney, un couple de Chicago. Cinq ans plus tard, Frank et Mamah quittent les Etats-Unis pour l’Europe afin de vivre leur amour au grand jour, abandonnant derrière eux femme, mari et enfants (huit à eux deux). Une fuite qui s’explique par les mœurs puritaines de l’époque ainsi que par la place des femmes dans la société. Le monde est alors essentiellement masculin : une femme a le droit de demander le divorce mais, en pratique, elles sont peu nombreuses à avoir assez de force de caractère pour entamer une telle procédure.
Cette fiction historique est passionnante a plus d’un titre. D’abord, elle permet de plonger dans le processus créatif d’un des plus grands architectes du siècle dernier. Aussi surprenant que cela puisse paraître, ses théories sur l’architecture organique sont toujours d’actualité. Et il n’y a qu’à regarder ses constructions les plus célèbres pour comprendre que l’homme était un visionnaire. Loving Frank est également l’histoire d’une femme, Mamah Borthwick, dont le parcours se confond avec celui de l’émancipation féminine. En Europe, elle fait la découverte des théories d’Ellen Key, une philosophe féministe, qui l’amène à s’interroger sur la place des femmes dans la société. Et à réaliser que le rôle de mère ne suffit pas à son bonheur. Une liberté et une indépendance qu’elle paye le prix fort puisqu’elle va passer cinq années séparée de ses enfants.
Mais toute passion amoureuse a ses limites et le couple, hanté par la culpabilité, décide de rentrer aux Etats-Unis. Dans le Wisconsin, à Taliesin, Frank Lloyd Wright met en pratique ses théories en construisant la maison du bonheur, tandis que la presse, déchainée par la nouvelle de leur retour, s’acharne sur le couple…
Vous voulez connaître la suite ? Ne comptez pas sur moi pour la raconter ! Dévoiler ne serait-ce qu’une infime partie de l’histoire entamerai la force romanesque d’un livre que l’on a du mal à lâcher jusqu’à sa conclusion finale…
Le site du livre, très complet : photos, vidéos, lettres de Mamah Borthwick…
Loving Frank
de Nancy Horan
Editions Buchet Chastel
539 pages, 25€





Chroniques Frénétiques, suite
Posté le 18 novembre 2009
Catégorie rock'n book | 4 commentaires
Les Chroniques Frénétiques, ça vous dit quelque chose ? Non ? Petit rappel : en 2006, Patrick Bénard est le lauréat du premier concours de manuscrit organisé par le magazine Technikart. A la clé, la publication et la distribution du livre avec le numéro d’été du magazine. Une chance qui s’est révélée toute relative pour l’auteur, puisque l’opération a quelque peu tourné au vinaigre : ses Chroniques ne furent jamais distribuées en librairie - comme cela devait initialement être le cas. Par la suite, les possibilités de convaincre un éditeur de publier un livre… déjà publié se sont avérées, évidemment, très minces.
Une situation difficile pour l’Auxerrois qui n’a néanmoins jamais perdu de vue l’idée d’une réédition. Aujourd’hui, après moult péripéties, Patrick Bénard a décidé de se tourner vers l’impression à la demande. Une solution « bâtarde », comme il l’avoue lui-même, mais qui a au moins le mérite de faire exister un texte qui lui tient à cœur. Si vous avez raté ce petit opus lors de sa sortie - et à moins d’avoir acheté le numéro de l’été 2007, c’est forcément le cas -, il est enfin possible de se le procurer.
Une bonne nouvelle qui s’accompagne pour Patrick de plusieurs projets : un recueil de micro-nouvelles et une fiction autour du rock (avec un éditeur, cette fois) dont on aura sûrement l’occasion de reparler ici…
Chroniques frénétiques, une histoire intime du rock
de Patrick Bénard
www.thebookedition.com (14€ + frais de port 2,22€) et à la librairie Obliques à Auxerre.
La playlist du livre, à écouter sur Deezer
Mon avis sur les Chroniques : lire le billet Rock Intime
Mon article sur l’opération manuscrit de Technikart : lire le billet Jeune plume cherche éditeur
L’excellent billet de Magda sur Patrick Bénard : lire le billet Interview Collector
La tentation du tag
Posté le 27 octobre 2009
Catégorie perso | 2 commentaires
Une pile de livres non chroniqués qui grandit de jour en jour, des billets commencés et abandonnés… Je n’ai d’autre choix que de céder à la tentation du tag - un billet vite fait à peu de frais. Merci Thierry !
Plutôt corne ou marque-page ?
Je ne corne pas mes livres, alors marque-page, sans hésitation.
As-tu déjà reçu un livre en cadeau ?
Evidemment, mais qui n’en a jamais reçu ? Ceux à qui on n’offre pas de livres ne sont surement pas de grands lecteurs, à fortiori des blogueurs littéraires… Le dernier livre qu’on m’a offert, c’était il y a quelques mois : L’histoire des Clash, avec une belle couverture rose fluo, aux éditions du Diable Vauvert.
Lis-tu dans ton bain ?
Non, pas vraiment pratique. Mais un magazine à la rigueur…
As-tu déjà pensé à écrire un livre ?
Oui, comme 32 % des français selon un sondage du Figaro (3% des personnes interrogées avouent même avoir écrit un manuscrit). Rien de très original donc dans cette réponse. Mais loin de moi l’idée d’écrire un roman. Le livre que j’ai en tête s’apparenterait plus à un livre d’enquête sur un thème qui nécessiterait des recherches et des entretiens. Reste juste à trouver le sujet !
Que penses-tu des séries en plusieurs tomes ?
Il y a quelques années, j’ai dévoré les Chroniques de San Francisco, un excellent souvenir de lecture. J’aime suivre l’évolution des personnages dans le temps (comme dans les séries télés) et c’est la raison pour laquelle j’apprécie la saga de Poppy Z. Brite sur Rickey et G-man, deux cuistots de la Nouvelle-Orléans. Malheureusement, l’auteure a décidé d’y mettre fin après le passage de l’ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans (sa ville natale) en 2005.
As-tu un livre culte ?
Pas un mais plusieurs. Là, forcément, on parle de classiques, notamment Le portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, L’amant de Lady Chatterley de D. H. Lawrence ou Gatsby le magnifique de Fitzgerald. Parmi les romans d’écrivains vivants, il y a Le bûcher des vanités de Tom Wolfe ou n’importe quel roman de Bret Easton Ellis.
Aimes-tu relire ?
Je relis deux sortes de livres. Des classiques qui m’ont marqué et dont j’aime retrouver les personnages et l’ambiance. C’est le cas des grands romans de la littérature anglaise du XIXème siècle. Orgueil et Préjugés de Jane Austen étant sans doute le livre que j’ai le plus souvent relu (quatre fois). Je relis également des romans que j’ai aimés mais dont le souvenir est vague - voire inexistant…
Rencontrer ou pas les auteurs des livres qu’on a aimé ?
Oui, mais pour leur dire quoi ? Qu’on a aimé leur livre ? Je ne me vois pas dans le rôle de la groupie littéraire - même si certains auteurs sont plutôt sexy ! Sérieusement, rencontrer les auteurs des livres qu’on a aimés, voire adorés, c’est s’exposer à une immense déception. En même temps, ça tombe bien vu que je n’ai absolument aucune chance de rencontrer Bret Easton Ellis ou Martin Amis (qui est de toute manière un vieux grincheux antipathique) !
Aimes-tu parler de tes lectures ?
Heu… si ce n’était pas le cas, je n’aurais pas un blog !
Comment choisis-tu tes livres ?
Dans l’ordre : les blogs, les librairies, la presse, les amis, les émissions littéraires.
Une lecture inavouable ?
Faut-il avoir honte des livres qu’on a lu ? Ou des livres qu’on aime tout en sachant qu’il sont mauvais ? Dans tous les cas, je n’ai rien à déclarer !
Des endroits préférés pour lire ?
Dans le désordre : sofa, chaise longue, lit, plage de sable fin, transat, gazon…
Lire et Manger ?
Je lis souvent des magazines en mangeant. Des livres jamais.
Livres empruntés ou livres achetés ?
J’aime les bibliothèques mais j’y emprunte rarement des livres… parce que je ne trouve jamais ce que je cherche !
As-tu déjà abandonné la lecture d’un livre ?
Oui, se forcer à lire un livre ce n’est pas une bonne idée. Mieux vaut s’arrêter, quitte à reprendre un peu plus tard. Je viens d’abandonner Le Petit Ami de Donna Tartt après deux cent pages (sur les huit cent que compte le livre). C’est une immense déception car son premier opus, Le Maître des Illusions, est surement l’un des meilleurs romans des années 90. Mais ici l’absence totale d’intrigue combinée à des phrases d’une longueur interminable m’a complètement rebuté…
Entre les lignes
Posté le 21 octobre 2009
Catégorie littérature française | 7 commentaires
Sorti en 2003, Frictions de Philippe Djian dresse le portrait d’un homme dont l’existence ressemble au mouvement d’un trapèze, balancé d’un coté, de l’autre, au gré des événements. Composé de cinq chapitres, un par décennie, le livre relate la vie du narrateur de l’enfance à l’âge mur, avec en points d’orgue des moments clés : le départ de son père lorsqu’il est âgé de dix ans, son premier job, son mariage, la naissance de sa fille… Dans ces fragments de vie, la seule constante est l’amour total et inconditionnel du narrateur pour sa mère. Une relation étrange et étouffante - à tel point que les diverses compagnes du narrateur ne manquent jamais de s’interroger sur sa nature exacte - qui l’a empêché de grandir. Le laissant parfois avec le sentiment « d’avoir sauté dans un tas de glu ».
Récit à la forme indéfinie, Frictions navigue constamment entre le roman et la nouvelle - quitte à désarçonner, voire à égarer son lecteur en route. En effet, si certains chapitres se suffisent à eux mêmes, d’autres se superposent les uns aux autres, d’autres encore sont logiquement la continuation du précédent. Mais ce sont dans les non-dits factuels et émotionnels que résident la véritable originalité de ce quatorzième opus de l’écrivain, ce dernier laissant le soin au lecteur de deviner ce qui est à peine suggéré. L’expression lire entre les lignes prend d’ailleurs ici tout son sens, tant ce qui n’est pas écrit forme justement le corps même du livre. Un paradoxe. Pourtant, ce procédé, même habilement maitrisé, ne convainc qu’à moitié : les blessures du narrateur ont beau transparaitre derrière les mots, on ne peut s’empêcher de se demander où veut en venir l’auteur…
Le style Djian, percutant et accrocheur, a déjà fait ses preuves. On le retrouve ici couplé à une bonne dose d’humour, qui a pour principal mérite d’atténuer la noirceur du propos. Au final, Frictions ne m’a pas fait décoller, mais son empreinte quelques mois après sa lecture est encore présente. En cela, c’est une réussite.
Frictions
de Philippe Djian
Folio, 250 pages





Ici Londres
Posté le 16 octobre 2009
Catégorie littérature anglo-saxonne | 11 commentaires
84, Charing Cross Road… Livre chouchou de nombreux blogueurs, objet de culte dans les pays anglo-saxons, la réputation de ce petit opus n’est plus à faire. En effet, la correspondance entre Helene Hanff et les employés de la librairie londonienne Marks & Co a tout pour séduire les amoureux des lettres. Visez un peu : une auteure américaine de pièces de théâtre à la recherche de livres rares et un libraire anglais ; la familiarité américaine et l’humour pince sans rire des Britanniques ; un pays riche qui vient de libérer l’Europe du nazisme et un autre valeureux, encore sous le coup du rationnement alimentaire. Et un dénominateur commun : l’amour des mots et des livres.
En 1949, Helene Hanff écrit à la librairie Marks and Co car elle est à la recherche d’éditions rares de grands classiques de la littérature anglaise. C’est le début d’une correspondance qui va s’étaler sur vingt ans, avec des creux évidemment. Mais entre Helene, l’américaine un peu fofolle et délurée, et Frank Doel, le libraire, s’instaure progressivement une relation d’amitié. Très vite, en plus de sa liste de livres, elle dévoile des morceaux de sa vie : son travail comme scénariste pour la télévision, ses déménagements successifs… Et prend la mesure de la situation économique en Angleterre. Parce que la vie à Londres lui semble à elle l’américaine plutôt difficile, elle envoie des colis d’œufs et de jambon à Marks and Co. En retour, tout le staff lui fait parvenir des lettres de remerciements, ému par sa gentillesse. C’est finalement ce qu’il y a de plus surprenant et de plus touchant dans ces 150 pages. Que des liens si forts aient pu se nouer entre des personnes qui ne se sont jamais rencontrées, ni vues (à part sur de vagues photos) ou même parlées, voilà qui fait forcément réfléchir le lecteur, à fortiori le blogueur.
Si le désir le plus ardent de l’Américaine est de se rendre en Angleterre - un souhait partagé par ses amis anglais -, ce voyage est régulièrement repoussé. Ce n’est qu’après la publication de ces lettres qu’elle se rend enfin dans le pays qui a attisé ses rêves. Mais une fois devant le 84 Charing Cross Road, force est de constater que la réalité n’est pas à la hauteur de ce qu’elle a imaginé : les portes sont fermées, Marks & Co n’existe plus. Reste cette correspondance qui témoigne de la force de la littérature et de ce qui peut exister par delà les mots…
84, Charing Cross Road
de Helene Hanff
Le Livre de Poche,158 pages











