Ensemble, c’est tout
Posté le 13 juillet 2009
Catégorie coups de coeur, littérature anglo-saxonne | 8 commentaires
Un homme et son fils marchent sur une route en direction du sud, dans un monde dévasté par un cataclysme nucléaire. C’est l’histoire de La Route, le roman de Cormac McCarthy, lauréat du prix Pulitzer 2007. Un an et demi après sa sortie, il était plus que temps d’oser enfin aborder ce chef-d’œuvre. Et force est de constater que le qualificatif n’est pas usurpé : dans ce texte court (252 pages), il n’y a rien à enlever, rien à ajouter, chaque mot est exactement à sa place, là où il doit être.
Si le sujet, aux frontières de la science fiction et de l’anticipation, est a priori aussi casse-gueule, c’est parce qu’on a tous lu des livres et vu des films qui traitent de l’apocalypse nucléaire. On a déjà des mots et des images en tête. On connait même la couleur de ce monde. Un gris noirâtre qui a fait disparaître toutes les nuances de l’humanité (d’ailleurs dans La Route, il n’y a que deux sortes d’humains : les « gentils » et les « méchants »). Simplement, il fallait s’appeler Cormac McCarthy et être un immense écrivain pour réussir à en extraire une parabole sur la condition humaine, et poser les questions qui comptent : que devient un être humain quand tout ce qu’il a connu a disparu ? Que reste t-il quand il n’y a plus rien ? Entre autres, l’amour d’un père pour son fils (le livre est d’ailleurs dédié à John Francis McCarthy, le fils de CMC) et l’espoir comme unique balise de survie.
Avec peu de personnages, puisque ceux que le père et le fils rencontrent ne sont que des accessoires, un minimum d’informations sur les origines de la catastrophe et une trame narrative répétitive, McCarthy réussit le tour de force de nous bouleverser. Mais c’est le style sobre et dépouillé de l’écrivain qui fait ici des merveilles et qui hisse le livre au rang de futur grand classique de la littérature américaine. Les longues phrases - on connaît l’aversion de McCarthy pour les virgules - et les dialogues courts embarquent le lecteur sur la route avec ce père et ce fils (dont on ne connait même pas les prénoms). Chaque pas qu’ils font, on le fait avec eux : on a peur, on a faim, on a froid ensemble. On goûte notre premier et dernier coca, avec l’enfant ; on garde tout au fond une lueur d’espoir, comme le père. On les suit dans leur périple, et dans une existence qui se résume désormais à chercher un abri pour la nuit, se protéger du froid, éviter les « méchants », et continuer à marcher. Avec la croyance qu’il y a encore quelque chose ou quelqu’un au bout de la route.
La Route
de Cormac McCarthy
Editions Points
252 pages





Hot Books : les livres à lire en été
Posté le 3 juillet 2009
Catégorie listes etc. | 10 commentaires
Voici une liste de livres à lire en vacances cet été, au soleil, sous une chaleur caniculaire… Des livres pour voyager et s’immerger dans une région ou un pays. Une liste complètement subjective, et forcément incomplète, mais composée de livres testés et approuvés, pour la plupart.
L’Ile d’Arturo - Elsa Morante
Un de mes livres préférés. L’île d’Arturo, c’est celle de Procida, dans le golfe de Naples, dans laquelle Arturo a grandit en solitaire. Un roman initiatique avec une véritable trame romanesque. Un conseil : partez en vacances à Procida et lisez ce livre !
La Plage - Alex Garland
Quand les vacances idéales (dans une île paradisiaque en Thaïlande) tournent au cauchemar #1. Evidemment, le livre est beaucoup mieux que le film réalisé par Danny Boyle avec Leo di Caprio. Culte.
Plage de Manaccora, 16h30 - Philippe Jaenada
Quand les vacances idéales (dans un petit village des Pouilles) tournent au cauchemar #2. En cours de lecture, un vrai plaisir.
Brighton Rock - Graham Greene
Un thriller avec en toile de fond la station balnéaire de Brighton dans les années 30. Un grand classique de la littérature anglaise.
Bonjour Tristesse - Françoise Sagan
Des vacances dans une villa sur la Côte d’Azur et les premiers instants de liberté de Cécile, dix-sept ans…
Vacances Anglaises - Joseph Connolly
Quand les vacances idéales (en famille) tournent au cauchemar #3. Une comédie loufoque qui nous rappelle que parfois, il vaut mieux… partir seul !
Big Sur et les Oranges de Jérôme Bosch - Henry Miller
Encore un livre qui m’a marqué. Big Sur, c’est la côte ouest des Etats-Unis, des paysages superbes qui ressemblent à la Côte d’Azur - mais sans le béton. Sous la plume d’Henry Miller, un voyage enchanteur et hors du temps dans un des endroits les plus beaux du monde. Apaisant.
Accès direct à la plage - Jean-Philippe Blondel
Quatre décennies, quatre destinations de bord de mer, des souvenirs de vacances… Celui-là, je le lirais cet été.
Le Mépris - Alberto Moravia
L’Italie encore, Capri, la Villa Malaparte, des images du film de Godard plein la tête…
La traversée de l’été - Truman Capote
New York sous la canicule, une ambiance étouffante sous la plume de Truman Capote (Laurence en parle très bien ici)…
Sous le soleil de toscane - Mayes Frances
Il y a des livres sur la Toscane bien supérieurs à celui de Mayes Frances - le pendant américain de Peter Mayle -, néanmoins, ce roman est une belle balade à travers la Toscane, avec recettes de cuisine en prime.
Corniche Kennedy - Maylis de Kérangal
L’été à Marseille, les gamins s’entassent sur les rochers de la corniche. A découvrir pour la belle écriture de Maylis de Kérangal : lire mon billet ici.
Et aussi : choisir ses livres en fonction de sa destination, les livres de 2009
Gothique et poétique
Posté le 2 juillet 2009
Catégorie littérature française | 2 commentaires

Dans Le Cri du Sablier, Chloé Delaume levait le voile sur la tragédie qui a marqué au fer rouge son existence. Elle n’a que dix ans lorsqu’elle assiste à un drame que les mots seuls ne peuvent circonscrire. Enfant, donc, Chloé Delaume voit son père tuer sa mère, puis retourner l’arme contre lui. Comment grandir et se construire après un tel drame ? En partie grâce à la littérature, telle est en tout cas la réponse de CD. Et son roman Le Cri du Sablier n’était qu’une des étapes dans la reconstruction d’une identité soumise à de multiples traumas. Dans son dernier opus, Dans ma maison sous terre, elle revient sur le drame à l’origine de son engagement littéraire. En 2004, trois ans après la sortie du Cri du sablier, Chloé apprend que son père n’est pas son père biologique. Le secret ou plutôt la « bonne nouvelle » - ainsi qu’elle lui a été présentée - est divulguée par sa grand-mère maternelle. Bouleversée par la nouvelle, pleine de haine pour mamie Suzanne qui a choisit si tardivement de se délester du secret, CD décide d’écrire un livre pour la tuer. Mais comment un livre peut-il tuer ? Tout simplement en provoquant un choc de nature à entrainer une rupture d’anévrisme.Un livre qui résonne évidemment comme un aveu d’impuissance - l’écrivain ne peut pas s’en prendre à la seule personne responsable du mensonge, sa mère décédée.
Le récit débute par une promenade dans le cimetière où sont enterrés sa mère et son grand-père. Chloé est accompagnée de Théophile, un homme énigmatique qui la guide dans le dédale des tombes, et à qui elle fait part de son projet. Tout au long du roman, il va tenter de l’en dissuader. Au hasard de leur déambulation, il retrace l’histoire de quelques uns des morts qui peuplent le cimetière. Théophile fait résonner la petite musique de Clothilde Mélisse, le double littéraire de Chloé Delaume, de Tom, le personnage fictif du roman de Marie Darieussecq, ou encore de Sacha Distel - le chanteur préféré de sa mère, dont une des chansons prend soudain une résonnance toute particulière.
La forme du roman est séduisante, ni classique, ni expérimentale. En dépit du sujet, il y a quelque chose de ludique dans l’écriture ainsi qu’une tentative de se démarquer de la forme traditionnelle du roman. Le livre alterne entre les bouts de vie de ceux qui sont enterrés dans le cimetière et la digestion par Chloé Delaume d’une information bouleversante. Un roman qui pêche cependant dans la deuxième partie, l’auteur ayant du mal à dépasser le stade des « jérémiades ». Reste de très beaux passages comme ce chapitre intitulé « La vie rêvée, mon ange », dans lequel l’auteur s’interroge sur la rencontre entre ses parents, et se prend à imaginer ce qu’aurait été sa vie si rien de tout ça ne s’était passé.
Le site de Chloé Delaume : chloedelaume.net
La BO du livre : les petites musiques des morts du roman, composées et interprétées par Aurélie Sfez et Chloé Delaume.
Crédit photo : Hermance Triay
Dans ma maison sous terre
de Chloé Delaume
Fictions et Cie
Le Seuil
201 pages, 17€





Absolutely Fabulous !
Posté le 28 juin 2009
Catégorie séries | Laisser un commentaire
Eddy et Patsy, deux prénoms qui évoquent irrésistiblement les héroïnes d’Absolutely Fabulous, la série la plus déjantée et la plus folle des 90’s. Créée par Jennifer Saunders, Ab Fab est dans la lignée des grandes séries produites par la BBC, à l’image de Fawlty Towers dans les années 70 ou plus récemment The Office. Une série qui trouve son origine dans « Modern mother and daughter », un sketch du duo comique French and Saunders, dans lequel les rôles mère/fille étaient complètement inversés. Diffusée de 92 à 96, puis de 2001 à 2003, la série compte 36 épisodes, sans compter les fameux Christmas Specials. Une longévité exceptionnelle pour une série dont seuls les Britanniques étaient capables d’accoucher : qui d’autre, en effet, pour créer une comédie mettant en scène deux femmes égoïstes et infantiles dont la superficialité n’a d‘égale que la méchanceté ?
Ab Fab, c’est d’abord une série sur les femmes : Eddy et Patsy bien sûr, Saffy (la fille d’Eddy), Gran (la grand-mère) et Bubble (la secrétaire déjantée). Les hommes sont quasiment invisibles, à l’exception des deux ex-maris d’Eddy (dont l’un est inévitablement gay) et de son fils Serge, brièvement aperçu dans l’épisode «Gay» de 2002. La série fonctionne sur le principe d’un duo détonnant entre deux copines d’enfance. Edina Monsoon, la fashion victime, à la tête d’une société de relations publiques, dont les rares clientes sont Lulu (une star has been des années soixante) ou l’ex Spice Girl Emma Benton. Et Patsy Stone, ex mannequin, ex égérie des sixties, à l’allure vampirique (elle n’a rien mangé depuis 1973), connue pour sa nymphomanie et sa dépendance à la drogue et à l’alcool. Deux copines qui n’ont qu’un seul mot d’ordre : faire la fête. Et pour qui une journée sans champagne ou virée shopping n’a tout simplement pas de sens. Elles sont malheureusement stoppées dans leurs délires par Saffy, qui est aussi ringarde que sa mère est accro aux tendances. Le ressort comique de la série résidant justement dans cette inversion des rôles entre la mère et la fille. Si plus de quinze ans après sa création, la série n’a pas pris une ride, c’est parce qu’il y a quelque chose de foncièrement jubilatoire dans la vision de ces deux femmes dont l’enveloppe corporelle affiche un bon quarante au compteur, mais dont l’âge mental est resté bloqué à 15 (grand maximum).
Portée par des actrices formidables (Jennifer Saunders, Joanna Lumley, Julia Sawalha, Jane Whitfield, Jane Horrocks) et des dialogues absolument géniaux, parsemés de Darling, Sweetie et autres, Ab Fab est la quintessence de la comédie anglaise. Un cocktail explosif d’absurde et de gags un peu lourds, poussés jusqu’au nonsense total.
On ne s’en lasse pas !
A voir :
L’épisode de French and Saunders qui a donné naissance à Ab Fab : l’essence de la série est concentrée dans ces dix minutes de sketch.
Sur le site de la BBC, des résumés d’épisodes, des photos, des vidéos - très complet.
Extrait :
Desperately Seeking Dylan
Posté le 26 juin 2009
Catégorie rock'n book | Laisser un commentaire
En refermant le livre de François Bon consacré à Bob Dylan, un sentiment étrange parcourt le lecteur. Celui d’en savoir… moins sur Bob Dylan qu’avant sa lecture. Une impression qui ne tient évidemment pas à la qualité du travail du biographe. Au contraire. Bob Dylan, une biographie est un ouvrage dense, fouillé, regorgeant d’anecdotes sur l’icône folk des sixties. En près de 450 pages, l’auteur nous fait revivre la carrière de Dylan, s’attachant principalement aux années soixante. Biographie n’est d’ailleurs pas le mot exact. Reconstitution ou récit serait plus juste, tant ce livre s’éloigne des cannons habituels de la biographie rock. En premier lieu, car l’auteur ne prétend pas à l’exhaustivité, ce n’est pas une encyclopédie de Dylan. Mais une biographie subjective dans laquelle l’auteur n’hésite pas à expliquer ce que lui, François Bon, faisait à tel moment clé de la vie de Dylan (ce qui énerve parfois un peu). Ensuite, car l’auteur a le don de ne pas nous emmener là où on a envie d’aller. Certains pans de la vie de Bob Dylan sont occultés, sans qu’on sache si c’est par manque d’informations ou par choix délibéré. Par exemple la relation entre Dylan et Joan Baez : le lecteur a envie de connaître les détails de la romance entre les deux plus grandes stars du folk de l’époque. Mais François Bon botte en touche. Pour en savoir plus, il faudra regarder ailleurs.
Alors, à quoi tient cette impression que le mystère s’épaissit à mesure qu’on avance dans le livre ? A la personnalité de Dylan lui-même, bien sûr. Qui donne une des clés du mystère : « pour me comprendre, il faut aimer les puzzles. » Certes, mais un drôle de puzzle tant les pièces sont protéiformes. Sans compter les nombreuses pièces manquantes, vu le mutisme du personnage. Mais en effet, il n’y pas grand chose de commun entre le Dylan qui arrive à New York en 1961 avec des rêves de gloire, et le Dylan post-Newport, qui s’embarque dans une tournée marquée par les sifflets et les huées. Il n’a alors que vingt-cinq ans mais donne soudain l’impression d’en avoir cent, une constante, puisque le personnage semble toujours plus âgé qu’il ne l’est réellement.
Si le livre de François Bon met en avant un personnage complexe, aux multiples facettes, à des années lumières par exemple d’un Mick Jagger, c’est également une formidable plongée dans le processus de création musical. A ce titre, la genèse de certains enregistrements d’albums est tout à fait passionnante. Et il faut toute l’érudition musicale de l’auteur pour souligner, ici, un accompagnement au piano, là, la particularité d’un accord de guitare. Du coup, en lisant ce livre, on n’a qu’une envie : écouter la bande-son.





Bob Dylan, une biographie
de François Bon
Le livre de poche
465 pages
Bob Dylan, une biographie est le deuxième tome d’une trilogie rock sur les années soixante, le premier tome étant consacré aux Rolling Stone et le dernier, sorti en septembre 2008, à Led Zeppelin.
Crédit photo : Barry Feinstein, 1966
Technorati Profile
Sur la corde r☭uge
Posté le 22 juin 2009
Catégorie coups de coeur | 2 commentaires
Le mausolée situé en plein cœur de Sofia est l’emblème du communisme bulgare. Construit en 1954, l’édifice abrite les reliques du corps de Gueorgui Dimitrov, le « père de la nation ». Une fois dans leur vie, à l’occasion d’une sortie d’école, les enfants bulgares effectuent ce pèlerinage. Ce que Milena, huit ans, ressent en descendant les marches du Mausolée, sa mère l’a ressenti avant elle : l’odeur de formol, le froid, l’étrangeté du corps. Cette répétition des gestes et des comportements est un des rouages essentiels du régime, l’élément indispensable à sa longévité. Et puisque ces us et coutumes perdurent de génération en génération, rien de surprenant à ce qu’il en soit de même de la peur et des traumatismes.
Mausolée, quatrième roman de l’écrivain Rouja Lazarova, révèle l’étendue des dégâts causés par cinquante ans de totalitarisme. Dans ce superbe roman, l’écrivain décortique la vie quotidienne au temps du communisme. Avec une émotion souvent à fleur de peau, puisque l’auteur a vécu en Bulgarie jusqu’en 1991, date à laquelle elle est venue s’installer en France. Ce qui intéresse l’auteur, c’est l’intime. Et plus particulièrement la manière dont le régime s’est immiscé au plus profond des individus pendant un demi-siècle. Ici, ni chiffres, ni statistiques, pour dresser le livre noir du communisme. Pas de pathos non plus. Selon Rouja Lazarova, les Bulgares n’étaient pas les plus mal lotis du bloc de l’est. N’empêche, le tableau est carrément sombre.
L’auteur trace le portrait de trois générations de femmes : la grand-mère, Gaby - 20 ans en 1944 lors de la création du régime, la mère, Rada, et la petite fille, Milena, qui assistera à la fin du régime en 1989. Trois femmes qui sont ce que l’auteur appelle des « funambules du socialisme », une frange de la société qui n’est pas membre du parti (seuls les éléments les plus prometteurs du socialisme étaient « invités » à s’inscrire) et qui déteste les communistes. Et qui n’a d’autre choix que de se taire. La famille est marquée par la disparition de Peter, le mari de Gaby, fusillé en 1946 « pour avoir contribué, par ses activités de jazzman, au pourrissement de l’esprit prolétarien ». Alors, de mère en fille, on se révolte en silence. On subit les mensonges d’Etat, les tracas et les absurdités du quotidien. Et ces petites histoires mises bout à bout dressent le tableau du plus grand mensonge du XXème siècle : il y a les disparitions, comme celle de Sacho le violon, une figure emblématique de Sofia qui, un jour, s’évapore en pleine rue ; les cours où on apprend à démonter une kalachnikov ; les métiers dont on rêve, kiosquier (à cause de Pif et de son gadget - le plus beau jouet dont on puisse rêver) ou standardiste (pour pouvoir écouter toutes les conversations). Et puis il y a la peur permanente d’être dénoncé par des voisins zélés membres du parti. A partir des années 70, le régime perd progressivement de sa superbe. La jeunesse de Milena n’est plus tout à fait celle de sa mère - même « la répétition la plus soigneusement orchestrée finit par s’épuiser ». En 1990, le régime s’écroule, on démonte les statues. Enfin. La partie visible du communisme disparaît. Pour le reste, il faudra des années avant que les blessures ne s’effacent complètement.
Roman lu dans le cadre du prix de la Révélation 2009
Mausolée
de Rouja Lazarova
éditions Flammarion
331 pages, 19 €
Mad men saison 1
Posté le 19 juin 2009
Catégorie séries | 7 commentaires
Début des années 60, juste avant l’ère Kennedy : sur Madison Avenue les agences de publicité pullulent. Parmi elles, Sterling Cooper, une agence à taille humaine, encore conviviale malgré les budgets colossaux qu’elle brasse et les jeunes cadres aux dents longues qui y font leurs premières armes. Au sein de l’agence, Don Draper est un des meilleurs créatifs, un homme énigmatique, marié et père de deux enfants, capable de retourner un client indécis grâce à ses fulgurances verbales. Autour de lui, gravitent une armada de publicitaires, de secrétaires et de standardistes. Tous incarnent l’Amérique triomphante des années 60.
Autre époque, autres mœurs : Mad Men plonge le spectateur dans un monde qui n’existe plus. Un monde où tout le monde fume tout le temps. Ce qui est incroyablement sexy. Un monde où, si l’on s’en tient aux critères d’aujourd’hui, tous les hommes sont des alcooliques. Pas un rendez-vous ni un meeting sans que Don et ses hommes ne se servent de copieuses rasades d’alcool, que ce soit au bureau ou ailleurs. Et enfin un monde où tous les maris trompent leurs femmes et où les femmes ne trompent pas leurs maris. Non, elles les attendent sagement à la maison, vêtues de combinaisons de soie, le repas sur la table de la salle à manger. Inévitablement, elles sont toutes au bord de la dépression, plus desperate que n’importe quelle desperate housewife des années 00. Comme le montre très bien la série, elles sont complètement sous la tutelle des hommes et c’est avec stupéfaction qu’elles découvrent les premières femmes divorcées.
Si en seulement quelques épisodes Mad Men (amalgame entre Ad men et Madison avenue) s’est imposé comme ma nouvelle série préférée, c’est d’abord parce qu’elle est visuellement parfaite. La reconstitution historique est d’une exactitude sans faille. S’il y a des anachronismes dans la saison 1, ils m’ont en tout cas échappé. Qu’il s’agisse des décors, des vêtements ou des objets du quotidien, l’attention aux détails les plus infimes est époustouflante. La série semble incroyablement rétro mais préfigure parfaitement notre époque : les produits sur lesquels l’équipe de Don Draper développe des campagnes sont souvent familiers. Par ailleurs, le cynisme des Mad Men montre bien comment la publicité a totalement perverti le système capitaliste en créant des besoins pour des produits dont nous n’avons justement aucun… besoin.
Alors que se passe t-il dans cette série si géniale ? Et bien, pas grand chose et c’est justement ce qui fait tout son charme. Mais si le spectateur a cette impression, c’est parce que les personnages se cherchent en permanence. Perdus dans un monde moderne qui s’accélère davantage chaque jour. De plus, les choses sont souvent esquissées, d’abord suggérées puis dévoilées : les secrets n’explosent pas au grand jour, ils sortent petit à petit.
Avec Mad Men, on quitte les territoires balisés d’une série télé pour basculer dans de ce qui pourrait être qualifié de cinéma sérialisé : la série est servie par un travail de photographie exceptionnel, avec des plans fixes magnifiques dont les coloris fauves et la lumière sombre évoquent les toiles de Edward Hopper. Il s’en dégage d’ailleurs la même impression de mystère et de nostalgie.
Mad Men Saison 1
Créée par Mattew Weiner
13 épisodes
Saison 2, en ce moment sur Canal +
Diffusion de la saison 3 à partir du mois d’août (US)






