Playlist #3 : David Foenkinos
Posté le 17 juin 2009
Catégorie la playlist | 4 commentaires
La playlist est de retour… Bon, c’est vrai que depuis que Télérama a publié un dossier pharaonique sur les dix livres cultes d’une centaine d’écrivains, le cœur n’y était plus. Néanmoins, David Foenkinos a répondu à mon questionnaire, il y a déjà quelques mois. Et il ne fait pas partie des écrivains qui ont dévoilé leurs livres préférés au magazine. De là à affirmer que l’auteur du Potentiel érotique de ma femme a voulu privilégier mon blog, il n’y a qu’un pas… que je ne franchirai pas ! Il faut quand même pas exagérer. Mais chut… je vais vous confier un secret… tout au fond de moi, je suis sûre que c’est vrai !
Livres cultes
1. Les Démons - Dostoïevski
“Pour la folie”
2. Belle du Seigneur - Albert Cohen
“Pour l’humour”
3. La Télévision - Jean-Philippe Toussaint
“Pour voir un chauve en pyjama”
4. Le paysan de Paris - Louis Aragon
“Pour l’expression la dictature de la sensualité”
5. L’illusion comique - Bernard Frank
“Pour les numéros de téléphone Odéon 32-40″
6. Cosmos - Witold Gombrowicz
“Pour la façon de décrire une bouche”
7. L’immortalité - Milan Kundera
“Car l’héroïne naît d’un geste”
8. Un homme - Philip Roth
“Toute une vie en 150 pages”
9. Lolita - Vladimir Nabokov
“Pour la dictature de la sensualité en trois syllabes”
10. Rue des boutiques obscures - Patrick Modiano
“C’est toujours le même livre, mais j’ai envie de choisir celui-là aujourd’hui”
11. La possibilité d’une île - Michel Houellebecq
“Même si les gens adorent dire que son premier livre est le meilleur, j’ai une passion pour ce dernier, et notamment la troisième partie, d’une beauté poétique absolue.”
Ecrivain préféré
“Sûrement Albert Cohen. C’est en le lisant que j’ai compris comment écrire.”
Un livre que vous aimez offrir
“Ca pourrait être Le Paysan de Paris de Louis Aragon et Solal d’Albert Cohen en buvant un verre de vin rouge un lundi soir.”
Dernier coup de cœur littéraire
“Le nouvel amour de Philippe Forrest. Car j’ai été impressionné par la description de la mécanique du retour au désir, et la puissance de ce désir.”
Un livre que vous aimez relire
“L’insoutenable légèreté de l’être de Milan Kundera car il me rappelle ma première émotion littéraire.”
As Time Goes By
Posté le 15 juin 2009
Catégorie littérature française | 4 commentaires
A quoi se résume une existence ? Quels souvenirs laisse t-on derrière soi ? Combien d’années, avant que la dernière personne à nous avoir connu, emporte avec elle la preuve de notre existence ? C’est à ces questions et à tant d’autres que tente de répondre Annie Ernaux dans son magnifique roman, Les Années.
L’autofiction irrite de nombreux lecteurs. Elle insupporte même. Et c’est vrai que parfois ce grand déballage du moi a de quoi désarçonner même les plus convaincus. Mais il arrive aussi que ces livres nous happent, nous interpellent et nous passionnent, autant par leurs qualités d’écriture que par les témoignages qu’ils apportent. Le livre d’Annie Ernaux fait partie de ceux-là. L’auteur porte en elle depuis de nombreuses d’années le projet de « mettre en forme par l’écriture son absence future ». Une manière somme toute de laisser sa trace. Jusque-là rien de très original. Ce qui l’est par contre, c’est la manière qu’a choisit l’auteur de rendre compte de son existence et du temps qui passe.
C’est par le biais de photos, prises comme point de départ pour « recoller ses souvenirs », que la narratrice choisit de se raconter. Une photo aux teintes sépia lorsqu’elle est enfant, puis des clichés en noir et blanc, des tirages couleurs, enfin un film en super 8 ou une cassette vidéo. A chaque document correspond une époque, des évènements marquants, des référents culturels - les livres qu’on lit, la musique qu’on écoute. Et les rêves qu’on fait bien sûr.
Ce qu’il y a de fascinant dans ce procédé, c’est qu’il permet d’appréhender le temps qui s’écoule d’une manière totalement nouvelle. Et de comprendre ce que cela implique de grandir dans une décennie plutôt qu’une autre : qu’est-ce que cela fait d’avoir vécu la guerre quand on est enfant ? Qu’est-ce que ça formate pour plus tard ?
Mais le livre d’Annie Ernaux va bien au-delà de la simple autobiographie. Car l’auteur n’utilise pas la première personne du singulier mais un « nous » collectif qui donne une portée universelle à son roman. De fait, le lecteur se sent immédiatement concerné par cette histoire qui, s’il est n’est pas la sienne, est peut-être celle de ses parents ou de ses grands-parents. Pas de nostalgie, ni de regret, l’écriture distanciée d’Annie Ernaux n’y laisse pas place. Et tant mieux car ce n’est pas la peine d’en rajouter tant il y a quelque chose de profondément touchant et émouvant dans ce défilement d’une vie entière résumée sous nos yeux. Et dans ces questionnements que tout un chacun sera amené un jour à se poser.
Les Années
de Annie Ernaux
éditions Gallimard
242 pages,17€
Californication
Posté le 13 juin 2009
Catégorie séries | 5 commentaires
Diffusé aux Etats -Unis depuis 2007, Californication signe le grand retour de David Duchovny sur le petit écran. Dix ans après X Files, l’ancien agent spécial Fox Mulder est le héros récurrent d’une nouvelle série. Mais rien à voir avec le personnage lisse de la série culte des années 90, Californication se veut résolument irrévérencieuse. Et au vu des premiers épisodes, le pari semble réussi : la série détonne carrément dans le paysage télévisuel US.
Duchovny interprète le rôle de Hank Moody, un écrivain atteint du syndrome de la page blanche. Un type amer qui a du mal à se remettre de sa rupture avec sa femme. Les personnages qui gravitent autour de lui sont, Charlie, son agent (dont la secrétaire s’avère être une suicide girl férue de SM), son ex Karen, et sa fille de 14 ans, Becca. Dans ses années fleuve, il a vendu les droits de son premier roman à un studio hollywoodien, qui l’a transformé en une bluette romantique. De cette expérience ratée, Hank garde une rancœur tenace contre le réalisateur, qu’il prend un malin plaisir à humilier en public. Déprimé, il écume les librairies à la recherche de potentielles groupies qu’il emballe à la seule mention de son nom. Et comme il n’écrit plus, il a tout son temps pour picoler, fumer, draguer et baiser. Et accessoirement tenir un blog pour Hell A magazine. Hank est donc l’archétype du sale type… plutôt sympathique : un quadra incapable de grandir qui, tant bien que mal, tente de s‘occuper de sa fille et de récupérer son ex dont il est toujours amoureux. Mais le ton initial très Sex, Rock and Literature laisse progressivement place à un show… familial. Et c’est là où justement le bât blesse. Car les scénaristes font constamment le grand écart entre deux impératifs incompatibles : faire de Hank Moody un Bukowski moderne (les références à l’écrivain sont nombreuses) tout en caressant dans le sens du poil le spectateur américain moyen. Et à trop vouloir satisfaire tous les publics, Californication se perd. Car si les aventures de Hank en grand fornicateur sont très réussies, les scènes avec son ex tendent à rapprocher la série d’un sitcom répétitif des années 90. Sans compter que l’actrice qui interprète Karen (Natascha McElhone) est particulièrement exaspérante avec ses grands yeux écarquillés en permanence.
Dommage, car voilà une série qui sur le papier avait tout pour me plaire. Reste que Californication est à voir pour quelques scènes hilarantes (notamment l’épisode 10) qui, à n’en pas douter, deviendront cultes et une bande-son sans reproche (Rolling Stones, Foo Fighters…). Rien à redire non plus sur l’interprétation de Mulder Duchovny qui excelle dans le rôle de l’écrivain paumé. Mais la dernière seconde de l’épisode final a en ce qui me concerne scellé le sort de la série : je ne regarderai pas la saison 2.
Californication
Crée par Tom Kapinos
avec David Duchovny, Natascha McElhone, Evan Handler
Saison 3 diffusée à la rentrée 2009 sur Showtime (US)
Des fleurs pour Dahlia
Posté le 10 juin 2009
Catégorie littérature française | 4 commentaires
Qui n’a jamais rêvé de ligoter un homme et de lui balancer ses quatre vérités, dans l’espoir de provoquer une réaction ? C’est en tout cas la proposition de Dahlia dans Adore. Une proposition simple, presque naïve, mais résolument rafraichissante. Son premier roman met en scène deux personnages dans l’espace clos d’un appartement parisien : un homme de trente-cinq ans et une femme d’une vingtaine d’années. L’homme, Verlaine, un écrivain, a d’abord été subjugué par l’allure d’Anabel, croisée un soir dans une librairie de Saint-Germain-des-Prés. Leur relation s’est installée dans un crescendo d’orgasmes et de jeux sexuels initiés par la jeune femme. Mais contre toute attente, Verlaine a brutalement mis fin à leur relation. Deux mois plus tard, elle vient demander des comptes à cet homme qu’elle ne peut oublier, malgré l’humiliation de la séparation (il a rompu par SMS). Lorsque Verlaine se réveille engourdi et ligoté, la silhouette qu’il devine est celle d’Anabel. Celle qui aimait tant s’abandonner dans l’intimité d’une chambre mène désormais la danse.
Adore raconte deux versants de la même histoire : pendant qu’Anabel déverse sur Verlaine un flot de paroles, ce dernier, les lèvres scellées avec du chatterton, rejoue le film de leur histoire. C’est bien un dialogue, pourtant impossible, qui s’engage entre Verlaine et Anabel. Et ce sont les flashbacks, une des bonnes idées du livre, qui vont progressivement mettre à nu les sentiments de chacun des protagonistes.
Si certains passages de Adore ne m’ont pas convaincu, notamment celui dans lequel Anabel se lance dans une explication de textes du roman de Verlaine (évoquant les instants les plus pénibles du premier livre de Angie David publié aux éditions… Léo Scheer), je suis malgré tout tombée sous le charme de ce petit livre. Grâce à une écriture élégante et ciselée, Dahlia réussit à rendre parfaitement palpable la peur et le trouble du personnage masculin ligoté dans la moiteur d’un appartement. Si à l’inverse d’autres lecteurs de Adore, j’ai anticipé la fin, cela ne m’a pas empêché de tomber dans les mailles tissées par la fille aux cigarettes noires.
Adore
de Dahlia
M@nuscrits
Editions Léo Scheer
157 pages, 10 €
Il était une fois… Akli Tadjer
Posté le 9 juin 2009
Catégorie autour de l'édition | Laisser un commentaire
On connaît enfin le nom du lauréat du prix de la révélation Au Féminin.com. Akli Tadjer, auteur de Il était une fois… peut-être pas publié chez JC Lattés, a reçu hier soir des mains de PPDA le prix de la Révélation. Un prix dont la vocation est de récompenser « la révélation littéraire de l’année, à savoir un ouvrage qui établit un auteur dans le monde littéraire. »
Bravo donc à Akli Tadjer et pour vous donner envie de lire son livre, je vous conseille de jeter un œil à cette discussion très intéressante entre l’auteur et le journaliste Miche Field.
Quatre finalistes
Posté le 7 juin 2009
Catégorie autour de l'édition | 2 commentaires
Lundi 8 juin, le prix de la Révélation, première édition du prix littéraire lancé par le site Au féminin, sera décerné. Le jury était composé d’écrivains, de libraires et de blogueurs, renforcés par des membres du staff d’Au féminin. Parmi les quinze livres en compétition, nous avons sélectionnés quatre finalistes. Lundi, il n’en restera plus qu’un. Mon favori ? Et bien, il ne figure pas dans la liste finale… J’avoue avoir été déçue de constater que mes goûts ne coïncidaient pas avec ceux du jury, d’autant plus que ce livre-là m’a vraiment marqué. J’ose en tout cas espérer que Rouja Lazarova et son Mausolée, dont nous reparlerons bientôt, feront un bout de chemin dans les librairies.
Parmi les quatre livres encore en compétition, j’en ai aimé certains, d’autres un peu moins…
Il était une fois… peut-être pas d’Akli Tadjer, Jean-Claude Lattès, 326 pages
Depuis que Myriam est partie faire ses études dans le sud de la France, la vie de Mohammed est morne. Pour fuir la solitude, Mohammed se raconte des histoires à voix haute, nostalgique de l’époque où sa fille était encore enfant. Le lecteur comprend vite que c’est dans ces contes que réside la véritable histoire qu’Akli Tadjer veut nous dévoiler. Des contes qui, on le découvre progressivement, dissimulent une histoire familiale complexe, dans laquelle sont intimement mêlées celles de France et d’Algérie. L’auteur choisit le ton de la comédie légère pour aborder les questions d’identité, et ce faisant, réussit à nous émouvoir. Les ultimes rebondissements confèrent à Il était une fois… peut-être pas une profondeur insoupçonnée.
Lire l’avis de Calepin séduit par le charme de ce roman.
Surdouée de Nikita Lalwani, Flammarion, 515 pages
Immigrés d’origine indienne, les parents de Rumi sont tiraillés entre le désir de s’intégrer dans la société britannique et les traditions de leur pays natal. Lorsqu’ils apprennent qu’elle possède un don particulier, il n’ont plus qu’une obsession : la réussite sociale de leur fille. Après l’école et le week-end, pendant que ses petits camarades jouent, Rumi étudie les mathématiques. Progressivement, l’adolescente perd le goût d’étudier et se réfugie dans ses rêves. Mais en sourdine, la révolte gronde. Elle explose au grand jour lorsque Rumi, âgée de quatorze ans, fait son entrée à l’université d’Oxford. Avec beaucoup de justesse, Nikita Lalwani décrit le quotidien de cette adolescente isolée du monde. Et le drame qu’elle dénoue sous nos yeux est aussi touchant que tragique.
Lire l’avis de Clarabel, qui conseille la lecture de ce livre.
Enterrez-moi sous le carrelage de Pavel Sanaïev, Les Allusifs, 266 pages
Le roman de Pavel Sanaïev ne fait pas partie des livres que j’ai sélectionnés et, quelques semaines après l’avoir lu, je le regrette presque, même s’il n’a pas eu besoin de ma voix pour figurer dans la sélection finale. Il faut dire que Enterrez-moi sous le carrelage est un petit bijou d’humour noir, un livre à la fois extrêmement violent et burlesque.
Nina est une grand-mère despotique qui élève son petit-fils Sacha à la place de sa mère partie vivre avec un artiste. Les engueulades et les violences verbales sont le lot quotidien de ce petit garçon frêle, atteint selon Nina d’un nombre considérable de maladies. A cause de sa mauvaise santé, elle interdit à Sacha toutes les choses que l’on fait quand on a dix ans - à savoir monter aux arbres, manger des glaces ou jouer dans la cour de récréation. Pourtant, malgré les apparences, Nina n’est pas la mère Thénardier. On devine derrière les insultes qu’elle profère à longueur de journée, l’amour qu’elle éprouve pour son petit-fils et qu’elle est incapable d’exprimer autrement. A certains moments, pourtant, sa méchanceté est mise à nue et Sacha se détache de sa grand-mère, la haine prenant alors le pas sur l’amour.
Lire l’avis de Anne-Sophie qui a beaucoup aimé ce roman.
Les mains nues de Simonetta Greggio, Stock, 169 pages
Vétérinaire à la campagne, Emma est une femme solitaire et repliée sur elle-même. Lorsque Giovanni, le fils de Raphael (l’homme qu’elle a autrefois aimé) fait une fugue et se réfugie chez elle, son passé resurgit. L’intimité entre le jeune garçon et cette femme seule va aller en grandissant, pour le meilleur et pour le pire. Pas la peine de tourner autour du pot : je n’ai pas aimé ce roman. L’auteur n’a pas réussi à rendre crédible cette histoire d’amour entre une femme de quarante-trois ans et un garçon de quatorze ans. Un amour qui manque tellement de souffle et de passion, de sorte que le lecteur peine à saisir ce qui les unit. Par ailleurs, si l’attirance d’Emma pour Gio est aisément compréhensible, le contraire est beaucoup moins évident, le personnage d’Emma étant vraiment très terne. Je n’ai pas été non plus sensible au style de l’auteur et aux nombreux clichés sur le destin, l’amour ou l’amitié qui émaillent le récit.
Lire l’avis de Fashion, qui comme moi n’a pas été touchée par ce second roman de S. Greggio.
Valse avec Bachir
Posté le 28 mai 2009
Catégorie films & adaptations | 6 commentaires
Séance de rattrapage pour le film d’Ari Folman que j’avais raté lors de sa sortie en salle, et énorme coup de cœur, bien évidemment. D’abord pour le remarquable travail sur la mémoire effectué par le réalisateur. Comme nombre de ses congénères à l’époque, Folman a été envoyé au Liban pendant son service militaire, mais vingt ans plus tard, il n’a aucun souvenir de la guerre. Valse avec Bachir raconte son retour progressif à la mémoire.
Réaliser un film d’animation documentaire sur la guerre du Liban, voilà un pari pour le moins audacieux. Le parti-pris de l’animation a pourtant été décidé très en amont du projet par Folman lui-même, ce dernier souhaitant s’affranchir des contraintes liées à la réalisation d’un film traditionnel. Et éviter toutes surenchères sur un sujet encore délicat en Israël, puisqu’il est désormais prouvé que les Israéliens ont fermé les yeux sur les massacres. Si Valse avec Bachir a autant marqué les esprits, c’est que le travail du directeur artistique David Polonsky est tout simplement magnifique. A commencer par son coup de crayon d’une grande finesse. Les dessins sont superbes et la simplicité du trait est accentuée par un judicieux choix de couleurs. Des tons jaunes/orangées qui, pour Polonsky, symbolisent « la guerre, la peur, un mélange de réel et de chimère ».
A la fin du film, Ari Folman délaisse soudainement les images animées pour celles bien réelles du camp de Sabra et Chatila, juste après les massacres perpétrés par les extrémistes libanais. Des images d’autant plus marquantes que le reste du film est animé…
Valse avec Bachir
de Ari Folman et David Polonsky
DVD
Editions Montparnasse
19 euros
Quelques images du film :















