Le coup de chameau

chameau-sauvage.jpgLe Chameau Sauvage possède, aux yeux de nombreux blogueurs, une aura particulière. La liste des lecteurs enthousiastes est impressionnante, suffisamment d’ailleurs pour y réfléchir à deux fois avant de critiquer un livre que beaucoup ont porté aux nues. Car à l’inverse de la plupart de mes petits camarades, je n’ai pas été conquise par le livre de Philippe Jaenada : trop d’idées, trop de foisonnement, trop d’éparpillement, au détriment d’une écriture pourtant brillante.

Même si je n’ai pas été convaincue, j’ai bien cru, au tout début, que Jaenada tenait avec le personnage d’Halvard Sanz un héros avec qui on pouvait faire un bout de chemin : un type un peu naïf, lunaire et eminemment sympathique. L’anti-héros parfait en quelque sorte. Hélas, le périple a vite tourné court. A peine les présentations terminées, Jaenada lâche, sans ambages, le jeune homme en pleine ville. Et entraîne son héros dans une suite d’errances, de déambulations et de rencontres improbables - dont on craint alors qu’elles ne s’étirent tout au long des 380 pages du roman. Halvard provoque les catastrophes, s’y complait comme pour donner du relief à une vie un peu morne : il se bourre la gueule avec un malfrat, il tente de sauver un petit vieux qui se fait agresser, il ramène chez lui la première venue. Là où le bât blesse, c’est que tout cela est supposé être drôle. Mais l’auteur force le trait. Et enfonce tellement le clou, que lorsque situation drôle il y a, le lecteur est trop épuisé pour trouver la force de rire… voire même de sourire.

Une fois ce long exercice de style terminé, on n’attend qu’une seule chose : pouvoir enfin s’installer dans une histoire. Encore tout faux. C’est à une suite de digressions que nous invite le lauréat du prix de Flore 1997. Qui s’avèrent être infiniment trop éparses ou absurdes pour pouvoir réellement captiver la lectrice que je suis. Car la trame narrative est mince : échaudé par son passage en prison et alors qu’il est, à nouveau, poursuivi par la police, Halvard rencontre la femme de sa vie dans un hall d’immeuble. Lorsqu’il la retrouve, elle disparaît aussitôt. Entre temps, le personnage principal vagabonde et l’esprit du lecteur aussi.

Tout n’est cependant pas mauvais dans ce livre, au contraire. L’écriture est impressionnante, très (trop) dense. Certaines saynètes sont vraiment drôles et, je dois l’avouer, j’ai parfois bien rigolé. La fin se trouve être également plutôt touchante. Autant de bonnes choses qui sont malheureusement noyées dans un trop-plein.

Voici donc comment, emballée par la lecture de nombreuses critiques, je me retrouve dernière de la classe : regardez, au fond, près du radiateur, en train de tapoter mine de rien sur son portable… C’est moi, la mauvaise élève, celle qui n’a pas aimé Le Chameau Sauvage de Philippe Jaenada (Ouh, la vilaine !).

Ils ont aimé Le Chameau sauvage : Laiezza, Gaël, Ingammic, Thom, Caro[line], Praline, Lily, Cécile.

Le chameau sauvage
de Philippe Jaenada
Editions J’ai Lu
Nouvelle Génération
282 pages

Bilan : rentrée littéraire 2007 (part 2)

Cendrillon
Eric Reinhardt
Editions Stock, 24€

eric-reinhardt.jpg

Une bonne dose de Martin Amis, un soupçon de Bret Easton Ellis, une pincée de Houellebecq, et hop, voilà Cendrillon, le dernier roman d’Eric Reinhardt !
En France, ce roman a été salué par la critique comme le livre monde par excellence, la bombe de la rentrée littéraire 2007. Personnellement, le livre de Reinhardt m’a laissé une impression de déjà lu car il s’approprie un style littéraire anglo-saxon, l’anticipation sociale, sans réellement apporter quelque chose de neuf.

Le point de départ, on le trouve sur la 4ème de couverture, avec cette simple phrase : « que serais-je devenu si je n’avais pas rencontré Margot à 23 ans ? ». Donc, tout au long de ces 580 pages, Eric Reinhardt nous explique qui il aurait pu devenir : un trader, un obsédé sexuel ou un paumé aux pulsions meurtrières. C’est l’idée fondatrice du livre mais bizarrement on ne croit pas à ce postulat de départ.
Eric Reinhardt se met lui-même en scène au milieu de ces loosers : un écrivain raffiné qui passe ses journées à la terrasse d’un bar à réfléchir. Il écrit dans une chambre de bonne et punaise au mur les critiques élogieuses de ses livres ; il a deux amis, un chorégraphe et un architecte, il n’aime pas la gauche - son précédent roman a été étripé sur France Culture. Et, pour tout dire, tout cela est un peu ennuyeux.

En fait, les 4 histoires n’ont pas vraiment de lien entre elles. J’ai bien aimé le parcours du trader Laurent Dhal et le décryptage des mécanismes de fonctionnement de la finance internationale, mais les autres personnages ne sont pas aussi creusés, l’un d’eux disparaît d’ailleurs pendant 300 pages.
Au final, il y a quand même de très belles pages dans le roman de Reinhardt, notamment sur l’amour, sur Margot sa femme ou l’automne (sa saison préférée), mais il reste comme un goût d’inachevé.

Ni d’Eve ni d’Adam
Amélie Nothomb
Albin Michel, 17,90€

Amélie Nothomb figure régulièrement en tête des baromètres des meilleures ventes de livres et chaque rentrée littéraire voit la publication du nouveau Nothomb.
Ce dernier opus se déroule à la même époque que Stupeur et Tremblements qui racontait l’expérience d’Amélie Nothomb dans le monde de l’entreprise japonaise. L’auteur retourne dans ce Japon qu’elle a quitté enfant pour y faire ses études et rencontre Rinri, un japonais fils de bonne famille.

D’une écriture directe et alerte, Nothomb raconte son histoire d’amour avec Rinri, mais aussi son histoire d’amour avec le Japon.
Avec humour elle retrace la passion japonaise pour les mallettes portatives de fondue suisse, les délices culinaires nippons qu’elle affectionne et la tradition ancestrale de l’ascension du mont Fuji que chaque japonais doit gravir au moins une fois dans sa vie.

Ce n’est pas stéréotypé, c’est parfois assez touchant et souvent très drôle.

Ce roman a obtenu le prix de Flore 2007. Un prix censé récompenser un auteur apportant du sang neuf dans le paysage littéraire français…
Mais bon, pourquoi pas…La liste de tous les prix littéraires décernés cette année, c’est ici.

Related Posts with Thumbnails